Actualités 2012


Saving Children From Radiation

Un message de Taka Honda, nous informant des dernièrs publications du site save-children-from-radiation.org, qui se bat pour la santé des enfants de Fukushima.

Dear all,
These are the recent headlines of World Network for Saving Children from Radiation, the news of Fukushima and World.

14/12/2012 The footage taken from the 2001 WHO Congress in Kiev shows heated arguments between representatives of IAEA, ICRP and UNSCEAR and the researchers and the medical doctors from Chernobyl. 26 years ago, IAEA went into Chernobyl and played down the risk of radiation. Now, IAEA is coming to Fukushima…

14/12/2012 Alexey Nesterenko, director of Institute BELRAD, answered the second set of questions. One questioner is a farther who was evacuated with his daughter and wife from Fukushima City to Kyoto. He asks about the effects of Rest and Recuperation programmes on the level of radiation in childrens body. Nesterenko answers his questions providing the results of the studies on Chernobyl children who took part in R&R programmes…

14/12/2012 The third Bastille action was held in Paris on the cold afternoon of Saturday, December 8…

12/12/2012 Kaijyo Middle and High School have recently made a decision to close down this all male boarding school since they found out the radioactive dose at the main gate was detected 0.5μS/h. However, a mother in Fukushima who heard this news was a bit staggered…

11/12/2012 The World Health Report (May 2012) entitled “Preliminary dose estimation from the nuclear accident after the 2011 Great East Japan Earthquake and Tsunami” is a public relations exercise to reassure the world that WHO is fulfilling its role in the area of radiation and health. However, Independent WHO claims that this report bears all the hallmarks of WHO’s subservience to the International Atomic Energy Agency (IAEA)…

9/12/2012 On December 6, JAEA (Japan Atomic Energy Agency) visited Bure in France to analyse the nuclear waste underground storage…

8/12/2012 Minamisoma is located 10 km to 30 km north of Fukushima Daiichi. The executive committee of Minamisoma commented that the radiation at the marathon course was monitored and the course was cleaned up. However, according to the radiation monitoring map on the home page of Minamisoma City, the maximum dose was 0.71 µSv/h (6.2 mSv/year) and the minimum dose was 0.2 µSv/h (1.8 mSv/year), well exceeding 1 mSv/year…

Please sign our two urgent. One petition directs Japanese authorities to evacuate children to non-contaminated areas of the country. The other petition calls for justice and accountability following the widely recognized “man-made” nuclear disaster for which to date not one single person has been held accountable.

Please donate World Network for Saving Children from Radiation. Although huge amount of money was collected from all over the world for the sake of the recovery of Fukushima, the Japanese government appropriated a part of the budget and announced that they were going to spend a part of the budget on nuclear development. Civil groups, on the other hand, are running on individual donations. Most of the activists are throwing a part of their personal savings into the activities to protect the children from radiation. Please donate World Network to save the children from radiation.

Yours in solidarity,

Taka Honda


Helen Caldicott à Fukushima

Conférence du Dr Helen Caldicott, pédiatre, sur le désastre de Fukushima.

Voir le film


Yves Lenoir à Clermont-Ferrand

exposé à l'occasion des Journées d’études et de propositions du Réseau “Sortir du nucléaire”, 3 novembre 2012

Voir le diaporama ou le texte de l'exposé


La dangereuse imposture nucléaire

Le Monde, 07/09/2012
Jean-Jacques Delfour, professeur de Philosophie en CPGE -
voir son blog

L'information commence à émerger : dans la centrale nucléaire de Fukushima, la piscine du réacteur 4, remplie de centaines de tonnes de combustible très radioactif, perchée à 30 mètres, au-dessus d'un bâtiment en ruine, munie d'un circuit de refroidissement de fortune, menace l'humanité d'une catastrophe pire encore que celle de Tchernobyl. Une catastrophe qui s'ajoute à celle de mars 2011 à Fukushima : 3 réacteurs percés qui déversent leur contenu mortel dans l'air, dans l'océan et dans la terre.

Les ingénieurs du nucléaire ne savent pas quoi faire face à tous ces problèmes. Ils ont déclamé que la sécurité, dans le nucléaire, était, est et sera totale, que, lorsqu'une catastrophe majeure a lieu, personne n'a de solution à proposer. Telle est l'effroyable vérité que révèle Fukushima. Tchernobyl avait été mis au compte de l'incompétence technique des Soviétiques. Impossible de resservir la même fable politique.

Si l'on fait usage de sa raison, il ne reste qu'une seule conclusion : l'incompétence des ingénieurs du nucléaire. En cas de panne du circuit de refroidissement, si l'échauffement du réacteur atteint un seuil de non-retour, il échappe au contrôle et devient un magma en fusion de radionucléides, de métal fondu et de béton désagrégé, très toxique et incontrôlable (le corium).

La vérité, posée par Three Miles Island, Tchernobyl et Fukushima, est que, une fois ce seuil franchi, les ingénieurs sont impuissants : ils n'ont pas de solution. Ils ont conçu et fabriqué une machine nucléaire mais ils ignorent quoi faire en cas d'accident grave, c'est-à-dire “hors limite”. Ce sont des prétentieux ignorants : ils prétendent savoir alors qu'ils ne savent pas. Les pétroliers savent éteindre un puits de pétrole en feu, les mineurs savent chercher leurs collègues coincés dans un tunnel à des centaines de mètres sous terre, etc. Eux non, parce qu'ils ont décrété qu'il n'y aurait jamais d'accidents très graves.

Dans leur domaine, ils sont plus incompétents que les ouvriers d'un garage dans le leur. S'il faut changer le cylindre d'un moteur, les garagistes savent comment faire : la technologie existe. Si la cuve d'un réacteur nucléaire est percée et si le combustible déborde à l'extérieur, les “nucléaristes” ne savent pas ce qu'il faut faire. On objectera qu'une centrale nucléaire est plus complexe qu'une voiture. Certes, mais c'est aussi plus dangereux. Les ingénieurs du nucléaire devraient être au moins aussi compétents dans leur propre domaine que ceux qui s'occupent de la réparation des moteurs de voiture en panne : ce n'est pas le cas.

Le fait fondamental est là, affolant et incontestable : les radionucléides dépassent les capacités technoscientifiques des meilleurs ingénieurs du monde. Leur maîtrise est partielle et elle devient nulle en cas d'accident hors limite, là où on attendrait un surcroît de compétence : telle est la vérité, l'incontestable vérité. D'où l' aspect de devin à la boule de cristal des ingénieurs et des “spécialistes” du nucléaire. La contamination nucléaire ? Sans danger, affirment-ils, alors qu'ils n'en savent rien. L'état du réacteur détruit sous le sarcophage de Tchernobyl ? Stabilisé, clament-ils, alors qu'ils n'en savent rien. La pollution nucléaire dans l'océan Pacifique ? Diluée, soutiennent-ils, alors qu'ils n'en savent rien. Les réacteurs en ruine, percés, détruits, dégueulant le combustible dans le sous-sol de Fukushima ? Arrêtés à froid et sous contrôle, assurent-ils, alors qu'ils n'en savent rien.

Les effets des radionucléides disséminés dans l'environnement sur les générations humaines à venir ? Nuls, clament-ils, alors qu'ils n'en savent rien. L'état des régions interdites autour de Tchernobyl et Fukushima ? Sans nocivité pour la santé, aujourd'hui, comme pour des décennies, proclament-ils, alors qu'ils n'en savent rien. Pour qui les radiations sont-elles nocives ? Seulement pour les gens tristes, avancent-ils, alors qu'ils n'en savent rien. Ce sont des devins. L'art nucléaire est un art divinatoire. C'est-à-dire une tromperie.

Le nucléaire, qui s'annonçait comme la pointe avancée du savoir technoscientifique au point de se présenter comme une sorte de religion du savoir absolu, se révèle d'une faiblesse extrême non pas par la défaillance humaine mais par manque de savoir technoscientifique. Quelle que soit la cause contingente du dépassement du seuil de non-retour (attentat terroriste, inondation, séisme), l'incapacité de réparer et de contrôler la dissémination des radionucléides manifeste un trou dans le savoir qui menace la certitude de soi de la modernité. Les modernes prétendaient avoir rompu avec les conduites magiques. Le nucléaire est l'expérience d'une brutale blessure narcissique dans l'armature de savoir dont s'entoure l'homme moderne ; une souffrance d'autant plus grande que c'est sa propre invention qui le place en situation de vulnérabilité maximale.

En effet, le refus de considérer la possibilité réelle d'un accident hors limite a pour conséquence la négligence pratique et l'indisponibilité de fait des moyens techniques appropriés à ces situations hors limite. Ces moyens n'existent pas ; et personne ne sait si l'on peut les fabriquer. Peut-être qu'un réacteur en “excursion” est incontrôlable ou irrécupérable.

Je ne le sais pas et aucun “nucléariste” ne le sait; mais il est sûr que personne ne le saura jamais si l'on n'essaye pas de fabriquer ces outils techniques. Or l'affirmation d'infaillibilité empêche leur conception. Sans doute, ouvrir ce chantier impliquerait d'avouer une dangerosité jusqu'ici tue et de programmer des surcoûts jusque-là évités. Ainsi, l'infaillibilité des papes du nucléaire a plusieurs avantages: endormir les consciences et accroître les profits, du moins tant que tout va bien ; l'inconvénient majeur est de nous exposer sans aucun recours à des risques extrêmes.

Tout savoir scientifique ou technique est, par définition, incomplet et susceptible de modification. Affirmer l'infaillibilité d'un savoir technoscientifique ou se comporter comme si cette infaillibilité était acquise, c'est ignorer la nature du savoir et confondre celui-ci avec une religion séculière qui bannit le doute et nie l'échec. D'où l'effet psychotique de leurs discours (infaillibles et certains) et de leurs pratiques (rafistolages et mensonges). Tout observateur est frappé par cette contradiction et plus encore par son déni. Chacun est sommé d'un côté de leur reconnaître une science et une technique consommées et de l'autre côté de se taire malgré le constat de leur échec. Bref, le nucléaire rend fou. Mais ce n'est qu'un aspect de notre condition nucléaire. Contaminés de tous les pays, unissez-vous !

Jean-Jacques Delfour


Version du film "Controverses Nucléaires" sous-titrée en Japonais

La version japonaise de ce DVD a été réalisée au format NTSC en collaboration avec les éditions IMHO



A l'initiative de Mme Kasumi Fujiwara, qui avait l'an dernier présenté la situation au Japon lors de la traditionnelle conférence de presse que ETB organise à Paris la veille de l'Assemblée Générale, une version sous-titrée en japonais du film d'Emanuela Andreoli et Vladimir Tchertkoff, Controverses Nucléaires, a été réalisée avec le concours de nombreuses personnes, en France et au Japon:
Kolin Kobayashi, Toshiko Tsuji, Satoko Fujimoto, Tomoko Iwaki, Yoko Higashi.

Un ouvrage considérable qui a rassemblé les concours les plus précieux et permis que tout fût prêt avant l'arrivée au Japon de Michel Fernex le 14 Mai dernier pour un périple dont nous avons rendu compte dans le bulletin de Juin. Le succès de cette opération est extraordinaire et dépasse ce à quoi nous sommes accoutumés ici: plus de 40 000 visionnages par Internet et plus de ##700## copies du DVD vendues à ce jour, qui ont rapporté plus de 3000 € aux associations japonaises et autant à BELRAD (accord de partage 50/50)!

On peut se procurer cette version du film au prix de 12€ dans la boutique ETB


22 ans après...

Yves Lenoir

Les documents présentés ci-dessous sous la signature du Dr Amélie Bénassy et Philippe Lécuyer sont historiques. Ils ont été publiés en 1990 dans le cadre de missions mises sur pied par le Comité de Liaison Tchernobyl avec le concours de Roger† et Bella Belbeoch. Ces missions avaient été coordonnées sur place par des scientifiques et des associations indépendantes russes, ukrainiennes et biélorusses. Ces deux noms sont des pseudonymes, adoptés pour faciliter les missions en assurant l'anonymat des auteurs.

Les documents présentés ci-dessous sous la signature du Dr Amélie Bénassy et Philippe Lécuyer sont historiques. Ils ont été publiés en 1990 dans le cadre de missions mises sur pied par le Comité de Liaison Tchernobyl 1) avec le concours de Roger† et Bella Belbeoch. Ces missions avaient été coordonnées sur place par des scientifiques et des associations indépendantes russes, ukrainiennes et biélorusses. Ces deux noms sont des pseudonymes, adoptés pour faciliter les missions en assurant l'anonymat des auteurs.

Fin 1988, début 1989, la dégradation sanitaire dans les régions touchées par l'accident et les souffrances d'innombrables liquidateurs développant des syndromes multiples hautement invalidants conduisant au décès avaient fait l'objet de nombreux articles dans la presse soviétique, non censurée en cette période de Glasnost. De nombreux contacts, soit préexistants, soit établis lors d'un premier voyage au printemps 1988, soit enfin en correspondant avec des scientifiques soviétiques, avaient rendu possibles ces missions d'enquête de quelques jours auxquelles participaient Martine Deguillaume (médecin membre de la CRIIRAD), Patrice Miran (agronome, membre des Amis de la Terre) et Yves Lenoir (ingénieur, membre du Groupe Energie Développement).

Les deux papiers, signés Amélie Bénassy, ont été publiés par Le Généraliste, revue hebdomadaire diffusée dans tous les cabinets médicaux de France. A cette époque BELRAD n'existait pas. Youry Bandazhevsky n'avait pas encore commencé ses recherches à l'hôpital de Gomel. Les observations du docteur Deguillaume et les témoignages des médecins de terrain qu'elle avait rencontrés montrent sans conteste que tous les troubles, rapportés depuis, causés par le “choc de l'iode” durant le passage du nuage et la présence de césium dans l'environnement sévissaient au sein de la population infantile des régions contaminées. Le docteur Deguillaume pose des questions extrêmement pertinentes sur les causes possibles des maladies, auxquelles les travaux de Youry Bandazhevsky et Galina Bandazhevskaya apporteront bien des années plus tard un début d'éclairage (malheureusement les recherches ont été interrompues à la fin des années 1990 quand YB fut jugé et jeté en prison).

On notera en particulier que de très nombreux liquidateurs ont souffert d'artérite des membres inférieurs, dégénérant en général en gangrènes, et conduisant à la mort. La cause n'en est pas assez souvent soulignée car on raisonne comme si l'irradiation reçue par les liquidateurs était correctement caractérisée par la mesure du dosimètre placé dans la poche de la veste ou accrochée au revers de son col. Il n'en est rien. En effet l'irradiation due à un dépôt de radioéléments sur le sol produit un débit de dose qui varie de façon inversement proportionnelle à la hauteur 2). Ainsi, si la dose mesurée à 1,5 m de hauteur (revers du col), cumulée durant le séjour sur site, est de 25 rads, elle aura été de 375 rads à hauteur des chevilles et plus du double pour le pied ! Cette hétérogénéité d'origine géométrique du flux de radiations se retrouve sur tous les sites contaminés et il est probable que les liquidateurs de Fukushima en feront l'amère constat après quelques années.

Poursuivant ce raisonnement, on explique aisément les intenses saignements de nez dont ont souffert les enfants après le passage du nuage, tant à Tchernobyl qu'à Fukushima. Les poussières radioactives en suspension dans l'air sont en grande partie retenues par les muqueuses nasales auxquelles elles délivrent des doses locales massives de rayonnement gamma et bêta. Or, ces saignements, tout comme les artérites des liquidateurs, manifestent la sensibilité particulière du système cadio-vasculaire aux rayonnements. La citation extraite de [3] est à cet égard absolument capitale. Les cardiopathies des enfants contaminées ont une origine analogue : le césium tend à se concentrer dans divers organes très actifs, dont le muscle cardiaque, lequel subit alors une dégradation hors de proportion avec ce que la prise en compte de type CIPR 3) de la relation dose effet “prévoit”. C'est pourquoi, comme le conclut le docteur Deguillaume à la fin de son premier article, la seule cause officielle de toutes ces maladies tient en un mot : “radiophobie”.

Il nous manque un Molière moderne pour dénoncer la “médecine imaginaire” pratiquée par les spécialistes de la radioprotection. Mais ce ne serait plus d'un faux médecin, Toinette, ramenant tous les maux au “poumon”, qu'il s'agirait mais d'une mafia mondiale regroupant des cohortes de Diafoirus énonçant dans tous les idiomes de la Terre ce mot magique de “radiophobie”.


1)
Créé en 1989 par Patrice Miran et Yves Lenoir pour effectuer des missions de terrain complexes dans les régions contaminées.

2)
On le démontre par intégration du flux, en fonction de la hauteur. Le calcul suppose que l'atténutation du rayonnement gamma due à l'air est négligeable dans ce cas de figure, ce qui est licite.

3)
Le corps humain est modélisée par une outre remplie d'eau, uniformément affectée par les irradiations d'origines externe et interne, selon iune relation dose-effet théorique déduite des cancers mortels provoqués par les bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki.

Article paru en février 1990 : Tchernobyl : la bombe à retardement

Article paru en juin 1990 : Tchernobyl, déjà des leucémies



Billet diffusé dans le journal parlé de la “RTBF” à propos des travaux de Rosa Goncharova, et des malformations des papillons à Fukushima.

Voir une étude japonaise, publiée en 2012, sur les mutations des papillons Zizeeria ma


Réaction de Michel Fernex:

Entretien avec Michel Fernex, professeur émérite de médecine et spécialiste des impacts sanitaires des radiations: “Il est temps de cesser de mentir. Il faut reconnaître le danger que représentent les problèmes génétiques qui vont s’amplifier”

Que penser de la méthodologie adoptée et du sérieux de l’étude ?

- Cette étude consacrée à un papillon bleu commun au Japon montre que les retombées radioactives de Fukushima altèrent le génome de cette espèce animale 1). C’est un excellent travail de recherche conduit sur le terrain et au laboratoire par sept universitaires. Les photos illustrent bien les altérations congénitales qui étaient déjà présentes deux mois après les explosions chez les papillons femelles, et qu’on retrouve amplifiées dans les deux générations qui ont suivi.

On était en droit d’attendre une telle qualité et une telle rapidité de la part des universitaires japonais. On doit d’autant plus regretter qu’aucune Faculté de Médecine de ce pays hautement qualifié dans ces domaines n’ait eu le même courage. En effet, les autorités cherchent à minimiser ou occulter l’impact de la dissémination des énormes quantités de radionucléides artificiels libérées suite à la catastrophe atomique. Encore aujourd’hui, le pays impose le silence et l’immobilité au corps médical.

Quelles sont les principales conclusions à tirer de cette étude ?

###-### Les rayonnements ionisants ont une radiotoxicité qui altère le développement de l’animal. C’est l’effet tératogène [= producteur de malformations]. Les rayonnements sont aussi mutagènes : ils peuvent altérer directement l’ADN des gènes et entraîner la mort ou provoquer des anomalies héréditaires qui ne s’exprimeront souvent qu’après plusieurs générations.

Chez les papillons de Fukushima, les dommages génétiques sont non seulement précoces, mais en plus ils augmentent significativement de génération en génération. Ce phénomène repose probablement sur ce qu’on appelle une atteinte périgénétique : les rayonnements ionisants peuvent altérer certaines parties essentielles de la cellule (cytoplasme, membrane) sans même avoir pénétré dans son noyau. Ces altérations périgénétiques sont directement transmises aux descendants et, phénomène nouveau, vont s’aggraver de génération en génération.

Cette étude confirme-t-elle les précédents travaux sur les impacts de la radioactivité sur les animaux, notamment à Tchernobyl ?

###-### Cette étude confirme tous les travaux antérieurs. Ainsi, une étude réalisée de 1986 à 1996 par des chercheurs biélorusses sur 22 générations de campagnols de la région de Tchernobyl avait déjà démontré la poursuite d’une telle aggravation du dommage génétique, découvert dans des zones avec une radioactivité sur les sols de 2 546 000 Becquerels par mètre carré, ce qui est énorme, mais aussi à 300 km de là, près de Minsk, avec seulement 12 000 Bq/m2 2).

Plusieurs équipes de scientifiques, dont celles d’Anders Møller et Thimothy Mousseau 3), ont étudié la zone de 30 km de rayon évacuée autour de Tchernobyl. Elles ont montré qu’une contamination radioactive importante des sols entraînait encore, plus de 20 ans après, une baisse de la biodiversité et de l’abondance par espèce du fait de la réduction de la fertilité et de la mortalité précoce chez les oiseaux. Dans les régions fortement contaminées, la population des différentes espèces de grands mammifères, des reptiles, des batraciens et des arthropodes comme les papillons, les sauterelles et les bourdons s’est réduite.

Ces mêmes chercheurs ont constaté en 2011 l’impact négatif des rayonnements ionisants à Fukushima chez les oiseaux et les papillons. Seul l’effectif des araignées a augmenté, peut-être parce que l’affaiblissement des proies rend leurs toiles plus efficaces. Ces études quantitatives étant répétées durant 3 années consécutives, les mesures de 2012 confirmeront peut-être cette hypothèse.

Que penser alors des théories abondamment répandues selon lesquelles la nature reprendrait ses droits dans les zones contaminées ? 4)

###-### Certes, dans la zone d’évacuation de Tchernobyl, les animaux ne sont plus menacés par leur principal prédateur, l’homme. Mais il est faux d’évoquer une nature luxuriante : les recherches sur la faune font état d’une diminution de population, d’une mortalité accrue et d’une baisse de fertilité chez quasi tous les animaux étudiés, du fait des pathologies héréditaires et de la contamination de leur alimentation, notamment par le césium 137. Les hirondelles connaissent ainsi une quasi-extinction 5).

La théorie d’une “nature préservée” autour de Tchernobyl effectue une grossière impasse sur tous ces travaux, qui restent peu connus du grand public du fait de la censure et de l’arrêt des financements de l’A.I.E.A. . C’est un cliché mensonger destiné à légitimer l’ouverture de la zone d’évacuation à un certain type de tourisme, comme le souhaite l’Ukraine, et bien sûr à nier l’impact réel d’un accident nucléaire majeur.

Dans quelle mesure peut-on en tirer des conclusions sur les conséquences sanitaires pour les êtres humains ?

###-### La dernière phrase de ce travail me gêne. Elle prétend que cette étude n’a pas de portée en ce qui concerne les humains, alors qu’elle confirme les risques pour les autres espèces. Or la génétique concerne tous les animaux.

Une telle augmentation des dommages génétiques a en tout cas été observée chez les humains. Le Professeur Yuri Dubrova a pu la mesurer chez des familles d’irradiés de Tchernobyl. Il retrouve cette augmentation sur trois générations, chez les bergers de Sémipalatinsk (Kazakhstan), irradiés par les derniers essais nucléaires aériens russes.

À Fukushima, comme ce fut le cas à Tchernobyl, les autorités n’ont pas évacué les populations à temps. On doit imaginer que les milliers d’habitants évacués trop tard ainsi que les travailleurs qui s’acharnent à réduire la contamination de l’environnement, en particulier de la nappe phréatique, auront des descendants génétiquement plus affectés qu’eux-mêmes.

Par ailleurs, les enfants n’ont pas été protégés par la distribution de comprimés d’iode stable pour éviter l’augmentation des maladies thyroïdiennes, mesure qui a été prise en Pologne pour 10 millions d’enfants, sans effet secondaire notable. Ce qui est également grave à Fukushima, c’est que les familles confinées trop longtemps n’ont pas reçu d’aliments radiologiquement propres, alors que le Bélarus, pays le plus pauvre d’Europe, avait fait cet effort pendant huit ans. Malgré cela, dans les zones contaminées de Tchernobyl, 8o% des enfants sont malades plus de 20 ans après l’explosion.

Est-il difficile de publier une telle étude dans le contexte actuel au Japon ?
Et à Tchernobyl ? Quel message devrait être aujourd’hui adressé aux autorités sanitaires ?

###-### Les autorités japonaises peuvent penser que les papillons bleus, malades ou non, ne préoccupent pas la population… À Tchernobyl, on a trois pays différents. Dans une certaine mesure, l’Ukraine informe et les deux autres pays (Russie et Biélorussie) se taisent le plus souvent.

Dans tous les cas, il est temps de cesser de mentir. Il faut reconnaître le danger que représentent les problèmes génétiques qui vont s’amplifier. Il est donc nécessaire d’établir des plans de recherches pour découvrir et développer des antimutagènes pour qu’une prévention de ces mutations toujours nuisibles devienne réalisable.

Une dernière remarque enfin : qui a le droit de promouvoir une énergie produite par des industries qui empoisonneront gravement l’avenir de nos enfants et petits enfants ?

Les experts sont d’accord qu’une nouvelle catastrophe atomique est inéluctable et que même un réacteur de sixième génération ne serait pas sûr, comme l’exprime un chercheur en physique nucléaire du CERN. Déjà, le professeur Vassili Nesterenko disait qu’il était illusoire d’améliorer la sécurité de ces machines, tant que l’erreur humaine est possible. Pour fonctionner correctement, le nucléaire aurait besoin d’humains infaillibles… et d’autres qui acceptent de vivre en ignorant les impacts néfastes de cette technologie.

;#;Propos recueillis par Charlotte Mijeon;#;


1)
http://www.nature.com/srep/2012/120809/srep00570/full/srep00570.html

2)
Travaux de l’équipe de Rosa Goncharova du Genetic Safety Labor de l’Académie Nationale des Sciences de Biélorussie.

3)
Anders Møller, membre du CNRS de l’université Paris Sud, et Thimothy Mousseau de l’université de Caroline du Sud aux USA.

4)
Le reportage “Tchernobyl, une histoire naturelle”, diffusé en 2010 par Arte, propageait ainsi la théorie d’une nature luxuriante à Tchernobyl.

5)
Voir les travaux de Thimothy Mousseau sur les mutations des hirondelles à Tchernobyl.



Fighting radiation

Une interview du Docteur Shuntaro Hida publiée le 08 août 2012 sur le site japonais de NHK

Voir le film


Corse : grande enquête pour recenser les pathologies après Tchernobyl

Vu sur le site de France Inter :

Plus de 20 ans après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, la Corse vient de lancer une grande enquête sur l’île.

Un appel à la population, pour recenser les pathologies déclarées après le passage du nuage radioactif : maladie du sang, de la thyroïde. Les Corses ne se résignent pas, malgré le non lieu de la cour d'appel de Paris en octobre dernier. Josette Risterucci, présidente de la commission sociale et culturelle de la collectivité territoriale de corse, présidant la « commission Tchernobyl » est l'invitée d'Hélène Fily.


Heritables anomalies in KERALA

Souvent, les apôtres de l'énergie atomique et les fans de la radioactivité contestent le bien fondé des arguments de leurs détracteurs, à propos du danger présenté par la pollution radioactive d'origine artificielle de l'environnement, en invoquant l'exemple du Kerala où se trouvent des zones habitées très radioactives du fait de la présence de gisements importants de thorium (monazite). Selon eux la santé de leurs habitants ne serait pas affectée par cette situation exceptionnelle.

Dans un rapport publié en 1957 par l'OMS, "EFFETS GÉNÉTIQUES DES RADIATIONS CHEZ L'HOMME", la question est soulevée (page 84), dans la contribution “RÉGIONS PRÉSENTANT DES DIFFÉRENCES DE RADIOACTIVITÉ NATURELLE TELLES QUE DES DIFFÉRENCES DANS LES TAUX DE MUTATION DE GÈNES «MARQUEURS» PUISSENT Y ÊTRE DÉCELÉES” écrite par A. R. GOPAL-AYENGAR, Head, Biology Division, Department of Atomic Energy, Indian Cancer Research Centre, Bombay. L'auteur indique une piste à explorer.

Malheureusement, après la prise du pouvoir par le lobby atomique à l'OMS, dès 1958, aucun rapport d'importance sur énergie atomique et génétique n'a été publié par l'OMS. L'UNSCEAR a réglé le problème en publiant en 1958 ce qu'il faut bien appeler un contre-rapport à celui de 1957 dans l'annexe H de son Rapport général pour 1958, sous le titre : “The Genetic Effects of Radiations”. Alors que les contributeurs du rapport de l'OMS étaient quasiment tous des généticiens, dont le prix Nobel H.J. Muller, ceux du rapport de l'UNSCEAR venaient de tous les horizons, notamment de l'industrie atomique et des centres de recherche essentiellement militaires à l'époque. On retrouve dans cette liste deux noms familiers, de ces personnes qui ont organisé le déni des dégâts humains de Tchernobyl :

  • D.J. Beninson (Agence atomique d'Argentine), Président session UNSCEAR (1963) (qui fit partie de la mission OMS de 1989 chargé de soutenir la norme des 5 mSv comme limite d'évacuation dans les régions d'URSS touchées par Tchernobyl) (mettre un lien vers mon étude de 1996);
  • Dr Henry Jammet (CEA), (qui organisa la mise en scène de la prévision des 4000 cancers mortels en août 1986) (mettre un lien vers mon étude de 1996);

et d'autres dont les compétences en génétiques ne sont pas plus probantes :

  • le représentant français, Professeur Louis Bugnard était un pharmacodynamicien;
  • le représentant japonais, Docteur M. Tsuzuki, était un médecin militaire de haut rang dans la marine de guerre japonaise (avec le grade d'amiral);
  • le représentant de la Belgique, Professeur Z. Bacq était aussi un pharmacodynamicien, Président de session UNSCEAR (1957-58);
  • le représentant du Brésil, Pr C. Chagas, Président de session UNSCEAR (1956), (éminent spécialiste en neurosciences, notamment dans les usages médicaux du curare);
  • le représentant du Canada, Dr E.A. Watkinson, fit partie de la délégation canadienne à l'ONU pour la mise en place de l'AIEA, a collaboré avec John Cockcroft (prix Nobel de Physique, pionnier de l'énergie atomique au Canada et en Grande-Bretagne, pourfendeur des révélations que le biologiste dissident Jaurès Medvedev fit en 1976 sur l'explosion en 1957 du stock de déchets radioactifs de Kyshtym;
  • le représentant américain, Dr Shields Warren, qui fut nommé chef de la section médicale de l'US AEC en 1947; une personne intègre sur le plan scientifique, mais pas un généticien;
  • …..

Voir ce document


DEATH CAMP - Fukushima Chernobyl

Une publication de Science and Society

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Voir les enregistrements du Forum de Genève en mai 2012 sur le site d'Independent Who


Il est temps pour les japonais de changer de mentalité

par HIROSHI MATSUBARA. Asahi, le 12 juillet 2012

Le lauréat du Prix Nobel Kenzaburô Ôé souligne que le désastre nucléaire de Fukushima marque un tournant dans la démocratie japonaise de l'après-guerre et soutient l'affirmation de la commission spéciale de la Diète selon laquelle l'accident est “d'origine japonaise.”

“Je suis d'accord avec (Kiyoshi) Kurokawa: il nous faut nous imprégner de la mentalité japonaise pour comprendre ce qui s'est produit à l'usine de Fukushima,” a déclaré Oe au Club des correspondants Etrangers à Tokyo le 12 juillet.

Kurokawa, directeur du comité d'investigation de la Diète, dit dans son rapport final en anglais publié le 5 juillet que “l'obéissance réflexe, le refus de mettre en cause l'autorité, la dévotion au 'respect du programme', à l'esprit de groupe et à l'insularité sont les causes initiales de l'accident du réacteur n°1 de l'usine de Fukushima.

“En explication à sa décision de redémarrer les réacteurs à la centrale d'Oi, notre premier ministre a utilisé une rhétorique tout à fait japonaise, qui consiste à prétendre qu'il ne s'est rien passé de vraiment grave à Fukushima”, poursuit Ôé.”C'était comme s'il avait oublié que nous avons causé tant de problèmes au monde entier en vomissantes quantités énormes de matières radioactives. Ie pense que c'est caractéristique des actes et de la mentalité du peuple japonais dans les 60 ans d'histoire de l'après-guerre de la nation.“

Oe, avec les anciens journalistes Satoshi Kamata et Katsuto Uchihashi, ont organisé une conférence pour attirer l'attention sur une protestation organisée à Tokyo le 16 juillet en faveur d'un Japon sans énergie nucléaire. Les organisateurs ont estimé le nombre de participants à 100 000.

Ôé, qui a obtenu le Prix Nobel de littérature en 1994, dit qu'il espère que l'extension du mouvement public contre l'énergie nucléaire, qu'il appelle “association de l'éveil des individus et des petites communautés” va ouvrir un nouveau chapitre de la démocratie japonaise.

Il a indiqué que les plus vieilles générations de japonais ont réagi au désastre de Fukushima en se référent au principe de “délégation des responsabilités aux experts” et en se définissant comme “bénéficiaires silencieux”.

Cette manière de penser caractérise la mentalité japonaise d'après-guerre à propos d'énergie nucléaire et autres problèmes politiques, dit-il.

“Maintenant que nous réalisons qu'il nous est impossible de maîtriser les dégâts de l'accident, les dirigeants en place au gouvernement, à le Diète et dans les sphères industrielles comptent sur les développements scientifiques pour supprimer les problèmes et les souffrances”, dit Ôé. “Il est temps pour nous de nous débarrasser de cette mentalité irresponsable de 'laisser-faire'.”

En assiégeant littéralement les pouvoir en place dans le district Nagatacho de Tokyo, ou ailleurs, les “masses anonymes” de jeunes gens demandent de plus en plus que leurs voix soient entendues, dit-il. Ôé indiqua qu'il aimerait que ces jeunes japonais “restructurent la mentalité japonaise d'après-guerre”. “J'espère que leur action va former le nouveau caractère national”, dit-il.

Bien qu'il dise que les causes de la catastrophe de Fukushima proviennent de la culture japonaise, Oe insiste sur le fait qu'il ne faut pas oublier la responsabilité des individus et des organisations qui ont fait la promotion de la politique d' “Utilisation pacifique de l'énergie nucléaire”.

Pendant la conférence, Kamata, un journaliste renommé qui a beaucoup écrit sur les problèmes d'emploi, dit que le mouvement anti-nucléaire est le premier mouvement populaire, au Japon qui peut réformer la société.

“Comme vous pouvez le voir dans les mouvements des travailleurs de par le passé, les mouvements sociaux au Japon ont été menés par des groupes sociaux et des organisations, pas par des individus”, dit Kamata. “Ce mouvement est historique parce qu'il n'est pas basé sur une organisation, et la force principale provient de la multitude”.

“Je ne crois pas qu'il va échouer parce que notre peur de la contamination nucléaire est toujours présente, de même que notre sentiment de culpabilité vis à vis du reste du monde et des futures générations”.

Ne reprochons pas Fukushima à la 'culture'

par DAISUKE NAKAI. Asahi, le 12 juillet 2012

NEW YORK – Les médias anglais et américains rejettent le rapport d'enquête de la Diète selon lequel la culture japonaise est largement responsable du désastre.

Ils estiment que les conclusions permettent simplement de détourner l'attention des leçons réelles de la catastrophe.

La version anglaise du rapport final de la Commission Indépendante d'Investigation sur l'Accident Nucléaire de Fukushima, publié le 5 juillet, dit : “C'était un accident 'japonais'. Ses causes fondamentales sont à rechercher dans les conventions inculquées par la culture japonaise: notre obéissance réflexe;notre refus de mettre en cause l'autorité; notre dévotion au 'respect du programme';notre esprit de groupe et notre insularité.”

Bloomberg, basé aux Etats-Unis, a publié un éditorial le 8 juillet, qui titre : “Le compte-rendu nucléaire japonais insatisfaisant”. L'article apprécie la précision du rapport, et son affirmation selon laquelle le désastre est dû “avant tout à des erreurs humaines”, mais souligne qu'il n'identifie pas les hommes (et étant donné qu'il s'agit du Japon, ce n'étaient probablement pas des femmes) qui sont responsables.

Il a dit également : “C'est à la fois une solution de facilité et un cliché de se rabattre sur 'l'esprit de groupe' japonais et de dire que 'si d'autres japonais avaient été dans les chaussures des responsables de cet accident, le résultat aurait été le même'”.

Gerald Curtis, un professeur de sciences politiques à l'Université de Columbia, très au courant des affaires japonaises a également démonté l'étiquette culturelle dans sa contribution au Britain Financial Times.

“Si la culture explique le comportement, alors personne ne doit endosser la responsabilité,” dit-il. Les gens ont la possibilité de choisir. Il s'agit en fait des choix qu'ils font, non du contexte culturel dans lequel ils les font”.

Dans son compte-rendu sur Tokyo le 8 juillet, le Financial Times s'inquiète à propos de la caractérisation du désastre en tant que “désastre japonais”.

“C'était, tragiquement, le type de conclusion que les politiciens japonais et les ingénieurs ont tiré après le dernier gros accident nucléaire à Tchernobyl en 1986,” indique l'article. “Il était plus facile d'attribuer Tchernobyl aux défauts de conception et de manipulation des soviétiques que de mettre réellement en question la sécurité des centrales japonaises. Les autres nations ne devraient pas répéter cette faute.”

Finalement, de nombreuses constatations apparaissent dans la section “Message du chef de comité” du rapport en version anglaise écrit par le responsable Kiyoshi Kurokawa, mais n'existent pas dans la version japonaise.

Les reporters ont demandé quelles étaient les raisons des différences entre les versions anglaise et japonaise, au cours de la conférence du 16 juillet, à la suite de la publication du rapport. Kurokawa répondit : “Si vous étiez japonais, vous comprendriez en lisant la version originale”.



Deux documents historiques de première importance

  • Tout d'abord, un constat fait par un médecin: Dès 1990, les conséquences sur la santé humaine de la catastrophe de Tchernobyl étaient évidentes Tchernobyl, déjà des leucémies
  • Ensuite, une dénonciation étayée de notre responsabilité dans les conséquences sanitaires de la catastrophe, écrite par Bella ert Roger Belbéoch Tchernobyl et le "retour d'expérience"

La disparition d'un rapport UNOCHA - Chernobyl, a Continuing Catastrophe

United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs, Geneva (2000)

On trouvera dans ce dossier trois documents :

On fait souvent référence aux phrases de Koffi Annan consacrées au bilan sanitaire général du désastre de Tchernobyl. Où l'on voit qu'elles sont tirées de sa préface du rapport de l'UNOCHA :

“… more than seven million of our fellow human beings do not have the luxury of forgetting. They are still suffering, every day, as a result of what happened fourteen years ago. Indeed, the legacy of Chernobyl will be with us, and with our descendants, for generations to come.

… the victims live in three countries : Belarus, Ukraine and the Russian Federation.The exact number of them may never be known. But three million children require physical treatment, and not until 2016, at the earliest, will we know the full number of those likely to develop serious medical conditions.”



    Yves Lenoir

Les rédacteurs du rapport avertissent que le contenu n'engage pas le Secrétariat Général de l'ONU. Mais Koffi Annan y apporte sa caution personnelle, ce qui montre sa profonde conviction, laquelle ne peut être fondée que sur une connaissance du dossier réel des conséquences sanitaires déjà recensées dans la littérature scientifique de la fin des années 90.

On notera le caractère extrêmement modéré et conformiste du contenu du rapport. Le Dr Dusan Zupka, coordinateur du Chernobyl Programme Europe de l'UNOCHA, s'en est expliqué publiquement au Congrès de Kiev de 2001 après son intervention consacrée à la présentation du-dit rapport durant laquelle il a accordé une place particulière aux termes mêmes de la préface de Koffi Annan (voir le film Controverses Nucléaires, disponible sur

ce site même, où l'on remarque l'accueil glacé de son exposé par les représentants de la mafia atomique, contraints de ne pas réagir pour amortir la portée du propos de l'orateur) : une agence de l'ONU ne peut qu'exploiter des rapports fournis par d'autres agences de l'organisation et par des pays membres. Cependant, malgré la censure exercée par les agences atomiques et de radioprotection nationales, les-dits rapports utilisés par l'OCHA ont permis d'établir un bilan alarmant et d'annoncer un futur préoccupant.

Cette façon d'interpréter extensivement la matière réunie par l'OCHA a rencontré la détermination farouche du gardien du temple, l'UNSCEAR (United Nations Scientific Committee on the Effects of Atomic Radiation) à faire cesser le scandale. Une partie du mal était irrattrapable, le rapport étant publié. La technocratie a toujours misé sur l'amnésie collective pour perpétuer son pouvoir en dépit des erreurs, fautes et crimes commis. L'UNSCEAR, avec l'appui de l'ensemble du lobby atomique et de radioprotection international, a obtenu le maximum politiquement gérable, que ce rapport soit retiré de la liste des publications de l'UN-OCHA. Exiger un désaveu aurait déclenché une controverse dévastatrice sur les contradictions tchernobylesques au sein de la technocratie onusienne.

Grâce à Internet et à l'archivage indépendant du document, la mémoire de cet épisode significatif de l'Histoire de Tchernobyl reste disponible.

Mais il ne trouve toute sa portée, compte tenu de l'incomplétude inévitable des informations présentées, que si l'on fournit les éléments décrivant le destin qui lui a été imposé : sa disparition des archives officielles. Les historiens du futur, s'ils se contentent de la mémoire que le pouvoir veut laisser, n'en feront pas état. Les journalistes non plus.

Yves Lenoir


Tribunal Permanent des Peuples



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Tribunal Permanent des Peuples : Tchernobyl, conséquences sur l'environnement, la santé et les droits de la personne(1996)

Tchernobyl représente un tournant de l'ère atomique, au même titre que la bombe d'Hiroshima avait révélé au Monde sidéré le chemin parcouru depuis la découverte du radium en 1898. Une grande défaite de la sagesse et de la mesure, une défaite désirée dans la célébration de la force sans limite.

Rares sont ceux qui ont pressenti le potentiel de destruction engendré par cette découverte, tel le philosophe-historien Henry Adams, bien seul à avoir su penser en cette matière :

“Le postulat de l’unité, lequel était la marque de la pensée humaine au Moyen-Âge, a succombé très lentement aux preuves da la complexité. La stupeur de la science devant le radium en est une preuve.

(…) Encore un siècle ou un demi-siècle ne sera pas nécessaire pour mettre sans dessus dessous la pensée. Le droit, dans ce cas, disparaîtrait en tant que théorie ou principe a priori, et céderait la place à la force. La moralité deviendrait police.

Les explosifs atteindraient une violence cosmique. La désintégration dominerait l’intégration.”

;;#Henry Adams, in lettre à l’historien
Henry Osborn Taylor, 1903;;#

Développée dans le secret, le mensonge et l'illusion l'énergie atomique a empoisonnée la Terre entière, suite à la dispersion de l'équivalent de 10 000 fois les retombées de la bombe d'Hiroshima. La destruction du réacteur 4 de Tchernobyl y a rajouté une contamination aigüe sur de vastes territoires, et spécialement en Biélorussie, Ukraine et Russie, mais aussi en Scandinavie, en Allemagne et en Autriche

Le déni des dégâts provoqués par les radiations atomiques s'inscrit dans la filiation de l'image bienfaisante de l'usage intensif des rayonnements ionisants et du radium en médecine et dans certaines applications courantes. Il a structuré la propagande atomique depuis l'explosion d'Hiroshima et a connu une extension obscène depuis que les observations des médecins et chercheurs ont pris la mesure des conséquences sanitaires et écologiques de Tchernobyl.

L'initiative collective à l'origine de la session du Tribunal Permanent des Peuples rapportée ci-dessous n'aurait pu être menée à bien sans une implication sans réserve de témoins et de militants de la vérité et de la justice. Elle restaure la dignité des victimes et met en lumière la duplicité des institutions et des hommes qui ont placé leurs intérêts dans le développement de l'énergie atomique. Le tableau détaillé et complexe qui en est résulté est unique et d'une actualité brûlante au moment où les questions sur l'avenir des populations touchées par Fukushima s'accumulent, dans une grande confusion parfois.


SOS Harrisburg, ou l'atome et le théâtre

Harrisburg, une pièce écrite par Helena Oljemark, journaliste diplômée de science politique, dans le contexte d'un choix crucial pour les citoyens suédois sur le devenir de leur programme nucléaire.

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Fukushima - Dr. Koide: "si la piscine de l'unité 4 fuit, c'est LA FIN"



Extrait d'un programme TV en direct d'informations
matinales intitulé “Morning Bird” de TV Asahi, diffusé le 8 Mars 2012.

  • Le journaliste est M. Toru Tamakawa.
  • L'expert est le Dr Hiroaki Koide, chercheur associé à l'Institut de Recherche du Réacteur de l'Université de Kyoto.

Voir le film de l'émission :

Voir le film


"Sommes-nous un peuple aussi facile à berner ?"


Le Monde des Livres (15.03.12)


Alors que de grandes voix du Japon se sont tues, le Prix Nobel de littérature 1994 reste l'une des rares figures à rappeler sans faillir les valeurs humanistes dont se réclamait le pays au lendemain de la défaite de 1945, au premier rang desquelles le pacifisme. Kenzaburô Ôé fait désormais de l'éthique la dimension primordiale de toutes les questions contemporaines, à commencer par l'usage de l'énergie nucléaire. Le désastre de Fukushima sera au centre du roman auquel il travaille actuellement, tout en animant un mouvement, “Au revoir au nucléaire”. Dans cet entretien au Monde, né de deux rencontres, complétées de messages par fax calligraphiés à la main, raturés et pleins de rajouts, il exprime une double inquiétude : celle que ressent son pays après le 11 mars 2011 et celle d'un écrivain au soir de sa vie qui continue à mener le combat pour une “morale de l'essentiel”.

Dans la revue littéraire “Gunzo”, vous publiez en feuilleton, depuis janvier, un roman dont le titre en anglais est “In Late Style” (“Dans un style tardif”), inspiré par la catastrophe du 11 mars. Quel a été votre cheminement ?

Le critique américain Edward Said (1935-2003) m'a beaucoup appris. On Late Style. Music and Literature Against the Grain (Pantheon, 2006) fut l'ultime enseignement qu'il m'a donné. Il évoque l'inquiétude que ressentent les artistes au soir de leur vie. A sa mort, j'avais commencé un roman en suivant la voie qu'il a tracée. Puis j'ai découvert, avec l'accident à la centrale de Fukushima, que c'était mon pays qui sombrait dans la catastrophe, et j'ai décidé de reprendre ce roman en cours d'écriture en plaçant le narrateur au milieu des ruines du désastre du 11 mars. Mon cheminement intérieur coïncide avec la catastrophe que vit le Japon et j'essaie d'exprimer ce que ressent un simple citoyen. C'est ma propre vie qui transparaît dans ce roman.

Le bombardement d'Hiroshima et de Nagasaki fut le point de départ d'une prise de conscience politique. La catastrophe de Fukushima pèsera-t-elle autant dans votre vie ?

Un jour, un journaliste d'Hiroshima m'a demandé : “Est-ce que le monde se souvient de la misère humaine à Hiroshima à la suite du bombardement ?” Cette question est restée gravée dans ma mémoire. Après l'accident à Fukushima, la première image qui m'est venue à l'esprit fut celle de ces dizaines de milliers de morts des bombardements atomiques, et des survivants qui endurèrent des souffrances incommensurables. Les occupants américains examinaient les victimes, mais ne les soignaient pas : ils voulaient juste connaître la puissance destructrice de l'arme nucléaire. Nous n'avons connu les effets d'une exposition aux radiations que par la suite, grâce aux examens menés par des organismes privés, qui ont révélé l'apparition de cancers chez les irradiés, et leur caractère parfois héréditaire. Après l'accident de Fukushima, les médecins traitant des irradiés d'Hiroshima furent les premiers à mettre en garde contre les risques encourus par les habitants des régions contaminées. Pour des années, le Japon sera confronté aux suites de Fukushima. Jusqu'à présent, l'abolition de l'arme nucléaire a été ma préoccupation majeure. Désormais, l'arrêt des centrales est la priorité de mon activité citoyenne comme de mon travail littéraire.

La nature a eu sa part de responsabilité dans cette catastrophe, mais la plus grande revient à l'imprévoyance humaine. Pensez-vous que les Japonais prendront conscience des errements d'une croissance qui asservit la démocratie à la loi du profit ?

Cette catastrophe met en lumière la fragilité de la démocratie japonaise. Serons-nous capables de réagir ou bien resterons-nous silencieux ? On saura dans dix ans si le Japon mérite encore l'appellation de nation démocratique. Je m'aperçois que jamais je n'avais ressenti aussi profondément le manque de maturité de la démocratie japonaise. Car cette crise ne se réduit pas au désastre de Fukushima. Le plus désespérant pour moi est la “conspiration du silence” des compagnies d'électricité, des administrations, du gouvernement et des médias pour cacher les dangers. Depuis mars 2011 ont été dévoilés tant de mensonges - et il y en a probablement d'autres… La révélation de cette complicité des élites pour dissimuler la vérité me bouleverse. Sommes-nous un peuple aussi facile à berner ?

Comment les Japonais, premier peuple “atomisé” du monde, ont-ils été aussi aisément convaincus de la sûreté de l'énergie nucléaire ?

Lors des bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki, j'avais 10 ans et j'ai éprouvé un sentiment de soulagement : la guerre était finie et je pourrais aller à l'école. Puis, en grandissant, j'ai pris conscience qu'en dépit de la Constitution, qui stipulait le renoncement à la guerre, le Japon offrait l'île d'Okinawa aux Etats-Unis pour entreposer leurs armes nucléaires et qu'il s'engageait sur la voie de l'utilisation pacifique de l'énergie atomique. J'ai écrit alors Notes de Hiroshima (Gallimard) et Notes d'Okinawa (non traduit) pour dénoncer ces dérives. L'autre pilier de la Constitution de 1947, la démocratie, a clairement “déraillé” avec la catastrophe de Fukushima. J'espère un sursaut de la société civile pour exiger le développement des énergies renouvelables et la prise en compte des alertes des sismologues.

Après Fukushima, une réflexion morale s'impose : on ne peut juger l'énergie nucléaire simplement en termes de productivité. Les victimes des bombardements atomiques ont été les premières à souligner la dimension éthique de ces bombardements et à appeler à ne pas faire subir à d'autres les mêmes souffrances. Les dirigeants politiques ont ignorés leur appel. La “trahison” commença avec la loi de 1956 sur l'utilisation de l'énergie nucléaire à des fins pacifiques. Nous en avons recueilli les fruits à Fukushima.

Quel est le rôle de la littérature dans ce cheminement vers un peu d'humanité ?

Une phrase de Milan Kundera m'accompagne dans l'écriture d'In Late Style : “En commençant par lui-même, chaque romancier devrait éliminer tout ce qui est secondaire, prôner pour lui et pour les autres la morale de l'essentiel.” Mon rôle, en tant que romancier japonais, est de me battre pour éliminer les centrales nucléaires. Tout mon travail prendra sens le jour où la société civile japonaise aura réussi à achever son “grand oeuvre” (en français) : faire triompher, pour la première fois peut-être, la volonté populaire. Je crée avec à l'esprit un sens de double catastrophe latente : celle que vit le Japon aujourd'hui et celle que connaît tout écrivain au soir de sa vie.

Notes de Hiroshima (Hiroshima noto), de Kenzaburô Ôe vient de paraître dans la collection Folio ((traduit du japonais par Dominique Palme)



La faune ignore la "radiophobie"

Suite au colloque de Bruxelles, le quotidien “La Libre Belgique”, sous la plume de Laurence Dardenne a publié un article “bien senti” concernant les réels effets de la catastrophe de Tchernobyl et la mise en doute de la notion de “radiophobie”, en citant longuement l'intervention de Michel Fernex

Vous pouvez télécharger cet article


Fukushima, un an après

Georges Baumgartner (Frédéric Charles en France) a pu retourner sur les lieux de l’accident et pénétrer dans la zone des 20 km.

Voir le film


Avignon: Conférence Nationale sur le nucléaire



Le 09 mars 2012, en mairie d'Avignon, se tiendra une conférence sur le nucléaire, ses risques sanitaires, la gestion des déchets, leur transport, le démantèlement, les armes nucléaires….

Rendez-vous à 18h au plus tard en salle des fêtes. Les déplacements pourront être remboursés sur présentation d'un titre de transport (original). Un repas suivra le conférence.


Revue Nature et Progrès

La revue Nature et Progrès vient de publier un article signé Yves Lenoir, intitulé “Nier Tchernobyl : la clé pour normaliser Fukushima”.

Visiter le site de la revue Nature et Progrès



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