Actualités 2011


Arte et Fukushima

Un reportage qui traduit la profondeur de la réaction du peuple japonais.

S'y révèlent le sens de la responsabilité, dont chaque citoyen se sent redevable envers le groupe auquel il doit le meilleur de soi-même, et l'attention due aux enfant, au coeur de l'approche bouddhiste de la vie et du rôle des parents.

Fort de ces traditions, le mouvement est en train d'effacer son handicap initial en terme de connaissance scientifiques adéquates. Il fera payer aux autorités la honte que leur comportement a jeté sur l'image du pays. À ses yeux elles ont perdu toute légitimité et ne méritent qu'une bonne perte de face.

Voir le film du reportage


Haruki Murakami contre le nucléaire


Extrait d'une interview de cet homme exceptionnel.

Source: “Le Nouvel Observateur” du 25 août 2011.
Propos recueillis par Didier Jacob
traduit du japonais par Jean-Baptiste Flamin et Diane Durocher.

Comment avez-vous réagi face à la catastrophe nucléaire de Fukushima ?

« Mon avis sur la question est très clair : l'énergie nucléaire est à de nombreux égards nocive pour le genre humain. Elle nous blesse dans notre chair, elle nous blesse dans notre dignité. Dire que l'énergie nucléaire est un bienfait, c'est comme affirmer que la bombe nucléaire remplit à merveille son rôle de garant de la paix mondiale: cela relève d'une logique de dupe. Il faudrait enfouir le nucléaire profondément sous terre, et ne plus jamais le faire remonter à la surface. A mon sens, cet accident nucléaire a secoué les bases de l'Etat japonais. C'est un tournant historique d'envergure. »

source : bibliobs.nouvelobs.com/rentree-litteraire-2011/20110824.OBS9/le-tsunami-murakami.html
Source: “Le Nouvel Observateur” du 25 août 2011.

Le tsunami Murakami

ENTRETIEN. C'est le plus secret des écrivains japonais. Amateur de jazz, marcheur de fond et romancier nobélisable, Haruki Murakami publie les deux premiers tomes d'une fabuleuse trilogie initiatique qui a fait fureur au Japon.

Haruki Murakami. Né en 1949 à Kyoto, il a étudié le théâtre et tenu un club de jazz. Auteur d'une quinzaine de livres, il a obtenu de nombreux prix littéraires (prix Kafka, prix Jérusalem), et il est l'un des favoris pour le Nobel. © 2011 Iván Giménez/ Tusquets Editores.

C'est d'abord l'histoire d'un succès sans précédent. Epuisé le jour même de sa sortie au Japon, en 2009, la trilogie romanesque de Haruki Murakami passait, au bout d'un mois seulement, la barre des 2 millions d'exemplaires - les libraires calculant même que l'énigmatique «1Q84» s'écoulait six fois plus vite que, naguère, les aventures du jeune Harry Potter. Et Murakami de voir, dans la foulée, ses romans précédents retrouver une place sur les listes des meilleures ventes (en tout, pas moins de 10 millions d'exemplaires furent imprimés en poche).

Effets collatéraux: «1984», le livre d'Orwell auquel Murakami fait référence, était réédité avec succès, tandis que Tchekhov (un auteur maintes fois cité dans «1Q84» comme dans «Kafka sur le rivage», un de ses romans précédents) se lisait à nouveau dans les métros bondés. Quant à la «Sinfonietta» de Janacek, qui est en quelque sorte la BO du livre (le morceau passe à la radio dès la première phrase), on entendrait désormais ses coups de cymbale dans tous les restaurants branchés, sonnant sur les portables.

Sans doute la personnalité ultracharismatique de l'écrivain, lequel s'exprime très rarement dans la presse, a-t-elle amplifié le raz-de-marée annoncé. Mais si le roman de Murakami, dont les deux premiers tomes paraissent aujourd'hui en France, a exercé au Japon une telle fascination, c'est aussi que «1Q84» plonge au cœur des angoisses contemporaines tout comme Orwell, dans «1984», décrivait les affres du monde moderne à venir.

Science-fiction? Chez Orwell, le romanesque anticipait l'avenir. Chez Murakami, il s'évade plutôt vers un territoire autre, monde second auquel l'héroïne accède, au début du livre, par une sortie de secours menant à un escalier dérobé, sortie qu'elle emprunte innocemment, sur les conseils d'un chauffeur de taxi mystérieux, alors qu'elle est bloquée dans un embouteillage inextricable.

Aomamé (la fille en question) est une tueuse professionnelle, qui aime les hommes s'ils ressemblent, côté calvitie, à Sean Connery, et exécute froidement, au moyen d'une très fine aiguille qu'elle enfonce dans la nuque de ses victimes, les auteurs de violence conjugale. Elle agit pour le compte d'une vieille dame très digne qui consacre sa fortune à neutraliser ce genre d'individus. Aomamé doit justement régler son compte au pire d'entre eux, le Maître d'une secte qui abuse d'enfants, dont certains, recueillis par la vieille dame, se sont avérés terrorisés par de mystérieux «little people».

De son côté, Tengo, un jeune romancier qui gagne sa vie en enseignant les maths, se voit confer par un éditeur peu scrupuleux le manuscrit de Fukaéri, une jolie adolescente de 17 ans surgie de nulle part, afin qu'il le récrive pour qu'il puisse concourir à un prix du jeune écrivain. «La Chrysalide de l'air» remporte en effet un succès considérable, mais Fukaéri n'a-t-elle pas prévenu que les créatures étranges qu'elle y décrit risquaient de voir d'un mauvais oeil cette publicité faite autour d'eux, et ne manqueraient pas de se venger de Tengo et de son éditeur?

Alors, 1984 ? Ou 1Q84 ? Le Q de la question (en japonais, la lettre «q» se prononce comme le chiffre «9»). Existe-t-il d'autres univers que le nôtre? Et quel passage Tengo et Aomamé vont-ils devoir emprunter pour finalement se retrouver? Fabuleusement astucieux, fascinant à tous égards, le livre laisse planer le doute sur des vérités qui, sous le rapport de l'unicité de l'espace et du temps, étaient jusqu'alors données comme acquises.

Il tire surtout sa force de ce que les deux mondes qu'il décrit se ressemblent trait pour trait, sauf pour les deux lunes qui brillent comme un point d'interrogation sur la réalité de substitution. Pas de petits hommes verts ni de soucoupes volantes chez Murakami - au fait, si: ces «little people» mystérieux qui terrifient ceux qui les ont vus à l'oeuvre, créatures maléfiques qui semblent détenir le pouvoir sur les trois grands états de l'être qu'explore sans relâche cet immense romancier: la vie, la mort et le sommeil.

;;# Didier Jacob ;;# ;#; +*+*+*+*+ ;#;

Le Nouvel Observateur - George Orwell, auquel vous faites référence, a écrit une satire sombre du totalitarisme. Bien que votre oeuvre ne soit pas si sombre, la décririez-vous comme «orwellienne»?

Haruki Murakami - George Orwell a écrit «1984» en 1949 - l'année où, par le plus grand des hasards, je suis né. Pour lui, à l'époque, 1984 représentait un futur encore inconnu. Ce livre est devenu par la suite un roman d'anticipation. En mettant en scène le monde du futur, Orwell a pu faire de l'époque contemporaine, de notre époque, une fable. De mon côté, j'ai dépeint dans «1Q84» une année 1984 que j'observe depuis notre XXIe siècle. C'est donc un roman de rétrospection. En reconstruisant cette époque qui a réellement existé je transforme à mon tour - ou du moins, j'essaie - le présent en fable.

Pourquoi avoir choisi d'opérer ainsi ? Premièrement parce que le roman d'anticipation, en acquérant le statut de genre littéraire à part entière, s'est banalisé. Ensuite, parce que c'est un genre qui, de manière inhérente, ne renvoie plus que des images pessimistes. Tentez de décrire un avenir proche : vous ne pourrez l'empêcher de revêtir dès le début un aspect de fable sombre. Alors que, quand il s'agit de dépeindre le passé proche, nous sommes libres de laisser s'y dérouler toutes les fables.

“George Orwell a écrit «1984» en 1949 - l'année où, par le plus grand des hasards, je suis né. Pour lui, à l'époque, 1984 représentait un futur encore inconnu. Ce livre est devenu par la suite un roman d'anticipation.”

Pourquoi fallait-il que je réinvente l'année 1984, de mon point de vue d'homme du XXIe siècle? Parce que nous n'avions pas encore, en 1984, été confrontés à certains événements cauchemardesques - nous n'aurions même pas pu imaginer vivre de telles choses. Ces événements sont pour moi, d'une part, l'attentat au gaz sarin du métro de Tokyo en 1995 et, d'autre part, les attentats du 11-Septembre. Aujourd'hui, on peut encore ajouter à cette liste le grand tremblement de terre et le grand tsunami du Tohoku, et la catastrophe nucléaire qui en est résultée.

Dans «1Q84», il est question de sexe dans ses aspects les plus crus, tout comme il est question de meurtres et de viols d'enfants. N'êtes-vous pas désespéré par la façon dont le monde évolue?

Lorsque j'écris un roman, je descends toujours dans les recoins les plus sombres de mon être, puis j'observe les paysages qui s'y trouvent et je les décris. En fait, il ne s'agit pas de construire une intrigue dans ma tête, mais bien de trouver un récit qui existe déjà en moi, de le recueillir et de le coucher par écrit. Aussi serait-il peut-être juste de dire que je ne possède quasiment aucune liberté de choix quant à ce que je choisis de raconter. Comme si tout était déjà là, au fond de moi. Ce peut être aussi les films que j'ai vus, la musique que j'ai écoutée, les livres que j'ai lus. Les gens que j'ai rencontrés ont aussi leur importance, de même que les paysages, ou l'air que j'ai respiré. Sans parler des souvenirs douloureux de mes expériences passées, ou les choses agréables…

Tous ces éléments très personnels se glissent d'eux-mêmes dans les récits que j'écris. Mais à force d'être longtemps restés plongés dans l'obscurité, ces éléments, en dépit de leur caractère lumineux, s'assombrissent, jusqu'à parfois devenir cauchemardesques. Comme dans ces passages nourris de sévices ou d'ultraviolence, où le sexe revêt une forme déviante.

Ce qui est étrange, c'est que je ne suis pas pessimiste. Plutôt le contraire. Ce que je souhaite montrer dans mes récits, c'est que, pour espérer, il faut traverser un long cauchemar. Pour chercher la lumière, on doit être entouré de profondes ténèbres. Pour connaître la paix, il faut passer par une violence qui nous échappe. S'il y a des gens qui apprécient ce que j'écris, c'est peut-être parce qu'ils perçoivent au fond de mon coeur la conviction que l'on peut toujours déceler un petit signe de lumière, même dans la nuit la plus noire.

Comment avez-vous réagi face à la catastrophe nucléaire de Fukushima?

Mon avis sur la question est très clair : l'énergie nucléaire est à de nombreux égards nocive pour le genre humain. Elle nous blesse dans notre chair, elle nous blesse dans notre dignité. Dire que l'énergie nucléaire est un bienfait, c'est comme affirmer que la bombe nucléaire remplit à merveille son rôle de garant de la paix mondiale: cela relève d'une logique de dupe. Il faudrait enfouir le nucléaire profondément sous terre, et ne plus jamais le faire remonter à la surface. A mon sens, cet accident nucléaire a secoué les bases de l'Etat japonais. C'est un tournant historique d'envergure.

Qu'est-ce qui vous a décidé à écrire un roman en trois volumes, presque comme une série télé avec une saison 1, une saison 2, etc.?

J'ai écrit les livres 1 et 2 en ayant en tête les cycles 1 et 2 du «Clavier bien tempéré» de Bach. J'ai construit chacun des douze chapitres en mode mineur et majeur. A ce moment-là je n'avais pas encore prévu d'écrire le livre 3. Mais je n'ai pu résister à l'envie d'imaginer la suite. Le côté série télévisée ne m'est pas particulièrement venu à l'esprit. J'ai été fan de la série «Lost» (et à ce propos, la maison que j'ai habitée à Honolulu a servi de lieu de tournage, dans la saison 1).

Vous vous attendiez à l'immense succès du livre ?

Je n'avais jamais songé à devenir un jour ne serait-ce que romancier à plein temps. Le fait est qu'à 29 ans j'ai écrit par hasard un roman, et qu'il a été publié, et a reçu l'attention du public: je suis devenu romancier presque à mon insu. J'étais encore plus loin d'imaginer que mes romans seraient traduits en plusieurs langues et deviendraient des best-sellers à travers le monde. Encore maintenant, en toute honnêteté, cela me laisse perplexe. La seule chose que je peux dire, c'est que j'aime par-dessus tout écrire des romans. Mais le succès n'est pas, pour moi, une finalité.

Pourriez-vous décrire l'endroit où vous travaillez ?

La musique est très présente quand j'écris. J'ai autour de moi 10.000 vinyles environ. La majeure partie sont des disques de jazz et, pour le reste, de la musique classique. Les CD ne m'intéressent pas vraiment. Les enceintes sont d'immenses modèles JBL très anciens (cela fait trente-cinq ans que je n'utilise qu'elles). Le matin, je me lève à 4 heures, puis je m'installe à mon ordinateur tout en écoutant de la musique à faible volume. Sur les murs se trouvent des peintures à l'huile représentant Clifford Brown et Lester Young, ainsi qu'un vieux poster de Glenn Gould. Je bois beaucoup de café noir. Je ne travaille que le matin. Et puis peut-être aussi un peu l'après-midi. Je ne travaille jamais à la nuit tombée.

1Q84, par Haruki Murakami, livres 1 et 2, traduits du japonais par Hélène Morita, Belfond, 532 p., et 566 p., 23 euros chacun (le livre 3 paraîtra en mars 2012).


Le japon cache les données de contamination, en laissant les personnes évacuées en danger

par Norimitsu Onishi et Martin Fackler

Bref commentaire

On trouve dans cet article une excellente description de ce que signifie le concept de crise radiologique. La réaction japonaise est à comparer avec celle des autorités américaines lors de la crise de TMI et de celle des soviétiques après Tchernobyl.
Dans les trois cas l'évacuation apparait comme la pire des solutions car elle coûte cher tout de suite, car elle implique des mesures d'autorité, voire de coercition, car on navigue avec une information incomplète et fluctuante, car on vit influencé par une image trop gentille de l'énergie atomique et des radiations (tellement “utiles” en médecine…les atomes pour la santé, la paix et la prospérité !) et, tout cela considéré, car on craint de ne pouvoir la justifier a posteriori.

Les “expériences” antérieures ne servent à rien, c'est clair.

Yves Lenoir

Le New-York Times, 8 août 2011

FUKUSHIMA, Japon - Le lendemain du jour où un tsunami géant provoqua un désastre permanent à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, des milliers d'habitants de la ville voisine de Namie se sont rassemblés pour évacuer.

En l'absence de directives de Tokyo, les élus de la villes ont dirigé les habitants vers le nord, en espérant que les vents d'hiver souffleraient vers le sud en entraînant les émissions radioactives. Pendant trois nuits, alors que des explosions d'hydrogène de quatre réacteurs dispersaient des radiations dans les airs, ils demeurèrent dans le district de Tsushima, où les enfants jouaient dehors et où certains parents utilisaient l'eau d'une montagne pour cuire leur riz.

Le japon cache les données de contamination, en laissant les personnes évacuées en danger

par Norimitsu Onishi et Martin Fackler

Le New-York Times, 8 août 2011

FUKUSHIMA, Japon - Le lendemain du jour où un tsunami géant provoqua un désastre permanent à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, des milliers d'habitants de la ville voisine de Namie se sont rassemblés pour évacuer.

En l'absence de directives de Tokyo, les élus de la villes ont dirigé les habitants vers le nord, en espérant que les vents d'hiver souffleraient vers le sud en entraînant les émissions radioactives. Pendant trois nuits, alors que des explosions d'hydrogène de quatre réacteurs dispersaient des radiations dans les airs, ils demeurèrent dans le district de Tsushima, où les enfants jouaient dehors et où certains parents utilisaient l'eau d'une montagne pour cuire leur riz.

Les vents, en fait, on soufflé directement vers Tsushima - et les élus de la ville apprirent deux mois plus tard que c'est exactement ce qu'un système informatique gouvernemental, programmé pour prévoir le déplacement des rejets radioactifs, avaient prévu.

Mais les prévisions météorologiques n'ont pas été publiées par les bureaucrates de Tokyo, ssuivant une culture qui cherche à éviter les responsabilités, et par-dessus tout, les reproches. Les dirigeants politiques, japonais tout d'abord, ignoraient l'existence de ce système, puis ont minimisé les données, apparemment de peur d'avoir à accroître de manière significative la zone à évacuer - et à admettre l'importance de l'accident.

“Du 12 au 15, nous étions dans une zone subissant le plus haut niveau de radiations,” dit Tamotsu Baba, le maire de Namie, qui se trouve à environ 8km de la centrale. Il vit maintenant, avec des milliers d'habitants de Namie dans des habitations de fortune, dans une autre ville, Nihonmatsu. “Nous sommes extrêmement inquiets à propos de l'exposition aux radiations internes.”

La rétention d'information, dit-il, est en quelque sorte “un meurtre”.

Dans des interviews et des déclarations publiques, plusieurs membres actuels et anciens membres du gouvernement ont admis que les autorités japonaises dans un processus de rétention des informations alarmantes et de négation des faits du désastre nucléaire - dans le but, selon certains, de limiter l'ampleur d'une évacuation coûteuse et perturbatrice dans un japon où la place est comptée, et pour éviter une remise en question publique de l'industrie nucléaire politiquement puissante. Alors que la centrale continue à émettre des radiations, dont une partie s'est introduite dans la nourriture de la nation, la colère publique grandit contre ce que beaucoup ici considèrent comme une campagne officielle pour minimiser l'ampleur de l'accident et les risques potentiels pour la santé.

Seiki Soramoto, un législateur et ancien ingénieur nuckléaire, auquel le premier ministre Naoto Kan a demandé son avis pendant la crise, reproche au gouvernement d'avoir caché les prévisions météorologiques du système informatique, connu comme System for Prediction of Environmental Emergency Dose Information (Système pour la Prédiction d'Urgence Environnementale et d'Information sur les Doses), ou SPEEDI.

“Finalement, c'est le bureau du premier ministre qui a caché les données de SPEEDI”, a-t-il dit. “Parce qu'ils ignoraient ce que ces données signifiaient, et donc ils ne savaient pas ce qu'il fallait rendre publique, ils ont pensé uniquement à leur propre sécurité, et ont donc décidé qu'il était plus facile de ne rien divulguer”.

Dans une interview, Goshi Hosono, le ministre chargé de gérer la crise nucléaire, a nié les accusations selon lesquelles des considérations politiques ont retardé la publication des premières données de SPEEDI. Il a affirmé qu'elles n'ont pas été publiées parce qu'elles étaient incomplètes et imprécises, et qu'on ne lui a présent ces données pour la première fois que le 23 mars.

“Et ce jour-là, nous les avons rendues publiques”, dit mr.Hosono, qui était l'un des plus proches conseillers du premier ministre dans les premiers jours de la crise, avant d'être nommé ministre en charge de la catastrrophe nucléaire. “Et avant ça, je ne suis pas sûr moi-même. Dans les jours qui ont précédé, alors qu'il s'agissait d'une question de vie ou de mort pour la nation japonaise, je n'étais pas concerné par ce qui se passait avec SPEEDI”.

Les prévisions météorologiques du système informatique sont une partie de nombreuses autres informations que le gouvernement a tout d'abord caché au public.

La fusion de trois des six réacteurs de Fukushima Daiichi est restée cachée pendant des mois. Dans une des plus choquantes déclarations, des régulateurs nucléaires ont dit au début Juin que des inspecteurs avaient trouvé du tellurium 132, que les experts considèrent comme la preuve de la fusion d'un réacteur, une journ&e après le tsunami - mais n'ont rien dit au public pendant presque trois mois. Pendant des mois après le désastre, le gouvernement a sans cesse changé d'avis sur le niveau de radiations admissible dans les cours d'école, provoquant confusion et anxiété quant à le sécurité des élèves ici à Fukushima.

trop tard

Le timing de plusieurs aveux - arrivant fin mai et début juin, quand les inspecteurs de l'AIEA ont visité le Japon et juste avant que le Japon n'ait projeté de fournir un rapport sur l'accident à la conférence de l'AIEA - suggère aux détracteurs que l'estalishment nucléaire japonais devenait honnête uniquement parce qu'il ne pouvait plus cacher l'ampleur del'accident. Le 4 juillet, l'Association pour l'Energie Atomique japonaise, un groupe de spécialistes et de cadres dans le domaine nucléaire, dit: “Il est extrèmement regrettable que cette sorte d'information importante n'ait été livrée au public que trois mois après les faits, et seulement en ttant que document pour une couférence outre-mer”.

Le groupe a ajouté que les autorités devaient encore divulguer des informations comme le niveau d'eau et la température dans l'enceinte du réacteur, ce qui fournirait une image plus juste des dommages. D'autres experts disent que le gouvernement et Tokyo Electric Power Company, ou TEPCO, doivent encore publier les données de la centrale, ce qui pourrait éclairer sur la réalité des affirmations officielles selon lesquelles le système de refroidissement a été endommagé uniquement par le tsunami de 15m de haut, ou si les dégâts du trmblement de terre ont aussi joué un rôle, une découverte qui pourrait semer le doute au sujet de la sécurité d'autres centrales installées dans des pays aussi actifs dans le domaine sismique que le Japon.

Le gouvernement persiste à dire qu'iln'a pas sciemment mis le public en danger.

“Par principe, le gouvernement n'a jamais agi dans le sens de sacrifier la santé ou la sécurité de la population”, a déclaré Mr. Hosono, le ministre en charge de la catastrophe nucléaire.

Ici dans la capitale de la préfecture, ou ailleurs, des ouvriers déblaient la surface du sol contaminé par des particules radioactives de la centrale dans les cours d'école. Des dizaines de mmilliers d'enfants sont maintenus à l'intérieur des écoles en cet été chaud, et certains portent même des masques, même avec les fenêtres fermées. Beaucoup vont bientôt porter des dosimètres individuels pour surveiller leur exposition aux radiations.

A l'école élémentaire n°4 ici, des élèves étaient récemment en train de jouer au shogi et au go, jeux de société traditionnels, à l'intérieur. Nao Miyabashi, 11 ans, dont la famille s'est réfugiée ici de Namie, dis qu'elle avait peur des radiations. Elle a essayé de ne pas être surprise par la pluie. Elle se gargarise et se lave les mains aussitôt quelle rentre à la maison.

“J'aimerais jouer dehors”, dit-elle.

Environ 45% des 1080 enfants dans les trois communautés de Fukushima, contrôlés fin mars ont été trouvés positifs pour une contamination thyroïdienne, d'après une révélation gouvernementale récente, qui ajoutais que les niveax étaient trop bas pour nécessiter un examen plus approfondi. De nombreux experts, au Japon et hors du Japon, mettent en doute les affirmations du gouvernement, mettant en avant qu'à Tchernobyl, tous ceux qui ont développé un cancer de la thyroïde étaient des enfants vivant à proximité de la centrale lors de laccident.

Des critiques, tant à l'intérieur qu'en dehors de l'administration Kan estiment qu'une partie de cette contamination aurait pu être évitée si les autorités avaient publié les données plus tôt.

Le 15 mars dans la soirée, Mr. Kan appela Mr. Soramoto, designer de centrales nucléaire pour Toshiba, pour lui demander son aide dans la gestion de la crise qui s'intensifiait. Mr. Sorammoto improvisa un groupe consultatif, qui incluait son ancien professeur à l'Université de Tokyo, Toshiso Kosako; un des meilleurs experts japonais dans la mesure des radiations.

Mr. Kosako, qui a étudié la réponse soviétique à la crise de Txchernobyl, dit âtre surpris du peu de choses que les responsables dans le bureau du premier ministre connaissaient sur les ressources à leur disposition. Il avisa rapidement le premier secrétaire du cabinet, Yukio Edano, d'utiliser SPEEDI, qui utilisait des mesures d'émanations radioactives, ainsi que des données topographiques et météorologiques, afin de prévoir où les particules radioactives pourraient arriver après avoir été relâchées dans l'atmosphère.

SPEEDI a été créé dans les années 1980, pour faire au sujet des dispersions des radiations des prévisions qui, si l'on en croit les manuels de désastre nucléaire du bureau du premier ministre, étaient supposées être à la disposition des autorités locales pour guider les évacuations loin des retombées radioactives.

Et bien entendu, SPEEDI a craché des cartes et autres données toutes les heures dès les premières heures après le tremblement de terre et le tsunami. Mais le Ministère de l'Education n'a pas transmis les données au bureau du premier ministre, parce que, a-t-il dit, l'information était incomplète. Le tsunami avait détruit des capteurs à la centrale: sans les données sur les quantités de radiations émises, il était impossible d'évaluer jusqu'où la trainée radioactive s'étendrait.

“N'ayant pas connaissance du niveau réel des rejets, nous ne pouvions pas prendre la responsabilité d'ordonner des évacuations”, a déclaré Keiji Miyamoto, de la division de sûreté nucléaire du Ministère de l'Education, qui gère SPEEDI.

Le gouvernement s'était initialement résolu à tracer des cercles autour de la centrale, en évacuant toute personne se trouvant dans un rayon de, tout d'abord de 3km, puis 10km et enfin 20km, agrandissant les cercles au fur et à mesure que l'étendue du désastre devenait plus claire.

Mais même avec des données incomplètes, Mr. Kosako dit qu'il a poussé legouvernement à utiliser SPEEDI en faisant des estimations quant aux quantités de radiations émises, ce qui aurait permis dobtenir des caartes utilisables pour orienter les plans d'évacuation. En réalité, c'est précisément ce qu'a fait le ministère, faisant des simulations des émissions de radiations sur les ordinateurs de SPEEDI. Quelques-unes des cartes montrent clairement une nuage de contamination nucléaire s'étendant au nord-ouest de la centrale, au-delà des zones initialement évacuées.

Toutefois, a dit Mr. Kosako, le bureau du premier minitre a refusé de publier les résultats, même après avoir été mis au courant de SPEEDI, parce que les officiels ne voulaient pas prendre la responsabilité d'évacuations coûteuses, au cas où plus tard leurs estimations seraient remises en question.

Une zone d'évacuation plus large aurait signifié déraciner des centaines de milliers de personnes, et leur trouver une place pour vivre dans un pays déjà surpeuplé. Entre autres choses, dans les premiers jours après le tremblement de terre, les routes étaient bloquées, et les trainsne circulaient pas. Ces considérations ont décidé le gouvernement à limiter les évacuations aux 80000 personnes déjà déplacées des zones autour de la centrale et aussi à éviter les payements compensatoires pour de nouveaus évacués, selon des officiels actuels et passés interviewés.

Mr Kosako dit que les principaux conseillers du premier ministre ont ignoré de manière répétée ses demandes frénétiques de rendre publiques les cartes de SPEEDI, et il démissionna en avril par peur de voir des enfants exposés à de dangereux niveaux de radiation.

Quelques conseillers du premier ministre répondent que le système n'était pas très utile pour prédire la direction du nuage radioactif. Shunsuke Kondo, qui dirige la Commission de l'Energie Atomique, un organisme de conseil au sein du bureau, dit que les cartes produites par SPEEDI dans les premiers jours étaient illogiques, et changeaient plusieurs fois par jours en fonction de la direction du vent.

“Pourquoi publier quelque chose si ce n'était pas utile?” dit Mr. Kondo, également professeur d'engeneering nucléaire à l'Université de Tokyo. “Quelqu'un sur le sol de Fukushima, regardant la direction du vent, en aurait su tout autant”.

Mr. Kosako et d'autres, toutefois, affirment que les cartes de SPEEDI auraient été extrèmement utiles dans les mains de quelqu'un qui aurait su faire le tri dans les données du système. Il dit que les lectures de SPËEDI étaient tellement complexes, et certaines prédictions de déploiement de la contamination tellement alarmantes, que trois différentes agences gouvernementales - le Ministère de l'Education et les deux régulateurs nucléaires L'agence de sûreté nucléaire et industrielle et la Commission de Sûreté Nucléaire - se passaient les données l'une l'autre, comme une patate chaude, aucune d'entre elles ne voulant accepter la responsabilité de ces résultats.

Dans les interviews, les officiels du ministère est des agences pointent le doigt, affirmant que l'autre agence était responsable de SPEEDI. La direction de la commission a refusé d'être interviewée

Mr. Baba, le maire de Namiedit que si les données de SPEEDI avaient été disponibles plus tôt, les habitants de la ville auraient naturellement choisi de fuir vers des zones plus sûres. “Mais nous n'avons pas eu les informations”, dit-il. “C'est frustrant”.

Les évacués qui résident maintenant dans des préfabriqués provisoires à Nihonmatsu disent que, croyant être en sécurité à Tsushima, ils n'ont pris que peu de précautions. Yoko Nozawa, 70 ans, dit qu'à cause du manque de toilettes il a fallu recourir à des fosses dans le sol, où des doses de radiations étaient vraisemblablement plus importantes.

“Nous étions au plus mauvais endroit, mais ne le savions pas”, dit Mme Nozawa. “Les enfants jouaient dehors”.

Un voisin, Hiroyuki Oto, 31 ans, dit qu'il travaillait à la centrale pour un sous-traitant de TEPCO au moment du tremblement de terre, et que maintenant il était dans un logement temporaire, avec son épouse et trois jeunes enfants, après être resté également ) Tsushima. “Les effets peuvent apparaîtreseulement dans des années”, dit-il à propos des l'exposition aux radiations. “J'ai peur pour mes enfants”.

Graines de défiance

Mr Hosono, le ministre en charge de la gestion de la crise nucléaire, a dit que certaines informations, incluant les donées de SPEEDI, ont été cachées par peur de “créer une panique”. Dans une interview, Mr. Hosono - qui maintenant tient des conférences quasi-quotidiennes avec les responsables de TEPCO et les régulateurs nucléaires - dit que le gouvernement a “changé son mode de pensée”, et essaye de publier les informations aussi vite que possible.

Les critiques, ainsi que le public sceptique toujours plus nombreux, ne sont guère convaincus. Ils comparent les réponses avec l'affaire Minamata dans les années 1950, un scandale nationaldans lequel les bureaucrates et les responsables industriels on fait collusion pour protéger la croissance éconopmique en cachant le fait qu'une usine chimique déversait du mercure dans la baie de Minamata, à l'ouest du Japon. Le mercure a provoqué des maladies neuroleptiques chez des milliers de personnes vivant dans cette région et a été mis en évidence par des photos émouvantes de victimes atteintes.

“S'ils voulaient protéger la population, ils devaient publier l'information immédiatement”, dit Reiko Seki, un sociologue à l'Université de Rikkyo à Tokyo, et un expert du camouflage de l'affaire de Minamata. “Malgré l'expérience de Minamata, ils n'ont pas publié SPEEDI”.

A Koriyama, une ville à environ 60km à l'ouest de la cantrale, un groupe de parents anonce qu'ils ont cessé de croire aux propos rassurants du gouvernement, et ont récemment fait quelque chose d'impensable dans une zone conservatrice et rurale: Ils ont attaqué en justice. Bien que leur raison officielle soit d'obliger Koriyama à déplacer leurs enfants dans une zone moins dangereuse, leur but réel est de dénoncer le gestion nationale des évacuations et la crise de santé publique

Après le désastre nucléaire, le gouvernement a relevé la limite légale d'irradiation à 20 millisieverts par an pour les individus, y compris les enfants - les autorisant ainsi à continuer à vivre dans des zones dont ils auraient été évacués selon l'ancien standard. La limite a été ramenée plus tars à 1 millisievert, mais seulement pour les enfants à l'intérieur des bâtiments scolaires.

L'avocat des plaideurs, Toshio Yanagihara, dit que les autorités retenaient les informations pour détourner l'attention des conséquences sanitaires de l'accident, qui ne deviendront évidentes que dans plusieurs années.

“Etant donné que les effets n'apparaîtront pas immédiatement, ils pourront dire plus tard que la cigarette ou le café provoquent le cancer”, dit-il.

Le gouvernementjaponais envisage de contrôler sur le long terme la santé des résidents de Fukushima, et de prendre les mesures appropriées dans le futur, affirme Yasuhiro Sonoda, un législateur et secrétaire parlementaire du cabinet. Le maire de Koriyama, Masao Hara, dit qu'il ne croit pas que le standard d'irradiation gouvernemental soit dangereux. Il ajoute qu'il était “irréaliste” d'évacuer les 33000 élèves d'école élémentaire et junior.

Mais Koriyama est allée plus loin que les décisions gouvernementales, en décapant le surface du sol de ses écoles avant les directives nationales, et imposant des standards d'inspection plus stricts que ceux mis en place par les services officiels d'éducation du pays.

“Le peuple japonais, après tout, a un haut niveau de connaissance”, dit le maire, “donc il me semble que l'information devrait être délivréecorrectement et rapidement afin que le peuple puisse juger, spécialement ici à Fukushima”.

Reportage de Norimitsu Onishi à Fukushima, et de Martin Fackler à Tokyo. Contribution de Ken Belson et Kantaro Suzuki à Tokyo


Tchernobyl se répète à Fukushima !

Arnie Gundersen, l'ancien régulateur nucléaire américain attribue la radioactivité de la nourriture des troupeaux à la “Pluie Noire”
Ex American Nuclear Regulator Blames Radioactive Animal Feed on “Black Rain”

Copy of Arnie Gundersen's testimony

While many radioactive cattle have been discovered large distances from Fukushima, what is more important is where their feed is coming from. “It's not only about the radioactive cattle in Fukushima Prefecture; its also about the radioactive straw the cattle eat that was grown elsewhere”. Straw found 45 miles from Fukushima is highly contaminated with radioactive cesium, which is an indication that radiation has contaminated large portions of Northern Japan. More than half a million disintegrations per second in a kilogram of straw are comparable to Chernobyl levels. This proves that the American Nuclear Regulatory Commission was correct when it told Americans to evacuate beyond 50 miles and that the Japanese should have done the same. An Ex-Secretariat of Japan's Nuclear Safety Commission blames this contamination on “Black Rain”. Rather than minimize the information the Japanese people receive, Gundersen suggests minimizing their radiation exposure.“

Hi, I'm Arnie Gundersen from Fairewinds and it is Tuesday, July 19th. Today, I plan to talk about the condition of the reactors at Fukushima. And more importantly, the radiation that has been detected throughout Japan, not just on the site. And finally, I want to talk about a condition that the Japanese are beginning to call Black Rain.

The first thing is the condition of the site itself. All 3 Fukushima reactors that were running, I, II and III, and the fuel pool on Unit 4, continue to release radiation. Now, you do not see it in the day because the days are warm now, but you do see it at night. I have gotten many, many emails about this, where people think that the site is blowing up. In fact, it is steam coming out of these reactors and hitting cold air from the Pacific. So they continue to release radiation. But most of the radiation from Fukushima was released in March and in April. At this point, there is a lot less radiation every day than there was in March and April. About 90-95% of the radiation from Fukushima was released in the first 6 weeks of the accident. While it continues to release radiation, there is nowhere near as much on a daily basis. On the other hand, Fukushima may be continuing to release radiation for a long time.

The Japanese are building large tents to put over each of these reactors. The first tent is in fabrication now and it will cover reactor 1, and then they will move to reactor 2, and reactor 3, and finally reactor 4. Those tents are designed to prevent the steam from getting out and to collect it as water and treat it. So beginning in September, most of the airborne radiation will be eliminated from Fukushima, at least Unit 1. More and more though, we will wind up with the contaminated ground water and the contaminated liquids that are on site. There is nothing in the foreseeable future to eliminate those. As a matter of fact, the Japanese announced that it is going to be 10 years before they begin, begin to remove those cores from the bottom of the containment. There is no technology right now to remove them. Remember they have melted through the nuclear reactor and they are lying on the floor of the nuclear containment.

At Three Mile Island, they had melted onto the bottom of the reactor, but not through the reactor. So this is brand new. It is sort of like trying to peel an egg off the bottom of a frying pan. If it is cooked too long, it is a very, very complicated and difficult process. And that is what we are facing at Fukushima in the long term clean up. So in the meantime, there will be an awful lot of liquid radioactive waste that will have to be processed for 10 or perhaps 20 years.

Well, in my mind, the more concerning thing is the information that has been coming in from off site lately. Some friends of mine are biologists that had worked at Chernobyl and went to Japan to do some scientific work over there. They went anticipating things were going to be bad. I got a call this week from them and they said that things are really, really bad. So these are hardened scientists that are used to dealing with radiation and they believe that conditions at Fukushima are much worse than they had thought.

There is some corroborating evidence that has come in on that. The first is that mushrooms between 30-40 miles from the reactor, are found to be contaminated well in excess of what the Japanese are allowing. The interesting part of that is that the mushrooms were grown indoors. So how can a mushroom grown indoors exceed the radiation standards that the Japanese have set? It is a major concern and again, it is 35 miles from the accident.

The second piece of corroborating evidence, is that cattle have been contaminated throughout the Fukushima Prefecture and beyond. In the last week, first it started that 8 cows were contaminated and then it became 40 cows and now it is over 130 cows that are contaminated, and I am sure that number will go up as time goes on. Now there are a couple of interesting things here. First is that the cows were 30-40 miles from the reactor and their cesium levels are well in excess of anything anyone has ever approved for human consumption.

When the cows got to market, the Japanese did not sample the meat, they rubbed the hide of cow to see if there was any contamination. And based on rubbing the hide of the cow, they released it to market. It was only after that, that it was discovered that the meat was contaminated. That is not an acceptable way of measuring beef. But the more important issue here is, how did the cows pick up that contamination when everyone thought the cows were being fed silage, in other words, straw that had been saved from before the accident?

It turns out that the Japanese use the stalks of rice to feed their cows. And farmers out at 45 miles and beyond, were cutting their rice stalks down and shipping it in to the farms that were inside the Fukushima Prefecture. The straw was contaminated to 500,000 disintegrations every second, in a kilogram of straw. Now this is cesium. It has got a 30 year half life. But 30 years from now, it is still going to be disintegrating at 250,000 disintegrations per second. And 30 years after that at 125,000 disintegrations per second. That is what this term half life means.

This occurred out at 45 miles. You will recall that the Nuclear Regulatory Commission suggested evacuation out beyond 50 miles. This appears to indicate that the NRC was right. The Japanese should have evacuated their population out beyond 50 miles and instead stopped at around 12 – 18 miles.

This contamination then has spread beyond the Fukushima Prefecture. Yet, the Prefecture itself seems to be the only place the Japanese are worried about this radioactive exposure.

The last thing I would like to talk with you about today, is what happens outside the 50 miles that we have just been talking about. It is already pretty clear based on the radiation in the straw that we have discovered that radiation, even out as far as 50 miles, is as high in some areas as Chernobyl was.

Well, what about further? Let's take a look at Tokyo and I am concerned there too. First, the sewage treatment plants in Tokyo have contaminated their sewage sludge. Normally, that material is used in building construction material. But it is so radioactive that it has to be stored outside under tarps, until someone can figure out a way to get rid of it.

The second thing is, a Japanese gentleman sent me a lab report. This person took it into his own hands to pay for a lab to analyze data on a street near a playground in Tokyo.

Here is the lab report. It shows that there are 53,000 disintegrations per second in a kilogram, that is 2.2 pounds of material, on the side of a street near a playground in Tokyo.

This person was so concerned that they went to the mayor of that town and the mayor said, I am not worried about it. Here is a citizen that with his own money, paid for a lab report and could get nowhere with his local government.

Well, there is another piece of data. And that comes out of the National Cancer Center hospital near Tokyo as well. It has been on their website since a couple of days after the accident. The report shows that on March 24th, that is 9 days after the accident, the radioactive background outside the hospital was 30 times higher than the radioactive background inside the hospital. There was deposition of hot particles on the soil. And it was significant enough to increase the amount of radiation that the detectors were picking up by a factor of 30. Now a national cancer hospital clearly knows how to measure radiation, so these are experienced scientists.

The last report I want to share with you is every day, I get an email from a prominent Japanese physicist named Dr. Glen Saji. He was their secretariat of the Nuclear Regulatory Commission in Japan. He wrote two days ago, this. And it has to do with the straw that has been discovered near Fukushima.

“I believe it is due to storing straw in a field at the time the plume passed by during the first week of the accident, in particular, due to the Black Rain.”

Now Black Rain is not a term I am sure he uses lightly. But it clearly was experienced in Japan after the accident. What he is referring to there is clouds of radioactive hot particles depositing everywhere in northern Japan.

Well, the Japanese are resourceful people, as evidenced by their world cup win on Sunday. But they need to know the magnitude of the problem they are facing in order to handle it correctly. Rather than limit the information, it is important that they limit the radiation.

Thank you very much and I will get back to you.

transcription du témoignage d'Arnie Gundersen

Alors que de nombreux animaux d'élevage radioactifs ont été trouvés à de grandes distances de Fukushima, la question se pose de savoir d'où vient leur nourriture. “Il ne s'agit pas uniquement du bétail dans la préfecture de Fukushima; C'est également à propos du fourrage radioactif que mange le bétail et qui a été cultivé ailleurs”. Le fourrage récolté à 70km de Fukushima est hautement contaminé par du césium radioactif, ce qui indique que de vaste régions du nord du Japon ont été contaminées. Plus d'un demi-million de désintégrations par seconde dans un kilogramme de fourrage est comparable au niveau de pollution de Tchernobyl. Ceci prouve que la Commission de Régulation Nucléaire Américaine avait raison quand elle a dit aux américains d'évacuer au-delà de 80 km et que les japonais auraient dû faire la même chose. Un ex-secrétaire à la Commission de Sûreté Nucléaire Japonaise attribue cette contamination à le “Pluie Noire”. Plutôt que de minimiser l'information fournie au peuple japonais, Gundersen suggère de minimiser leur exposition aux radiations.

Bonjour, je suis Arnie Gundersen de Fairewinds, et on est mardi 19 juillet. Aujourd'hui, j'ai l'intention de parler de l'état des réacteurs de Fukushima; Et plus important, de la contamination détectée à travers le Japon, pas seulement sur le site. A finalement, je voudrais parler d'un phénomène que les japonais comence à nommer “Pluie Noire”.

Tout d'abord l'état du site lui-même. Les trois réacteurs fonctionnels de Fukushima, I, II et III, et la piscine de combustible de l'unité 4, continuent à émettre des radiations. Actuellement, ce n'est pas visible de jour, parce qu'il fait chaud, mais on peut le voir la nuit. J'ai reçu énormément d'e-mails à ce sujet, parce que la population pense que le site explose. En fait, c'est de la vapeur qui sort des réacteurs et rencontre de l'air frais venant du pacifique. Ils continuent donc à émettre des radiations. Mais la plus grande part des radiations de Fukushima a été émise en mars et avril. Il y a actuellement beaucoup moins de radiations qu'en mars et avril. Environ 90 à 95% ont été émis dans les 6 semaines après l'accident. Et bien que la pollution continue la quantité journalière est bien inférieure. Mais par ailleurs, Fukushima pourrait continuer à émettre pendant longtemps.

Les japonais construisent de grandes tentes à installer au-dessus de chaque réacteur. La première tente est actuellement en cours de fabrication, et couvrira le réacteur 1, puis ils couvriront successivement les réacteurs 2, 3 et 4. Ces tentes sont destinées à contenir la vapeur, et de recueillir l'eau pour la traiter. Donc, à partir de septembre, la plus grosse partie de la pollution aérienne sera éliminée à Fukushima, du moins au réacteur 1. De plus en plus cependant, nous aurons à gérer l'eau et les liquides contaminés présents sur le site.

Il n'y a rien dans un futur prévisible pour les éliminer. En fait, les japonais annoncent qu'io faudra 10 ans avant qu'ils ne commencent, commencent à démonter ces cœurs du fond de l'enceinte de confinement. Il n'existe aucune technologie pour faire ce travail. rappelez-vous qu'ils ont fondu à travers le réacteur et qu'ils gisent sur le fond de l'enceinte.

A Three Mile Island, ils ont fondu au fond du réacteur, mais pas à travers le réacteur. Donc ceci est nouveau. C'est un peu comme essayer de décoller un œuf d'une poële à frire. S'il a cuit trop longtemps, c'est un processus très très copmpliqué et difficile. Et c'est ce qui nous attend à Fukushima, avec ce nettoyage à long terme. Donc, en attendant, il y aura une énorme quantité de déchets liquides radioactifs que nous devrous traiter pendant 10, voire 20ans.

Bon, dans mon esprit, le plus important est l'information émanant du site récemment. Quelques amis sont des biologistes qui ont travaillé à Tcheernobyl et qui sont allész au Japon pour y effectuer quelques travaux scientifiques. Il s'y sont rendus an prévoyant que les choses iraient mal. J'ai reçu un appel d'eux cette semaine, et ils m'ont dit que les conditions étaient vraiment très très mauvaises. Ce sont pourtant des scientifiques endurcis, habitués à travailler avec les radiations et ils pensent que les conditions à Fukushima sont vraiment pires que celles qu'ils attendaient.

Il y a des preuves qui corroborent ces assertions. Tout d'abord, des champignons, éloignés entre 50 et 60 km du réacteur, sont contaminés bien au-delà des limites autorisées par les japonais. Le plus étonnant est que ces champignons sont cultivés à l'intéeirus. Comment un champignon cultivé à l'abri peut-il dépasser les limites que les japonais ont défini? C'est un problème majeur, etencore une fois, à plus de 50 km de l'accident.

La deuxième preuve, c'est que du bétail a été contaminé à travers la préfecture de Fukushima, et au-delà. Cela a commencé la semaine dernière avec 8 vaches, puis c'est passé à 40, et maintenant, ce sont 130 vaches qui sont contaminées, et je suis certain que leur nombre va continuer à augmenter. Il y a quelque chose de remarquable ici. Les vaches étaient à plus de 50 km du réacteur, et leur taux de césium dépassait de beaucoup tout ce qui a pu être approuvé comme étant acceptable pour la consommation humaine.

Quand les vaches sont mises sur le marché, les japonais ne contrôlent pas la viande. Ils se contentent de frotter la fourrure pour voir s'il y a contamination. Et sur cette base, i l'envoient sur le marché. C'est seulement après ça qu'on a découvert que la viande était contaminée. Ce n'est certes pas une manière acceptable de contrôler la viande de bœuf. Mais le point le plus important est de comprendre comment cette contamination a pu se produire, quand tout le monde croyait qu'on avait utilisé de l'ensilage pour nourrir les vaches, c'est à dire du fourrage produit avant l'accident?

Il apparaît que les japonais utilisent la paille de riz pour nourrir leurs vaches. Et les fermiers à 70 km et au-delà, récoltaient la paille de riz et l'envoyaient dans les fermes dans la préfecture de Fukushima. La paille était contaminée à hauteur de 500000 désintégrations par seconde et par kilogramme de paille. Il s'agit de Césium, qui a une demi-vie de 30 ans. Mais dans 30 ans; il se désintègrera à raison de 250000 désintégrations par seconde. Et 30 ans plus tard, 125000 désintégrations par seconde. C'est ce que signifie le terme “demi-vie”.

Ceci s'est produit à 70 km. Rappelez-vous que la Commission de Régulation Nucléaire avait siggéré une évacuation au-delà de 80 km. Il semble que la commission avait raison. Les japonais auraient dû évacuer leur popumation au-delà de 80 km, et au lieu de ça, ont limité l'évacuation à 20 - 30 km.

Cette contamination s'est étendue au-delà de la préfeture de Fukushima. Et pourtant, ette préfecture semblent être la seule zone où les japonais s'inquiètent à propos de cette exposition à la radioactivité.

La dernière chose dont je voudrais vous entretenir aujourd'hui, est ce qui se passe au-delà des 80 km dont nous venons de parler. Il est déjà clair, si l'on se base sur la contamination de la paille que nous avons découvert que la radiation, même à 80 km en-dehors de cette zône est par endroits aussi élévée qu'elle l'était autour de Tchernobyl.

Bon. Quoi d'autre? Regardons du côté de Tokyo, et je suis inquiet là aussi. Tout d'abord, les usines de traitement des eaux usées dans Tokyio ont contaminé leurs réservoirs de résidus. Normalement, ces résidus sont utilisés dans la fabrication de matériaux de construction. Maisils sont tellement radioactifs qu'ils doivent être stockés dehors, sous des bâches, jusqu'à ce qu'on trouve une solution pour s'en débarrasser.

Autre chose: Un japonais m'a fait parvenir un rapport de laboratoire. Cette personne a pris à sa charge la rémunération du laboratoire pour qu'une analyse soit effectuée dans une rue près d'un jardin d'enfants à Tokyo.

Voici le rapport du laboratoire. Il montre qu'il y a 53000 désintégrations par seconde de matériau, sur le bord de la rue à proximité d'un jardin d'enfants à Tokyo.

Cette personne était tellement inquiète qu'elle est allée (avec un groupe, NDT) voir le maire de la ville, et le maire a répondu: Je ne suis pas inquiet à ce sujet. Voilà un citoyen qui a investi son argent pour un travail de laboratoire et n'a rien pu obtenir de ses responsables locaux.

Bon, encore autre chose. Et cela vient de l'hôpital où se trouve le Centre National pour le Cancer, également près de Tokyo. C'est apparu sur leur site web, quelques jours après l'accident. Le rapport montre que le 24 mars, soit 9 jours après l'accident, la radioactivité ambiante à l'extérieur de l'hôpital, était 30 fois plus importante qu'à l'intérieur. Il y avait donc un dépôt de particules sur le sol. Et c'était suffisamment important pour que les détecteurs enregistrent une augmentation d'un facteur 30. Et Un hôpital National pour le Cancer sait comment mesurer des radiations, ce sont des scientifiques expérimentés.

La dernière chose que je veux partager avec vous est la suivante: Chaque jour, je reçois un e-mail d'un éminent physicien japonais, le docteur Glen Saji. Il était secrétaire de la Commission de Régulation Nucléaire au Japon. Il a écrit ce qui suit il y a deux jours. Et cela a directement à voir avec la paille découverte à Fukushima.

“Je crois que c'est dû au fait que la paille était stockée dans un champ au moment où le nuage est passé pendant la première semaine après l'accident, en particulier à cause de la Pluie Noire.”

Je ne crois pas qu'il utilise le terme “pluie Noire” à la légère. Mais ça a été sans aucun doute possible vécu au Japon après l'accident. Ce qu'il mentionne ici est le nuage radioactif chargé de particules chaudes qui se sont déposées partout dans le nord du Japon.

Bon, les japonais sont un peuple plein de ressources, comme le prouve leur victoire en coupe du monde dimanche dernier. Mais il doivent connaître l'étendue du problème qu'ils affrontent de manière à pouvoir le gérer correctement. Plutôt que de limiter l'information, il est important qu'ils limitent leur irradiation.

Merci beaucoup; Je reviendrai vers vous.

Le film de l'intervention d'Arnie Gundersen :


Bouleversant témoignage

Le Professeur Tatsuhiko Kodama est le président du Centre des Radioisotope de l’université de Tokyo. Le 27 juillet, il est venu à la Chambre Basse japonaise de la Diète, en tant que témoin pour le Comité de Protection Sociale et du Travail. Le film de l'intervention du Professeur :

Voir le film

Résumé de l'intervention du Pr Kodama

Vous souvenez-vous du Pr Kosako, également de l'université de Tokyo, qui a démissionné de son poste de conseiller spécial du premier ministre pour manifester contre la limite de radioactivité de 20 millisieverts/an pour les enfants des écoles ? Il y a plus de chercheurs courageux que je ne le pensais à Todai (université de Tokyo) – l'école suprême pour “l'establishment”. Le Pr Kodama a littéralement crié aux politiciens du comité, “Que diable faîtes-vous ?”

Il se référait bien sûr à la pathétique réponse du gouvernement national pour sa gestion de la crise nucléaire, particulièrement quand il s'agit de protéger les enfants.

Même si vous ne comprenez pas la langue, jetez un oeil et écoutez. Il semble sincère, et sa voix tremble littéralement de colère.

Parallèlement à sa colère, il a donné des informations très intéressantes et très dérangeantes, que j'ai essayé de résumer ci-dessous :

Il commence avec les retombées radioactives à Tokyo :

“On a détecté 5 microsieverts/h de radioactivité à Tokai-mura dans la préfecture d'Ibaraki à environ 9 h du matin le 15 mars, et averti le ministère de l'éducation et de la science dans le cadre de la “notification de l'article 10” [comme spécifié dans la loi des contre-mesures dans les catastrophes nucléaires]. Plus tard, une radioactivité dépassant 0,5 microsieverts/h a été détectée à Tokyo. Puis le 22 mars il y a plu et la pluie a apporté 0,2 microsieverts/h de radioactivité et c'est je crois la raison d'un niveau élevé ce jour-là. Le secrétaire en chef du Cabinet Edano a dit à ce moment-là “Il n'y a pas d'effet immédiat sur la santé”. J'ai pensé réellement que cela allait devenir un gros, gros problème.”

C'était vraiment aux infos que 5 microsieverts/h avait été détecté à Tokai-mura le 15 mars au matin, mais presque personne, sauf les experts en nucléaire comme lui, n'avait fait le lien entre les infos et le niveau élevé à Tokyo. Les habitants de Tokyo n'en ont même rien su. Qu'est-il arrivé ce matin du 15 mars ? Et bien, le réacteur 4 de la centrale a fait à 6h du matin un “gros bruit”, qui a fait exploser le toit et la chambre de suppression du réacteur 2 a explosé à 6h14. Ou bien cela a pu venir de l'explosion du réacteur 3 la veille, le 14 mars à 11h01.

Le Professeur continue à exprimer son inquiétude à ce moment-là :

“Pourquoi étais-je inquiet ? Parce que la méthode actuelle de prévention des dommages dus aux radiations est basée sur le fait d'avoir une petite quantité de matériaux radioactifs qui émet une très forte radiation. Dans ce cas, la quantité totale de matériaux radioactifs n'est pas un problème. Ce qui l'est c'est l'intensité de la radiation.
'“Pourtant, dans le cas de l'accident de la centrale de Fukushima, 5 microsieverts dans un rayon de 100 km [il se réfère à Tokai-mura], 0,5 microsieverts dans un rayon de 200 km [il se réfère à la zone de Tokyo]et la radioactivité s'est étendue loin au-delà, même jusqu'aux thés d'Ashigara et Shizuoka, comme tout le monde le sait maintenant.”

Donc, au lieu d'une petite quantité de matériaux hautement radioactifs dans une zone restreinte, ce que nous avons est une énorme quantité de matériaux radioactifs largement dispersés.

Il continue :

“Quand nous recherchons la maladie des rayons, nous regardons la quantité totale de matériaux radioactifs. Mais il n'y a aucun rapport précis de TEPCO ou du gouvernement japonais pour nous dire combien de matériaux radioactifs ont été libérés de Fukushima.

“Donc, en utilisant notre base de connaissance du Centre des Radioisotopes, nous l'avons calculé. En se basant sur les données thermiques, c'est 29,6 fois la quantité libérée par la bombe nucléaire sur Hiroshima. En équivalent uranium, c'est 20 bombes d'Hiroshima.

“Ce qui est le plus effrayant est qu'avec une bombe nucléaire la radioactivité va décroître d'un millième en un an, celle d'une centrale nucléaire ne va décroître, elle, que d'un dixième.

“En d'autres mots, nous aurions du reconnaître depuis le début qu'exactement comme à Tchernobyl, Fukushima a libéré des matériaux radioactifs équivalents à la quantité de dix bombes nucléaires, et que la contamination qui en résulte est de loin bien pire qu'une contamination par bombe nucléaire.” Quelle est donc l'implication d'une énorme quantité de matériaux radioactifs libérés et dispersés largement?Il est beaucoup plus dur de prédire le comportement des particules, car elles possèdent des moeurs non-linéaires :

“Quand une grande quantité de matériaux radioactifs est libérée, ce sont des particules. La dispersion des particules est non-linéaire, et c'est l'un des calculs les plus difficiles dans la dynamique des fluides. Le combustible nucléaire est comme du sable caché dans de la résine synthétique, mais une fois que le combustible fond, une grande quantité de particules super-fines est libérée.

“Qu'arrive-t-il alors ? Le problème est analogue à celui du foin de riz. Le schéma de contamination ne suit pas des cercles concentriques. Cela dépend du temps. Cela dépend aussi de l'endroit où les particules atterrissent – comme sur des matériaux qui absorbent de l'eau, par exemple.”

Son Centre des Radioisotopes a aidé la ville de Minami Soma, et il décrit la situation de la ville en détail concernant le foin de riz radioactif:

“Nous au Centre des Radioisotopes avons aidé Minami Soma dans l'effort de décontamination. Nous avons effectué 7 décontaminations jusqu'ici. Quand nous y sommes allés la première fois, il n'y avait qu'un seul compteur Geiger. Le 19 mars après que le ministère de l'agriculture a délivré un compte-rendu [sur le bétail], la nourriture, l'eau et le carburant étaient sur le point d'être épuisés dans la ville. Le maire a lancé un appel à l'aide sur Internet, qui a été largement visionné.

“Dans ce genre de situation, personne n'a voulu regarder le bout de papier du ministère, personne n'a voulu savoir. Les éleveurs ne savaient pas que le foin de riz était en danger. Ils ont acheté quand même la nourriture à l'extérieur, payant des centaines de milliers de yens, et ont commencé à abreuver le bétail avec la même nappe phréatique qu'eux.

“Que pouvions-nous donc faire ? Nous devons garantir qu'une mesure de radioactivité minutieuse est faite dans la zone contaminée. Comme je l'ai dit, il n'y avait qu'un compteur geiger à Minami Soma quand nous sommes venus en mai. En fait, il y avait 20 dosimètres fournis par les militaires US. Mais personne à la mairie ne pouvait comprendre le manuel en anglais jusqu'à ce que nous arrivions et leur disions comment les utiliser. C'est comme cela là-bas.

“Quant à l'inspection de la nourriture, il y a plus d'appareils perfectionnés de contrôle que de compteurs pour le germanium, comme les détecteurs semi-conducteurs. Pourquoi le gouvernement japonais ne dépense-t-il pas d'argent pour des subventions [le développement de ces détecteurs perfectionnés] ?

“Depuis 3 mois, le gouvernement n'a rien fait de tout cela et j'en tremble de colère.”

La colère du Pr Kodama est maintenant directement dirigée vers la non-action du gouvernement pour protéger ses gens, spécialement les enfants et les jeunes mères, d'une exposition aux radiations internes. Sa spécialité est la médecine interne utilisant les radioisotopes, il dit donc qu'il a fait des recherches intensives sur les radiations internes :

“J'ai eu la charge des médicaments anticorps au bureau du Cabinet quand M. Obuchi était premier ministre [1998]. Nous mettons des radioisotopes dans des médicaments anticorps pour traiter le cancer. En d'autres mots, mon boulot est d'injecter des radioisotopes dans le corps humain, mon inquiétude première concerne l'exposition aux radiations internes et c'est ce que j'ai étudié intensivement.

Le plus grand problème des radiations internes est le cancer. Comment le cancer arrive-t-il ? Parce que les radiations coupent les fils de l'ADN. Comme vous le savez, l'ADN est dans une double hélice. Quand il se trouve dans une double hélice, il est extrêmement stable. Quand une cellule se divise, la double hélice donne des fils simples, elle double et donne 4 fils. Ce passage est le plus vulnérable.

C'est pourquoi les foetus et les petits enfants, ayant des cellules qui se divisent rapidement, sont plus prédisposés aux dangers des radiations. Même chez les adultes, il y a des cellules qui se divisent rapidement comme celles des cheveux, les cellules sanguines et l'épithélium intestinal et elles peuvent être endommagées par les radiations.

Laissez-moi vous donner un exemple de ce que nous savons des radiations internes.

Une mutation génétique ne cause pas le cancer. Après l'irradiation initiale, il faut un déclenchement particulier pour qu'une cellule mute en une cellule cancéreuse, ce qu'on nomme “mutation conductrice” ou “mutation de passage”. (pour les détails, référez-vous s'il vous plaît au document joint sur les cas de Tchernobyl et le césium).

La radiation alpha est la plus connue. J'ai sursauté en entendant un professeur de l'université de Tokyo dire qu'on pouvait boire du plutonium.

La radiation alpha est la plus dangereuse. Elle cause des dommages au foie par l'oxyde thorium, comme nous le savons parfaitement en tant que spécialistes du foie.

La radiation interne se réfère à tel et tel millisievert, mais c'est totalement dépourvu de signification. L'iode-131 va à la glande thyroïde, et l'oxyde de thorium va au foie, et le césium va sur l'épithélium urinaire et la vessie. Un scanner du corps est totalement inutile à moins de regarder ces parties du corps où s'accumulent les radiations.

L'oxyde de thorium est un médium de contraste utilisé en Allemagne depuis 1890. Il a été utilisé au Japon à partir de 1930, mais on a découvert que 25 à 30 % des gens développent un cancer du foie 20 à 30 ans plus tard.p

Pourquoi faut-il autant de temps pour que le cancer se développe ? L'oxyde de thorium est un nucléide de radiation alpha. La radiation alpha touche les cellules proches et l'ADN le plus endommagé est P53. Nous savons maintenant, merci à la science du génome, la séquence complète de l'ADN humain. Il existe cependant 3 millions de possibilités d'ADN qui sont différentes d'un humain à l'autre. Cela ne veut donc rien dire du tout aujourd'hui de procéder comme si tous les humains étaient identiques. Le principe de base devrait être une “médecine personnalisée” en parlant de radiation interne – avec un ADN endommagé et quel type de changement se produit.

Dans le cas de l'oxyde de thorium, il est prouvé que P53 est endommagé dès le début, et il faut 20 à 30 ans pour qu'une seconde, puis une troisième mutation se produise, causant un cancer du foie et une leucémie.

A propos de l'iode-131. Comme vous le savez, l'iode s'accumule dans la glande thyroïde, et c'est le plus remarquable dans la phase de formation de cette glande, c'est à dire chez les petits enfants.

A l'époque où le premier chercheur d'Ukraine disait en 1991 “Il y a un nombre croissant de cancers de la thyroïde”, des chercheurs japonais et américains publiaient des articles dans Nature magazine en disant “Il n'y a pas de relation causale entre la radiation et le cancer de la thyroïde.” Pourquoi disaient-ils cela ? Parce qu'il n'y avait pas de données avant 1986, il n'y avait aucune statistique significative.

La signification statistique a finalement été comprise 20 ans plus tard. Pourquoi ? Parce que le pic démarré en 1986 disparut. Donc même sans données d'avant 86, la survenance de cancer de la thyroïde et de l'exposition aux radiations venant de Tchernobyl avaient une relation de cause à effet.

La preuve épidémiologique est très difficile. Il est impossible de prouver jusqu'à ce que tous les cas soient démontrés.

C'est pourquoi, en parlant d'une “protection de nos enfants”, une approche complètement différente est requise.

Le Dr Shoji Fukushima de l'institution nationale appelée le Centre de Recherches Bioassay du Japon, qui recherche les effets sur la santé des composés chimiques, a étudié les maladies impliquant l'appareil urinaire depuis l'accident de Tchernobyl.

Le Dr Fukushima et des médecins ukrainiens ont étudié des parties de vessies enlevées pendant plus de 500 cas de chirurgie pour hypertrophie de la prostate. Ils ont découvert que dans une zone fortement irradiée avec 6 becquerels/litre dans l'urine, il y avait une grande fréquence d'une mutation de P53, bien que 6 Bq puissent sembler minuscule.

Ils ont aussi noté de nombreux cas de conditions de prolifération précancéreuse, que nous supposons dues à l'activation de la kinase p38 et au signal appelé “NF-kappa B” menant inévitablement à une cystite proliférante, avec des carcinomes locaux survenant avec une fréquence considérable.

Sachant cela, j'ai été stupéfait d'entendre le rapport disant qu'entre 2 et 13 becquerels/l [de césium radioactif] avaient été détectés dans le lait de 7 mères à Fukushima.

A suivre… Quand des matériaux radioactifs ont été détectés dans le lait de femme, qu'a fait le gouvernement et qu'ont dit les chercheurs ? “Pas besoin de vous inquiéter. Pas d'effet immédiat sur la santé des bébés.” Le Pr Kodama dit que depuis le temps que nous avons la preuve qu'il y a une relation de cause à effet entre l'exposition aux radiations internes (même petite) et le cancer, il est peut-être trop tard. L'oxyde de thorium est une suspension contenant des particules radioactives de dioxyde de thorium.

Le témoignage du Pr Kodama continue. Il revient sur ses interventions à Minami Soma où son Centre a aidé à la décontamination.

“Nous du Centre des Radioisotopes de l'université de Tokyo avons aidé à décontaminer la ville de Minami Soma, en envoyant 4 personnes en même temps en faisant le travail de décontamination sur une distance de 700 km par semaine.

“A nouveau, ce qu'il se passe pour Minami Soma montre clairement qu'un rayon de 20 ou 30 km [de la centrale nucléaire] n'a aucun sens. Vous devez mesurer plus en détail, faire des mesures pour chaque école maternelle.

“A l'heure actuelle, à partir d'une zone dans un rayon de 20 à 30 km, 1700 scolaires sont mis au bus pour aller à l'école. En fait à Minami Soma, le centre de la ville est situé près de l'océan et 70 % des écoles ont un niveau de radioactivité relativement bas. Cependant, les enfants sont obligés de prendre des bus pour se rendre jusqu'aux écoles près de Iitate-mura [où la radioactivité est élevée], avec une dépense quotidienne d'un million de yens pour le ramassage scolaire.

Je demande fermement que cette situation se termine le plus tôt possible.

Ce qui est des plus problématiques est que la politique du gouvernement qui ne veut dédommager les habitants pour prix de leur déménagement que si les régions sont des zones officielles d'évacuation.

“Dans une réunion récente à la Maison des Conseillers, le président Shimizu de TEPCO et M. Kaieda, ministre de l'économie, du commerce et de l'industrie ont répondu dans ce sens. Je vous demande de séparer les deux immédiatement – problème du critère de dédommagement et problème de la sécurité des enfants.

Je vous demande fermement de faire tout ce que vous pouvez pour protéger les enfants.

Une autre chose, que je ressens fortement quand je fais ce travail de décontamination à Fukushima, est que la décontamination d'urgence et la décontamination permanente devraient être gérées séparément.

Nous avons fait un certain nombre de travaux de décontamination d'urgence. Par exemple, si vous regardez ce diagramme, vous remarquerez que le fond de ce toboggan est l'endroit où les petits enfants posent leurs mains. A chaque fois que la pluie dévale le toboggan, un nombre important de matériaux radioactifs s'accumule. Il peut y avoir une différence dans le niveau de radioactivité entre le côté droit et le côté gauche. Si une telle différence se produit et si la radioactivité moyenne du toboggan est de 1 microsievert, l'autre côté peut mesurer jusqu'à 10 microsieverts. Nous devrions faire davantage de travail de décontamination d'urgence dans de tels endroits.

Le sol juste en dessous des gouttières de toit est aussi un endroit où les enfants mettent fréquemment leurs mains. En utilisant un laveur à haute pression on peut ramener le niveau de radioactivité de 2 à 0,5 microsievert.

Il est cependant extrêmement difficile d'abaisser le niveau en dessous de 0,5 microsievert, parce que tout est contaminé. Les immeubles, les arbres, des zones entières. On peut diminuer la dose de radioactivité d'un endroit, mais il est très difficile de le faire pour la zone entière.

Combien cela coûtera-t-il de faire sérieusement le travail de décontamination ? Dans le cas d'un empoisonnement au cadmium, pour nettoyer de la moitié de son cadmium un périmètre d'environ 3000 hectares, le gouvernement a déjà dépensé 800 billions de yens.

Combien seront nécessaires pour décontaminer un périmètre 1000 fois plus important ?

Enfin, le Pr Kodama fait 4 demandes, bien qu'en raison d'une contrainte probable de temps, il n'a pu en énoncer que trois :

“J'aimerai donc faire 4 urgentes requêtes.

Premièrement, je demande que le gouvernement japonais, en tant que politique nationale, innove la manière de mesurer la radioactivité de la nourriture, des sols et de l'eau grâce à l'utilisation d'une technologie de pointe comme celle de détecteurs semiconducteurs par imagerie. C'est absolument dans les compétences technologiques courantes du Japon.

Deuxièmement, je demande que le gouvernement vote une nouvelle loi aussi tôt que possible pour réduire l'exposition des enfants à la radioactivité. Actuellement ce que je fais est totalement illégal. La “Loi de prévention des dommages dus à la radioactivité” spécifie la quantité de radiations et les types de radionucléides que chaque institution peut gérer. Aujourd'hui l'université de Tokyo mobilise ses forces dans ses 27 centres pour aider à décontaminer Minami Soma, mais nombre de ces centres n'ont pas l'autorisation de s'occuper du césium. Il est illégal de le transporter en voiture. Nous ne pouvons malgré tout laisser des matériaux radioactifs aux mères et enseignants là-bas, et nous les mettons donc dans des bidons et les rapportons à Tokyo. Les recevoir est illégal. Tout est illégal.

La Diète est à blâmer pour laisser faire de telles situations. Il y a de nombreuses institutions au Japon, comme les centres de radioisotopes des universités nationales, qui ont des détecteurs à germanium et autres détecteurs en pointe. Mais comment pouvons-nous en tant que nation, protéger nos enfants si ces institutions ont les mains ligotées ? C'est le résultat d'une négligence grossière de la Diète.

Troisièmement, je demande que le gouvernement en tant que politique nationale mobilise les forces technologiques du secteur privé pour décontaminer les terres. Il existe de nombreuses sociétés ayant des compétences en décontamination ; des sociétés de chimie comme Toray et Kurita, des sociétés de décontamination comme la corporation Takenaka. S'il vous plaît mobilisez leurs forces pour créer un centre de recherche en décontamination à Fukushima dès que possible.

Cela demandera des dizaines de millions de yens pour le travail de décontamination. Je suis gravement inquiet de la possibilité de concessions à faire sur une implication dans les projets de travail. [en d'autres mots, le business comme d'habitude au Japon où seuls les affaires et les politiciens sont les seuls bénéficiaires].

Nous ne pouvons nous payer le luxe d'une seconde de plus à considérer la condition financière du gouvernement japonais. Nous devons résoudre le problème d'un vrai travail de décontamination.

Que diable fait la Diète, quand 70.000 personnes ont du quitter de force leurs maisons et vagabonder ?

C'est tout. Merci.


Nuclear Power in a Post-Fukushima World

Mycle Schneider, Antony Froggatt, Steve Thomas
Un point bien documenté sur le nucléaire mondial.
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Vers l'extinction des espèces animales à Tchernobyl

Article de Michel Fernex, 24 mars 2011

Vers l'extinction des espèces animales à Tchernobyl

Le rôle de la radiophobie et le film d'Arte “Tchernobyl : Une histoire naturelle”
Michel Fernex, 24 mars 2011

Rappel du film (± 298 Mo):
Voir le film


    Michel Fernex

Pour que le nucléaire prenne un nouvel essor, il faut effacer Tchernobyl. Déjà en 1958, un groupe d'étude de l'Organisation Mondiale de la santé (OMS Série Rapport Technique 151) prônait l'ignorance pour permettre à l'industrie nucléaire de proliférer sans rencontrer d'opposition dans la population. Pourtant, cette démarche était fondamentalement contraire à la Constitution de l'OMS, qui impose à cette organisation“ d'aider à former, parmi les peuples, une opinion publique éclairée” (Documents Fondamentaux OMS Genève).

En 1956, les cinq puissances nucléaires installaient l'Agence Internationale de l'Energie Atomique (AIEA) au sommet de la hiérarchie de l'ONU, sous leur surveillance directe. En 1959, l'OMS signait l'Accord (WHA 12/40) qui la soumettait dans le domaine du nucléaire à l'AIEA dont le premier objectif statutaire est “d'accélérer et d'accroître la contribution de l'énergie nucléaire à la paix, la santé et la prospérité dans le monde entier”.

Après l'explosion du réacteur, les isotopes radioactifs ont été propulsés en hauteur par la chaleur de l'incendie. Les vents les ont dispersés sous forme de poussières ou nanoparticules dans les fumées ou de gaz pouvant s'élever très haut. Certains nuages ont fait le tour de l'hémisphère Nord de notre planète en guère plus d'une semaine, laissant sur les pays des empreintes radioactives. La majorité des retombées ont atteint l'URSS, l'Europe centrale et la Turquie; 50% restent sur les trois nouvelles républiques voisines du réacteur: le sud-ouest de la Fédération de Russie, l'Ukraine et le Belarus, qui est le plus contaminé.

Contrairement au Bélarus et à la Fédération de Russie qui ignorent ou minimisent les dommages sanitaires engendrés par l'explosion du réacteur, l'Ukraine informe périodiquement la presse sur l'état de santé de ses populations. Son ambassade à Paris a fourni le 26 avril 2005 les chiffres suivants: 3,5 millions d'Ukrainiens ont été fortement irradiés, parmi eux, 1,3 millions d'enfants. 160.999 citoyens ont été évacués; et on compte dans leurs rangs 84,7% de malades. Le gouvernement indique qu'il y a 89,85% de malades dans les familles qui demeurent dans les zones contaminées. Le suivi médical de ces populations, montre que chaque année la proportion de malades s'accroît 1).

La radiophobie

La “radiophobie” est le terme réinventé il y a dix ans, pour tenter de supprimer de la mémoire des peuples toute les anomalies ou pathologies qu'entraîne Tchernobyl. Chacun devrait faire pénétrer dans son cerveau que ces maux sont le fruit de la peur des rayonnements et du stress causé par les informations alarmantes propagées par les médias. Tous doivent s'efforcer de croire que les invalides qui coûtent si cher à l'Ukraine sont dus à la “radiophobie”. La “radiophobie” causerait le vieillissement précoce, les cancers et les leucémies, les décompensations cardiaques chez les hommes jeunes, les maladies neuro-psychiques, endocriniennes, ophtalmologiques, infectieuses ou autoimmunes comme le diabète grave du petit enfant et la maladie de Hashimoto, de même que l'augmentation des malformations congénitales et de la mortalité prénatale que les médecins sur le terrain attribuent aux radionucléides artificiels du réacteur de Tchernobyl. C'est ce que tente de nous enseigner l'AIEA.

Comme il est peu vraisemblable que la “radiophobie” soit transmissible aux animaux sauvages, il semble judicieux de profiter des recherches scientifiques entreprises autour de Tchernobyl pour mesurer l'impact des radiations sur la faune. En effet, ces animaux sauvages dans un rayon de 30 km autour de Tchernobyl souffrent moins du stress qu'ailleurs, du fait de l'interdiction totale de la chasse depuis 25 ans dans cet espace. Les médias n'ont pas de prise sur les espèces sauvages et les humains ont déserté les 2 044 km carrés entourant le réacteur détruit. Dans ce vaste espace protégé, les animaux sont à l'abri des hommes et ne risquent pas de succomber à des accidents de la circulation. Ils ont rapidement appris que la chasse n'y était jamais pratiquée.

Cette zone d'exclusion fait l'objet d'études dont on parle peu. Ce silence permet à l'AIEA et l'UNSCEAR de rassurer les Nations Unie, suite au Forum 2006, en rapportant des anecdotes et négligeant ces travaux scientifiques réalisés sur place. Ainsi les gouvernements réunis par l'ONU apprennent que cet espace est devenu un paradis naturel pour les bêtes qui s'y reproduisent allègrement. Les gouvernements semblent ignorer les publications en anglais que les chercheurs sur le terrain à Tchernobyl publient régulièrement dans de bonnes revues anglo-saxonnes. Les pays représentés à New York envisagent de créer une zone touristique qui deviendrait un Parc National sur le territoire qui entoure le réacteur. Au centre de ce Parc d'Attraction, on construira un monument géant, comparable aux pyramides d'Egypte. Beaucoup d'experts considèrent ce deuxième sarcophage comme totalement inutile, mais il coûtera 700 millions de dollars et le duo Bouygues-Vinci bénéficiera de cette somme payée par les nations.

Pour défendre l'idée de l'exploitation commerciale de ces paysages idylliques, de ce “paradis onusien pour les bêtes sauvages autour de Tchernobyl”, un film a été diffusé par la chaine binationale ARTE:

“Tchernobyl, une histoire naturelle?”

Le titre contient une interrogation qui devrait inciter les spectateurs à élucider l'énigme que ce reportage pourrait révéler. Cependant les images de divers animaux filmés près de Tchernobyl permettent momentanément d'oublier les quelques 9 millions de victimes humaines des retombées radioactives qu'évoquait en 2001 Kofi Annan, Secrétaire Général des Nations Unies. Il prévoyait que ce chiffre pourrait augmenter 2).

Ce documentaire sur la faune sauvage de Tchernobyl aurait permis d'illustrer les problèmes de survie des espèces animales, car les travaux résumés ci-dessous montrent que toutes souffrent, au même titre que les centaines de milliers d'humains qui habitent encore sur de vastes territoires contaminés. En effet, les familles des communautés rurales demeurent en permanence soumises à des faibles doses de rayonnements ionisants, surtout internes, suite à la consommation d'aliments contaminés. Les habitants des villages sont les principales victimes car ils récoltent les petits fruits et les champignons très abondants, partout gratuitement disponibles dans la nature. Ils produisent eux-mêmes leurs légumes et leur lait produit au village. Ces aliments sont encore chargés de radionucléides artificiels comme le radiocésium (Cs-137), le strontium (Sr-90) ou des dérivés de l'uranium.

Fallait-il que ce documentaire occulte en grande partie les difficultés que rencontrent depuis 25 ans les animaux chroniquement irradiés pour se reproduire? Le film a montré certains obstacles que rencontrent les hirondelles, oiseaux qui ne passent guère plus de la moitié de l'années à Tchernobyl, le reste de leur temps étant consacré aux migrations et à l'hivernage en Afrique. Cette séquence a donné l'impression aux spectateurs que les hirondelles constituent une exception pour la faune et non la règle sur ce territoire.

Le film a été encore plus superficiel, quand il a été question des petits rongeurs forestiers. En effet, l'image s'attarde à plusieurs reprise sur un homme qui piège des campagnols et des mulots et prétend que ces animaux abondent et se portent bien dans ce milieu fortement contaminé. Puis cet homme se vautre pour sa sieste sur un sol forestier dont on nous laisse entendre qu'il est très radioactif. Cette provocation est complétée par l'image d'un vieux monsieur, le seul sujet qui vive illégalement dans cette zone particulièrement contaminée, en train de consommer des produits de son potager. Il aurait été instructif de rappeler aux spectateurs que cinq cent milles enfants sont encore contraints de consommer des aliments contaminés par les radionucléides de Tchernobyl, et que 80% d'entre eux sont malades.

Dans ce contexte, des images de chevaux des steppes de Mongolie lâchés à Tchernobyl, contribuent à la désinformation.

Revenons aux rongeurs des forêts de cette région que des chercheurs russes et biélorusses ont étudiés dès 1986. Exposés aux radiation des premiers jours après l'explosion, une partie des rongeurs sont morts des suites du choc radiologique initial. On parle de choc d'iode, du fait de la très haute proportion d'iode-132 les premiers jours, suivi par l'iode-131 qui reste dominant pendant quelques semaines, accompagné dès le début par cent autres radionucléides. Irina Pelevina note que les rongeurs survivants sont devenus hypersensibles aux rayonnements artificiels, même à très faibles doses. Pelevina montre que c'est aussi le cas aussi pour les enfants. Elle trouve chez les rongeurs, comme chez les enfants un faible pourcentage de sujets résistants 3). Dans la nature, la mort des sujets les plus sensibles, peut faire émerger des lignées de rongeurs résistants. L'administration soviétique sélectionnait pour le travail dans l'industrie nucléaire, un personnel relativement résistant aux rayonnements ionisants.

L'arrêt du financement des recherches a obligé d'interrompre ces études à Tchernobyl car ce sujet ne convenaient ni aux autorités ni à l'AIEA, la principale source de financement dans ce domaine au Belarus. Bien des publications ont été censurées, même les actes de la conférence sur les accidents nucléaires, conviée à Genève par l'OMS, du 24 au 27 novembre 1995. Ce congrès avait réuni trois ministres de la Santé et 700 médecins et experts. Les participants ont été surpris que les actes qui rassemblaient plus de cent travaux, promis pour mars 1996, ne leur parviennent jamais. Le Dr Hiroshi Nakajima, ancien Directeur Général de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) qui avait organisé cette conférence, explique en direct à la Télévision Suisse Italienne, en 2001, que la non-publication des actes est due aux textes juridiques qui lient l'OMS à l'AIEA 4).

Les équipes du laboratoire de génétique du Prof. Rose Goncharova ont suivi les rongeurs de Tchernobyl sur 22 générations, soit de 1986 à 1996. Pour mettre en évidence une augmentation des mutations chez les foetus il faut disséquer les femelles, et comparer leur génome avec celui des foetus. C'est ainsi que l'augmentation de la fragilité du génome, de génération en génération, a été démontrée. Les animaux et leurs descendants sont ainsi génétiquement fragilisés 5). Ce n'est qu'au bout de 20 générations, qu'une sélection naturelle des lignées de campagnols plus résistants au stress oxydatif induit par les rayonnements, débouche sur un certain équilibre dans cette population de campagnols. Cependant après 10 à 15 générations, les généticiens constatent de plus en plus de foetus morts dans l'utérus maternel. Cette augmentation est statistiquement hautement significative 6). Parler de la bonne santé de ces rongeurs, après en avoir saisi un avec deux doigts, comme cela a été montré dans le film, n'apporte au spectateur qu'une information inexacte: sans autopsies des rongeurs, cette forte mortalité passe inaperçue.

Goncharova montre que les zones les plus contaminées par Tchernobyl, ne sont pas les seules qui constituent un danger pour la faune. Jusqu'à 330 km du réacteur, les campagnols présentent encore, mais plus progressivement pendant les dix années d'étude, une augmentation des mutations de génération en génération. Cette augmentation est due à l'instabilité génomique probablement initiée par le choc d'iode, puis entretenue et aggravée par une très faible irradiation persistante. Transposé chez les humains, 20 générations correspondent à 3 ou 4 siècles.

A 200km de Tchernobyl, dans une zone où les retombées radioactives ont rapidement baissé à la surface des sols, Goncharova avec Sloukvine, un biologiste spécialisé dans l'élevage industriel des carpes, étudient la reproduction de ces poissons dans des étangs alimentés par une eau impeccable. On retrouvait une activité spécifique de Cs-137 d'à peine un curie par km carré, uniquement dans la vase du fond des étangs. Pourtant 70% des oeufs fécondés des carpes donnaient naissance à des larves informes, dont les cellules présentaient beaucoup d'anomalies et le développement cessait. Chez les alevins qui ont survécu, Sloukvine trouve en automne de multiples malformations de la bouche, des nageoires, du squelette ; les opercules peuvent manquer. Il faut aller à 400 km de Tchernobyl pour trouver des jeunes poissons normaux dans les élevages 7).

Bon sujet pour un reportage cinématographique

Grâce à la présence de A.P. Møller, du CNRS à l'Université Paris Sud et de T.A. Mousseau de l'Université de South Carolina, Columbia, USA, qui travaillent autour de Tchernobyl depuis plus de dix ans, un réalisateur indépendant aurait eu la possibilité de choisir des sujets à filmer sur la base des travaux réalisés ou en cours. Ces travaux concernent les mammifères, les oiseaux, les reptiles et les batraciens, ainsi que des invertébrés, comme les insectes et les araignées.

Dans leur réponse à des critiques de personnes sans expérience propre dans ces domaines, l'équipe de Møller et Mousseau est amenée à les éclairer en leur expliquant la portée de leurs travaux. Ils expriment leur surprise que d'autres recensements de la faune avec un suivi de quelques années manquent partout ailleurs. Ils notent que cette carence touche aussi le suivi des populations humaines 8).

Pour les trois pays voisins de Tchernobyl, l'Ukraine constitue dans une certaine mesure une exception en ce qui concerne le suivi médical des populations. Pour des cohortes de victimes des bombes atomiques au Japon, le suivi avait débuté peu après le départ des Américains, et a duré plus de 60 ans. Il est enfin question de commencer ce type de suivi à Tchernobyl, avec un retard de 25 ans…

Déclin de la faune sauvage.

vec des collaborateurs venus de nombreux pays, Møller et Mousseau réalisent des inventaires quantitatifs pour des vertébrés et pour des arthropodes, insectes pollinisateurs, papillons et bourdons, végétariens, sauterelles, et prédateurs, taons et araignées. Sur la base de protocoles clairs, ils répètent les comptages pendant quelques années consécutives, pour valider les résultats. En outre des spécialistes étudient les mécanismes qui réduisent la survie des animaux irradiés et multiplient les échecs lors de la reproduction. Ils montrent en particulier que les bêta carotènes, la vitamines A et E sont des antioxydants protecteurs, mais que les radicaux libres ou peroxydes que génèrent les rayonnements épuisent la capacité des bêta carotènes de prévenir ou rapidement réparer les dommages dans les cellules. La perte des bêta carotènes passe aussi par la mue annuelle du plumage dont la couleur vive repose sur ces caroténoïdes. À cette perte s'ajoute celle consécutive à l'effort et au stress qu'impose la migration. En outre, les femelles enrichissent leurs oeufs en bêta carotènes 9).

Les recensements des équipes de Møller et Mousseau ont lieu prioritairement sur les 2 044 km carrés évacués par les humains en 1986, mais ouverts sur l'extérieur pour toute la faune. Cet espace constitue leur laboratoire de recherche. Au début, H. Ellegren venu de Suède, avait déjà défini une zone de contrôle sur un territoire demeuré relativement peu touché par les retombées radioactives de 1986, situé à Kanev au centre de l'Ukraine 10). Kanev fournit la possibilité de comparer statistiquement les données collectées dans la zone d'exclusion dont les sols sont très variablement mais parfois très fortement contaminés avec cette zone de contrôle remarquablement épargnée. Ces comparaisons renforcent la valeur scientifique des recherches.

Pour collecter sur le terrain des données exploitables, il faut connaître la biologie des espèces étudiées. Par exemple, pour les araignées on compte, par unité de surface, les toiles qui sont renouvelées la nuit. Tôt le matin, les fils sont mis en évidence par les gouttelettes de rosée. Pour tous les arthropodes l'augmentation de la radioactivité des sols entraine une réduction significative des populations 11). Pour les mammifères, on compte les traces dans la neige qui couvre cette région trois mois par an. Pour dénombrer les passereaux, il faut savoir reconnaître avec certitude une centaine d'espèces à leurs cris et surtout à leurs chants.

Indépendamment des recensements réalisées par les biologistes, des techniciens mesurent sur le sol les rayonnements artificiels alpha, bêta et gamma, là où les décomptes ont lieu. Les biologistes n'ont pas connaissance des mesures de la radioactivité artificielle. Ultérieurement, des statisticiens confronteront les inventaires et l'activité spécifique des radionucléides. Ces dernières mesures sont comparées à celles d'experts gouvernementaux ; elles coïncident.

L'absence d'autres inventaires est surprenante et explique le fait que les diplomates réunis à New York considèrent le périmètre du réacteur comme un paradis pour la faune. On raconte, à titre de preuve, l'arrivée dans ce site de l'élan, de l'ours et du loup qui n'étaient pas présents avant l'explosion. Le film montre ces espèces de grande taille (très peu d'images de loups, mis à part des passages flous pris la nuit avec l'éclairage infra-rouge), qui ont trouvé un refuge dans ces 2 044 km carrés abandonnés par les humains. Il n'y a pas de véhicules qui circulent, pas de chiens ni autres animaux domestiques et avant tout pas de chasse sur ce territoire. Se réfugier dans un tel espace protégé est un comportement qu'on observe dans toutes les réserves intégrales.

Pour les oiseaux, les chiffres fournis par les ornithologues comportent deux dimensions: d'abord le nombre d'espèces (biodiversité), puis pour chaque espèce le nombre d'individus ou de mâles chanteurs, dans des milieux donnés. Pour la corrélation statistique la radioactivité du milieu est exprimée en logarithme des µgray/h 12), 13). Pour toutes les espèces, l'augmentation de la radioactivité au sol va de pair avec une fonte des l'effectifs. Les différences entre les relevés réalisés à Tchernobyl et ceux réalisés à Kanev sont hautement significatives (p>0,0001).

Le recensement des oiseaux repose sur 731 postes d'écoute espacés de 75 mètres sur le terrain pour des comptages entre mai et juin, pendant 4 années consécutives, 2006 à 2010. Dans les zones dangereuses, l'observateur est équipé d'une protection. Pour voir et entendre, l'ornithologue travaille sans le casque. À chaque poste, il précise le nombre d'espèces d'oiseaux chanteurs, et le nombre de sujets observés ou entendus par espèce. (Ceci dit passant, l'image de cet expert de l'université Paris Sud portant une combinaison de protection aurait été plus utile que la longue présentation du poseur de pièges pour rongeurs qui se vautre pour sa sieste sur le sol contaminé.) La biodiversité et l'abondance des oiseaux baissent dans toutes les zones plus radioactives, sans bien comprendre les mécanismes qui les éloignent. Ces recensements sont toujours à double insu: l'ornithologue n'a pas connaissance du niveau de la radioactivité du sol de chacun des postes d'écoute. Les mesures des rayonnements alpha, bêta et gamma sont réalisées par des techniciens qui ignorent le résultat obtenus par les biologistes.

L'observation et le baguage ont permis d'étudier les 127 espèces d'oiseaux les plus communes à Tchernobyl. Les données concernant les effectifs et la longévité reposant sur le baguage et la recapture des oiseaux, sont comparées avec ce que l'on note à Kanev, qui fournit des résultats semblables à ceux qui sont connus à l'ouest de l'Oural 14). Les résultats cumulatifs de ces études à Tchernobyl montrent une réduction du nombre d'espèces, une baisse des populations d'oiseaux quand la radioactivité des sols augmente, et un raccourcissement de la durée de vie. Les différences sont hautement significatives. La probabilité calculée par le t-test est de p<0,0001.

L'impact négatif des rayonnements ionisants sur ces facteurs, abondance, biodiversité et longévité ont partout été retrouvés.

L'extinction des hirondelles de Tchernobyl 15)

Les résultats de six années de recherche sur les hirondelles peuvent être résumées ainsi: Le baguage des hirondelles et le suivi l'année suivante lors du contrôle des bagues, montre qu'à Tchernobyl seulement 28% des hirondelles reviennent, alors qu'à Kanev on en recapture 40% baguées l'année précédente. Les différences quantitatives dépendent directement de la contamination radioactive du lieu de capture. À leur arrivée après la migration, les hirondelles de Tchernobyl et de Kanev ont un poids identique. Pourtant, en moyenne, les nichées produites à Tchernobyl sont réduites de 7%, les couvées comptent 14% d'oeufs en moins, il y a 5% de moins d'éclosions par couvée, si on les compare à celles de Kanev. Si l'on rapporte les données venant de différentes colonies aux mesures de la radioactivité des sols, on constate l'impact négatif sur la reproduction d'une élévation de la radioactivité.

23% des hirondelles femelles de Tchernobyl ne se reproduisent pas (absence de la plaque incubatrice) alors qu'à Kanev comme en Europe centrale, les femelles qui ne couvent pas représentent guère plus de zéro % des effectifs. Le film a montré que chez des mâles, le sperme était parfois inapte à la fécondation 16). Il est donc justifié de demander comment les colonies survivent encore à Tchernobyl. La réponse, c'est que l'attrait de sites favorable à l'installation de nids, et qui au printemps sont partiellement abandonnés par les hirondelles autochtones, entraîne chaque années l'invasion d'hirondelles de passage.

Ce qui touche les hirondelles concerne les autres espèces. Par exemple, les altérations du plumage des hirondelles qui est plus terne que celui des hirondelles ailleurs en Europe, est retrouvé chez des espèces très différentes: l'hirondelle de cheminée, le rouge-queue noir, le moineau domestique ; la première espèce hiverne au sud de l'équateur, la seconde autour de la Méditerranée et le moineau est sédentaire 17).

Des résultats ont été diffusés par la BBC par Matt Walker sous le titre de “Les oiseaux de Tchernobyl ont un petit cerveau”, il est question de “harmful legacy”: l'héritage, c'est un volume crânien réduit chez 550 oiseaux répartis sur 48 espèces, qui sont nés l'année précédente à Tchernobyl dans un environnement hautement radioactif. Ces oiseaux nés dans un milieu hautement contaminé ont un cerveau d'un volume de 5% plus petit que ce le cerveau des adultes. Ces handicapés cérébraux courent le risque de ne pas surmonter des difficultés, d'avoir des difficultés d'adaptation dans un environnement hostile, ou des problèmes d'orientation pendant les migrations. La différence est statistiquement significative http://dx.plos.org/10-1371/journal.pone.0016882 ) .

La raréfaction des prédateurs 18)

Pour mesurer quantitativement la population des oiseaux prédateurs, on utilise selon l'espèce, des méthodes différentes. Par exemple, pour estimer le nombre des prédateurs d'hirondelles comme les faucon hobereaux et les éperviers, on compte les attaques de ces deux rapaces le matin où l'on réalise le baguage de la colonie d'hirondelles. Le dérangement des couples chargés du nourrissage des petits, fait tourbillonner et crier toutes les hirondelles au dessus de la colonie. La fréquence des attaques des rapaces dans différentes colonies est comparée. On constate qu'il y a moins d'attaques de prédateurs au dessus des colonies implantées sur des terres hautement contaminées, qu'autour de colonies d'importance égale, mais dans un environnement avec moins de radionucléides sur le sol. Le territoire contrôle de Kanev fournit des chiffres normaux pour des colonies dans un milieu radiologiquement propre. On peut interpréter ces résultats, comme étant la conséquence de la stérilité des rapaces qui consomment des proies radioactives et n'ont donc pas de progéniture à nourrir au printemps.

Pour les prédateurs des petits rongeurs, on parcourt à plusieurs reprises des trajets routiers déterminés en comptant les rapaces proches de ces axes ou les franchissant dans un sens. Les secteurs fortement radioactifs ne retiennent guère les buses variables et les faucons crécerelles, alors que les effectifs augmentent dans les régions peu contaminées. Ces différences, liées à la radioactivité des milieux, sont statistiquement significatives. Tant que les proies, campagnols et mulots n'ont pas été comptés, on serait tenté de rapporter la rareté des prédateurs à un nombre réduit de proies, ce qui est la règle en biologie. Cependant, à Tchernobyl une autre explication reste possible: les proies excessivement radioactives sont devenues toxiques pour les prédateurs qui n'ont, en conséquence, pas de progéniture à nourrir, comme ce fut le cas dans les années 60 avec le DDT qui fit presque disparaître le faucon pèlerin d'Europe.

En 2011, Møller et Mousseau rassemblent les données qu'ils ont accumulées durant 15 ans sur l'ensemble du territoire étudié, et cela pour tous les taxons. Il s'avère que des mammifères aux insectes on retrouve sans exception que plus la radioactivité artificielle du sol est élevée, moins l'espèce est représentée 19). Dans un milieu naturel ouvert, l'arrivée d'animaux venant des territoires voisins évite l'extinction définitive des espèces.

Conclusion et commentaire sur le film

L'histoire naturelle de Tchernobyl aurait dû être ce qui se déroule dans la nature dans la zone d'exclusion de 30 km de rayon autour du réacteur atomique détruit en 1986. Des chercheurs encore sur place ont consacré des années à l'étude de la faune et au suivi de différentes espèces. En réalisant un bon documentaire, un cinéaste indépendant aurait pu faire profiter les spectateurs de découvertes importantes faites dans ce laboratoire à ciel ouvert. Il pouvait faire appel au naturaliste du CNRS de Paris Sud, qui travaille sur le terrain depuis plus de dix ans. Avec la collaboration de spécialistes de nombreux pays, Møller & Mousseau décrivent l'impact des rayonnements ionisants sur l'ensemble de la faune. S'en tenir à deux rongeurs médiocrement étudiés sur le terrain et présenter de façon assez confuse ce qui se passe chez les hirondelles, comme si cette espèce était l'exception et non la règle, c'est insuffisant. Volontairement insuffisant.

Pour le monde végétal, le film nous apprend que les pins sont vulnérables, et les bouleaux moins, ce qui permet à cette espèce pionnière d'envahir de nombreux espaces, y compris la ville abandonnée de Prypiat. Les fourrés de bouleaux sont d'une grande pauvreté à côté des forêts qui accompagnent les rivières et les fleuves du Bélarus et de l'Ukraine. Il faudra des siècles pour qu'une forêt digne de ce nom renaisse autour de Tchernobyl.

Les spectateurs auront résolu l'énigme proposée par le titre du film. Ils auront découvert la cause de la médiocrité de l'information livrée. À quoi sert cette permanente accumulation de mensonges par omission dont est composé le scénario? A qui rapporte le crime? Certes, le réalisateur n'est pas le premier bénéficiaire.

Retenons que le principal objectif statutaire de la puissante agence de l'ONU, l'AIEA, c'est “l'accélération de l'augmentation de la contribution de l'énergie atomique pour la paix, la santé et la prospérité dans le monde entier”. De toute évidence, ses membre comme tous ceux qui touchent indemnités ou salaires de cette institution ne peuvent être que juge et parti face aux problèmes que soulèvent les victimes des accidents nucléaires, principalement quand il s'agit d'humains. Mais l'AIEA est à nouveau contrainte par ses statuts d'étendre la propagande pro-nucléaire dont elle a la charge, en masquant la souffrance de la faune et en inventant des slogans comme “les animaux se sont rapidement remis du choc radiologique qui a suivi l'explosion de 1986. Ils prospèrent magnifiquement”. L'AIEA ne peut plus se servir de la “radiophobie” dont elle a déjà tellement abusé. Les biologistes constatent que de vastes espaces demeurent impropres à la survie de nombreuses espèces; seule la permanente recolonisation par des animaux venant de l'extérieur, comme chaque printemps les oiseaux migrateurs ou erratiques, permettent le maintien d'une vie maladive dans ce milieu contaminé.

L'AIEA, l'agence la plus haut placée dans la hiérarchie de l'ONU, dépendant directement du Conseil de Sécurité, soutient le lobby de l'atome qui pour accélérer son accroissement, doit à tout prix nier la vérité sur les conséquences de Tchernobyl pour la santé de la faune comme pour celle des humains.

Michel Fernex

20 rue Principale, F-68480 BIEDERTHAL
Association “Enfants de Tchernobyl Belarus”
65, Quai Mayaud, 49400 SAUMUR


1)
L'Ambassade d'Ukraine à Paris fournit le 26 avril 2005 aux autorités et à la presse les chiffres suivants; L'accident de Tchernobyl a sévèrement irradié 3,5 millions d'habitants dont 1,3 millions d'enfants. 169.999 Ukrainiens ont été évacués et 89,85% d'entre eux sont malades. Chez ceux qui vivent encore dans les zones contaminées, 84,7% sont malades. Le suivi médical montre que la proportion des malades augmente, année après année. En 2004, 94,2% des liquidateurs étaient malades. L'Ukraine considère que 2.646.106 citoyens ukrainiens sont des victimes de l'accident.

2)
Kofi Annan, Secretary General of the United Nations, Foreword of Chernobyl a Continuous catastrophe. The OCHA report to the United Nations, 2000. Zupka D. OCHA-representative at the international Conference co-organized by the WHO, in Kiev, 14, 08, 2001.

3)
Pelevina Irina & Titov L. Témoignage et rapport illustré, in Tribunal Permanent des Peuples; TCHERNOBYL, Conséquences sur l'environnement, la santé et les droits de la personne. Vienne, 12-15 avril 1996. Tribunal Permanent des Peuples. Paris Ecodif, ISBN 3-00-001534-5, 1996

4)
Hiroshi Nakajima en direct à la Télévision Suisse Italienne, déclare que la non-publication des actes des Conférences Internationales de l'OMS en novembre 1995, est due aux liens juridiques qui lient l'OMS à l'AIEA, Film de Tchertkoff W. & Andreoli E.: Mensonges nucléaires. 2001

5)
Goncharova R.I et al. Transgenerational accumulation of radiation dammage in small mammals chronically exposed in Chernobyl fallout. Radiat Environ Biophys 45: 167-177, 2006 / Ryabokon N.I. & Goncharova R.I. Transgenerational accumulation of radiation damage in small mammals chronically exposed to Chernobyl fallout Genetic processes in chronically irradiated populations of small mammals. Environmental Management and Health. no5,11: 443-446 , 2000

6)
Ryabokon N.I., Smolich I.I., Kudryakov V.P. & Goncharova R.I. Long-term development of the radionuclide exposure of murine population in Belarus after the Chernobyl accident. Radiat Environ Biophys 44: 169-181, 2005

7)
Goncharova R.I. & Sloukvine A.M. Study on mutations and modification variability in young fishes of Cyprinus carpio from regions contaminated by the Chernobyl radioactive fallout. In Russian-Norwegian Satellite Symposium on Nuclear accidents, Radioecology and Health , Abstract p. 27-28 October, 1994

8)
Møller A.P., Mousseau T.A. & de Koe F. Anecdotal and empirical research in Chernobyl Invited Reply Biology Letters do:10.1098/rsbl.2007.0528 p 1-2.

9)
Møller A.P., Karada T.A. & Mousseau A. Antioxydants in eggs of great tit, Parus major, of Chernobyl and hatching success. Journal of Comparative Physiology B178, p735-743, 2008

10)
Ellegren H., Lindgren G., Primmer C.R. & Møller A.P. Fitness loss and germeline mutations in barn swallows breeding in Chernobyl. NATURE Vol. 389: 593-595. 9. October, 1997

11)
Møller A.P., Mousseau T.A. Reduced abundance of insects and spiders linked to radiation at Chernobyl 20 years after the accident Biol. Lett. of Royal Society 5(3): 356-359 , 18 March 2009

12)
Møller A.P., Mousseau T.A. Species richness and abundance of forest birds in relation to radiation at Chernobyl. J Ornithol 130:239-246 , 2009

13), 14)
Møller A.P. & Mousseau T.A. Determinant interspecific variation in population declines of birds after exposure to radiation at Chernobyl. Journal of Applied Ecology 44:909-919, 2007

15)
Møller A.P., Mousseau R.E., Milinevsky G., Peklo A., Pysanets E. & Szép T. Condition, reproduction and survival of barn swallows from Chernobyl. Journal of Animal Ecology 74: 1102-1111, 2005

16)
Møller A.P., Mousseau R.E., Lynnm C., Ostermille S., Rudolfsen G. Impaired swimming behavior and morphology of sperm from barn-swallows, Hirundo rustica, in Chernobyl. Medicine Research 650: 210-216, 2008

17)
Møller A.P. & Mousseau T.A. Biological consequences of Chernobyl: 20 years on. Réf. Trends in Ecology and Evolution, 2008

18)
Møller A.P. & Mousseau T.A. Reduced abundance of raptors in radioactively contaminated areas near Tchernobyl. J. of Ornithology, 150: 245-239, 2009

19)
Møller A.P. & Mousseau A. Efficiency of bio-indicators for low-level radiation under field conditions. Ecological Indications 11: 424-430, 2011


Experts Nuléaires: Une Déconstruction.

Chris Busby, le 28 mars 2011

Depuis l'accident de Fukushima , nous avons vu se succéder une kyrielle d'experts nous demandant de ne pas nous inquiéter, nous disant que les doses sont trop basses pour cela, que l'accident n'est en rien comme celui de Tchernobyl, etc. Ils apparaissent à la télévision et nous lisons leurs articles dans les journaux et en ligne. Fort heureusement, la majorité de l'opinion publique ne les croit pas.

Je suis moi-même apparu à la télévision aux côtés de ces gens. Un exemple fut Ian Fells, de l'Université de Newcastle racontant, après avoir soutenu sur BBC News que l'accident n'était en rien comparable à celui de Tchernobyl (ce qui est faux), et que les niveaux de radiations étaient sans conséquences (ce qui également faux) , que le problème principal était que les ascenseurs ne fonctionnaient plus. « S'il vous est arrivé d'être, comme moi, dans une situation où les acsenseurs ne fonctionnent pas », se laissait-il aller à ajouter, « vous comprendrez de quoi je parle ».

Ce que tous ces gens ont en commun est leur ignorance. On serait en droit de penser qu'un professeur d'université connaît son sujet. Mais ce n'est pas le cas. Presque tous ces experts qui se montrent et pontifient n'ont en fait effectué aucune recherche à propos des radiations et de leurs effets sur la santé. Ou alors, s'il l'ont fait, ils semblent être passés à côté des données et des références essentielles.
Je laisse de côté les plus mauvais élèves, ceux qui sont liés à l'industrie nucléaire, comme Richard Wakeford, ou plutôt Richard D, comme il a choisi de s'appeler sur le site web qu'il a mis sur pied pour m'attaquer, « chrisbusbyexposed ».

Je l'ai vu intervenir plusieurs fois à la télévision avec pour sous-titre « Professeur Richard Wakeford, University of Manchester » . Au fait, Wakeford est un physicien, son PhD fut obtenu en Physique des Particules à Liverpool. Mais il n'a pas été présenté en tant que « ex-Théoricien auprès de British Fuel à Sellafield » . Cela peut avoir donné aux téléspectateurs une fausse impression. Avant cela, nous avions vu un autre mauvais élève, Malcom Grimston, intervenant à propos des radiations et de leurs effets sur la santé, présenté sous le titre de « Professeur à l'Imperial College ». Grismeton est en fait un psychologue, et non pas un scientifique, et son champ de compétence était les causes des craintes de l'opinion publique vis-à-vis des radiations, et les moyens d'agir sur leur manière « émotive » de voir les choses. Mais son déficit de compétence scientifique ne l'a nullement empêché d'expliquer à la radio et à la télévision en quoi il n'y avait rien à craindre de l'accident de Fukushima. Les doses étaient trop basses, même pas aussi mauvaises que celles de Three-Mile Island, tout juste au niveau 4, le bla-bla habituel.
Plus récemment, nous avons vu Georges Monbiot, que je connais, qui ne connaît rien non plus aux radiations et à leur effet sur la santé, écrivant dans The Guardian en quoi l'accident avait changé sa vision de l'énergie nucléaire (était-ce une manifestation de son « instant Kirkegard » ? a-t-il craqué ? ») puisqu'il comprend à présent (et qu'il va même jusqu'à reproduire un graphique criminel à l'appui de sa démonstration) que les radiations sont en fait tout-à-fait OK et que nous ne devrions pas nous faire de souci à cause d'elles. Pourtant Georges en sait plus, ou du moins il devrait en savoir plus, puisqu'il m'avat demandé il y a quelques années en quoi radiations internes et radiations extrernes ne pouvaient pas être prises en compte comme ayant les mêmes effets. Il a choisi d'ignorer ce que je lui avais dit, et a préféré écrire en son nom (avec références) et a derechef réapparu favorable au nucléaire dans son article suivant.

Alors quid de Wade Allison ? Wade est spécialiste de médecine nucléaire et Professeur à Oxford. J'ai choisi de lui consacrer quelques lignes, car il symbolise et cristallise pour nous les arguments du physicien stupide. Il nous rend service, ce faisant, car il constitue vraiment une cible facile. Tous les arguments sont rassemblés en un point. Physiciens stupides ? Ne vous y trompez pas, les physiciens sont stupides. Ils se rendent stupides par une croyance mystique en des modèles mathématiques. Le bon vieux piège de la logique positiviste de Bertie Russel . Et, alors qu'ils peuvent être appropriés pour évaluer le stress induit dans du métal, ou encore pour ce qui concerne l'Univers (encore qu'il faille noter qu'ils semblent avoir perdu 90% de l'Univers, le fameux « matière noire »), ils ne sont pas appropriés, et même incorrects à un point effrayant appliqués aux stress chez les humains et autres êtres vivants. Mary Midgley, la philosophe, a écrit à propos de la Science comme Religion. Eh bien, les médecins nucléaires en sont les prêtres. J'ai pris la peine de regarder de plus près l'article de Wade Allison pour la BBC, mais aussi son livre, il y a quelques mois. Il commence comme tous les autres, en comparant les accidents. Il écrit :
« Plus de 10 000 personnes sont mortes dans le tsunami du Japon, et les survivants ont froid et faim. Mais les medias se focalisent sur les radiations nucléaires, dont personne n'est mort et dont il est improbable que personne ne mourra »;

puis on passe à Three Mile Island: « aucun mort dont nous ayons connaissance »;

puis à Tchernobyl:
«Le dernier rapport de l'ONU , publié le 28 Février, confirme un nombre de morts connus de 28 parmi les travailleurs de la sécurité, et de 15 cas fatals de cancer de la thyroïde chez des enfants qui auraient pu être évités si l'on avait disrtibué des pastilles d'iode (comme c'est le cas maintenant au Japon)»

C'est d'une ignorance à couper le souffle.Le Professeur Steve Wing, aux USA, a mené une enquête épidémiologique sur les effets de Three Mile Island, avec à la clé des résultats publiés dans des revues à comité de lecture. Des procédures juridiques sont régulièrement tranchées sur la base des données cancérologiques mises en évidence suite à la contamination de Three Mile Island.
Mais passons à Tchernobyl. Les effets de l'accident de Tchernobyl sont massifs et démontrables. Ils ont été étudiés par de nombreux groupes de recherche en Russie, en Belarus, en Ukraine, aux USA, en Grèce, en Allemagne, en Suède, en Suisse et au Japon. La matière publiée dans des revues scientifiques à comité de lecture est énorme.Des centaines d'articles témoignent des effets, de l'augmentation du nombre des cancers de même que d'un large spectre d'autres maladies.
Mon collègue Alexey Iablokov, de l'Académie des Sciences Russe, a publié une synthèse de ces études dans les Annales de l'Académie des Sciences de New York(2009). Avant cela, en 2006, lui et moi avions collecté des reviews de la littérature russe sur cette question, produites par un groupe de scientifiques éminents et publiés dans le livreTchernobyl, 20 ans après. Le résultat : plus d'un million de personnes sont mortes entre 1986 et 2004 comme conséquence directe de Tchernobyl.

Je vais maintenant me référer brièvement à 2 études occidentales de Tchernobyl qui invalident les assertions de Wade Allison.
La première est une étude des cas de cancer dans le Nord de la Suède menée par Martin Tondel et ses collègues de l'Université de Lynköping. Tondel a examiné les taux de cancer par niveau de contamination et a mis en évidence que dans les 10 ans suivant la contamination par Tchernobyl de la Suède, on a assisté à une augmentation de 11% des cancers pour chaque unité de 100Bq par mètre carré de contamination. Etant donné que les chiffres de l'AIEA pour la contamination du site de Fukushima sont de 200 à 900 kBq/m2 jusqu'à 78 Km du site, nous pouvons nous attendre à une augmentation de 22% à 90% des cas de cancers chez les personnes vivant dans ce périmètre au cours des 10 prochaines années.
La seconde étude à laquelle j'aimerais me réferer est celle que j'ai menée moi-même. Après Tchernobyl, des cas de leucémie infantile ont été relevés dans 6 pays et effectués par 6 groupes différents : d'Ecosse, de Grèce, du Pays de Galles, d'Allemagne, de Belarus et des USA. Les augmentations n'ont été notées que chez les enfants en gestation au moment où est survenu la contamination : cette spécificité est rare en matière d'épidémiologie. Il n'y a pas d'autres explication que Tchernobyl. Les leucémies ne peuvent pas être mises sur le compte d'un virus inconnu ou d'un échange avec d'autres populations, ce qui est l'explication préférentielle pour les clusters de leucémie infantiles. Il n'y a pas d'échange avec d'autres populations in utero. Et pourtant les «doses» étaient très faibles, bien plus basses que le «bruit de fond naturel». J'ai donc publié cette preuve indubitable qui démontre que le modèle actuel simulant le risque s'avère faux pour ce qui est de l'exposition interne, et ce dans 2 revues, en 2000 et en 2009. Cette découverte a, de fait, débouché sur la création par le Ministre de l'Environnement Michael Meacher d'un nouveau Comité chargé de l'Examen des Risques d'Emission Internes (CERRIE). Richard Wakeford siègeait dans ce comité en tant que représentant de BNFL et s'est présenté à moi comme «le Rottweiler de BNFL». Aucun changement, là non plus.

Wade aborde ensuite une comparaison de contaminations:

«Qu’en est-il, donc, de la radioactivité relâchée à Fukushima ? En quoi est-elle comparable à celle de Tchernobyl ? Regardons les données chiffrées. Le taux le plus élevé relevé à 19h le 22 Mars, toutes préfectures confondues, était de 12kBq/m2 (pour l'isotope radioactif du césium, le césium 137).

Une carte de Tchernobyl du Rapport de l'ONU montrant les régions hachurées correspondant à des taux allant jusqu'à 3 700 kBq/m2 dans certaines zones, et non hacurées là où les taux sont inférieurs à 37 kBq/m2. En termes simples, cela signifie que les retombées radiactives de Fukushima équivalent à moins d' 1% de celles de Tchernobyl.»

Mais l'AIEA elle-même, qui n'est pourtant pas particulièrement connue pour son indépendance de l'industrie nucléaire, rapporte que les niveaux de contamination jusqu'à 78 Km étaient de 200 et 900 kBq/m2. Et Wade s'est montré particulièrement sélectif dans les données qu'il a retenues, pour rester correct.
La définition que donnent les Nations Unies d'un territoire contaminé correspond à un critère de 37 kBq/m2, comme il l'écrit, mais sur toutes les cartes publiées, les périmètres j s, y, pspu d, la zone d'exclusion contaminée des 30 km est définie par 555 kBq/m2 et au-delà. Cela est un fait. Pourquoi nous a-t-il induits en erreur ? Au passage, cela signifie qu'il y a 555 000 désintégrations radioactives par seconde pour un mètre carré de surface. Pouvez-vous croire, vous, que cela puisse être sans danger ? Non. Et vous avez raison.
Et un autre calcul peut être fait. Puisque les données de l'AIEA montrent que ces niveaux de contamination de 200 000 à 900 000 désintégrations par seconde par mètre carré existent jusqu'à 78 Km de Fukushima, cela nous permet déjà de calculer que la contamination est en fait pire que celle de Tchernobyl, et non pas moins de 1% de celle de Tchernobyl, comme Wade l'affirme. Car l'aire définie par un rayon de 78 Km donne donne une surface 19 113 Km2, comparée à la zone d'exclusion de Tchernobyl qui ne couvre que 2 827 Km2. Soit 7 fois moins.

J'en viens maintenant aux effets sanitaires. Wade nous sert la plupart des arguments habituels utilisés par les physiciens bêtes. Nous sommes tous exposés à un bruit de fond naturel dont la dose est de 2mSv/an et les doses relevées lors de l'accident ne sont pas significativement plus élevées que ce niveau. Par exemple, le Gouvernement japonais commet apparemment une erreur lorsqu'il demande aux gens de ne pas donner de l'eau contaminée à l'iode 131 à hauteur de 200Bq/litre à leurs enfants, puisqu'il existe un taux naturel de radiation dans le corps humain de 50Bq/l, et que donc 200 ne pourront pas faire beaucoup de mal. L'erreur est commise à cause des craintes de l'opinion publique, qui a apparemment contraint la Commission de Radioprotection, ICRP, à fixer la dose annuelle à 1mSv. Mais Wade, lui, sait mieux ce qu'il devrait en être, il fixerait la limite à 100mSv. C'est un vrai dur. Il dégaine de son ceinturon :

«les patients qui suivent une radiothérapie reçoivent généralement une dose de plus de 20 000 mSv appliquée à des tissus vitaux proches de la tumeur traitée. Ces tissus ne survivent que parce que la dose est répartie sur un grad nombre de jours, ce qui donne le temps aux cellules saines de se restaurer ou de se remplacer. Un changement de point de vue est nécessaire dans notre attitude vis-à-vis des radiations, à commencer par l'éducation et l'information du grand public.»

Mais, mon Cher Wade, ces gens sont d'habitude assez âgés, et ils décèdent habituellement avant d'avoir pu développer une seconde tumeur. Il y a des centaines d'études pour corroborer cela. Et de toutes façons, cette irradiation externe n'est pas le problème. Le problème, c'est l'irradiation interne. L'iode 131 n'est pas répartie dans tout le corps, elle se trouve dans la glande thyroïde et s'attache aussi aux cellules sanguines : d'où les cancers de la thyroïde et les leucémies. Et il existe toute une liste d'éléments radioactifs qui se fixent à l'ADN, du Strontium-90 à l'Uranium. Le corps humain n'est pas une vulgaire éprouvette que l’on soumettrait à des contraintes physiques. Le concept de dose qu'utilise Wade ne peut être utilisé pour les expositions internes. L'ICRP en a convenu elle-même dans ses publications. Et dans une interview qu'il m'a accordée en 2009, le Dr Jack Valentin, ex-Secrétaire Scientifique de l'ICRP, l'a concédé, allant même jusqu'à faire une déclaration selon laquelle le modèle de risque, celui qu'utilisent tous les gouvernements pour évaluer les effets des accidents tels que celui de Fukushima, n'était pas sûr et ne pouvait pas être utilisé.

Et pourquoi le modèle de l'ICRP n'est-il pas sûr ? Parce qu'il est basé sur la «dose absorbée». Soit un taux de radiations moyen exprimé en Joules divisé par la masse de tissus vivants à laquelle elle est appliquée. 1 milliSievert est 1 milliJoule d'énergie dilué dans 1 Kg de tissus. Et en tant que tel, il ne fait pas de différence entre vous prévenir que vous faites face à un feu, et vous avertir que vous êtes en train de manger un morceau de charbon ardent. C'est la distribution locale d'énergie, qui est le problème. La dose délivrée par une seule et unique particule alpha à une cellule est de 500mSv ! Tandis que la dose de cette même particule pour tout le corps est de 5 x 10-11 mSv. C'est-à-dire 0.000000000005mSv. Mais c'est la dose appliquée à la cellule, qui cause les dommages génétiques et le cancer. Le taux de cancers par dose utilisé par ICRP est basé entièrement sur une irradiation massive aigüe de type Hiroshima, où l'irradiation moyenne par cellule était la même pour l'ensemble des cellules.

Et quid des Nations Unies et de leur déclarations à l'emporte-pièce à propos des effets de Tchernobyl auxquels Wade se réfère ? Ce qu'il faut que vous sachiez, c'est que les organes des Nations Unies qui s'occupent d'irradiation et de santé sont compromis par leur biais en faveur du complexe nucléaire militaire, qui était occupé à tester des bombes à hydrogènes dans l'atmosphère au moment de l'accord, et à relâcher tout le Strontium, le Césium, l'Uranium et le Plutonium et autres matières qui devaient être à l'origine de l'épidémie actuelle et croissante de cancers. Et la dernière des choses qu'ils auraient voulu aurait été de voir des médecins et des épidémiologistes les empêcher de faire joujou. L'AIEA et l'Organisation Mondiale de la Santé (WHO ou OMS), ont signé un accord en 1959 pour éliminer toute vélléité de recherche des médecins de l'OMS, des scientifiques nucléaires, des physiciens de l'AIEA : cet accord est toujours en vigueur. Les Nations Unies ne se réfèrent pas, ni ne citent la moindre étude scientifique qui réfuterait leurs affirmations sur Tchernobyl. Il y a un immense fossé entre le tableau que nous donnent à voir les Nations Unies, l'AIEA, l'ICRP, et le monde réel. Et le monde réel est de plus en plus étudié, et de plus en plus de rapports sont publiés dans la littérature scientifique : mais aucune des autorités responsables des citoyens ne prend bonne note de ces preuves.

Comme on dit dans le métro de Londres : «mind the gap» («attention à la marche/l'écart»).

C'est précisément ce que devraient faire Wade Allison et les autres experts auxquels je viens de me réfèrer, dans leur propre intérêt. Car s'il existe un endroit où ce vide est en train de se combler aussi rapidement que brutalement, c'est dans les tribunaux. Je me suis porté expert dans plus de 40 dossiers impliquant irradiation et effects sur la santé. Ces dossiers comprennent des cas d'anciens combattants ayant subi des essais nucléaires et qui poursuivent le Gouvernement de Grande-Bretagne pour exposition lors de ces essais sur les sites, qui ont causé des cancers ; ils incluent des cas de pollution radioactives ; des cas d'exposition dans les conditions de travail ; des cas de retombées suite à un usage d'armes à l'Uranium appauvri. Et ces cas ont été autant de dossiers plaidés avec succès. Tous. Parce que dans un tribunal, face à un juge et un jury, des gens comme Wade Allison et George Montbiot ne tiendraient pas 2 minutes. Parce que devant un tribunal, tout repose sur les preuves. Et non pas sur du bluff.

Joseph Conrad a écrit : «une fois que le fracas des cris est retombé, le silence sinistre des faits, reste». Je pense que ces experts-bidons sont des criminels irresponsables, puisque leurs conseils conduiront à des millions de morts. Je me prends à espérer qu'à un moment ou à un autre, dans l'avenir, je puisse être appelé en tant qu'expert dans une autre affaire, une affaire dans laquelle Wade Allison ou George, ou mon bon vieux copain Richard Wakeford (qui sait tout mieux que tout le monde) seraient accusés devant un tribunal de malhonnêteté scientifique induisant des cancers chez de pauvres victimes qui ont eu le tort de suivre leurs conseils. Et quand ils auront été jugé coupables, j'espère qu'ils seront envoyés en prison, où ils auront tout le temps de prendre connaissance des preuves scientifiques démontrant que leurs conseils étaient mathématiquement fondés sur du vent.

En attendant, je mets au défi chacun d'entre eux de venir débattre de cette question avec moi en public à la télévision, face à face, de manière à ce que les gens puissent se faire une idée de qui a raison et de qui a tort. Car à la fin de sa vie, le Pr John Gofman, une figure éminente de la Commission à l'Energie Nucléaire des Etats-Unis, jusqu'à ce qu'il ait vu ce qui se passait et démissionné, avait prononcé cette phrase restes célèbre : «L'énergie nucléaire mène une guerre contre l'Humanité».
Cette guerre est à présent entrée dans une phase finale qui décidera de la survie de la race humaine. Pas du fait d'une guerre nucléaire impromptue. Mais du fait d'une guerre continue et incrementale qui commença dans les années 1940 avec les relâchements dans l'atmosphère de toutes les retombées des essais nucléaires atmosphériques, et qui se poursuivit inexorablement depuis lors avec Windscale, Kyshtym, Three Mile Island, Tchernobyl, Hanford, Sellafield, La Hague, l'Irak, Fukushima, traînant derrière eux leurs augmentations de taux de cancers et leurs atteintes à la fertilité de la race humaine.

Il y a un fossé entre eux, et nous. Entre les scientifiques-bidons, et le public, qui ne croit pas ce qu'ils disent. Entre ceux qui sont employés et payés pour nous protéger de la pollution radioactive, et ceux qui meurent de ses conséquences. Entre ceux qui dénigrent ce qui est de toute évidence le plus grand scandale de santé publique dans l'Histoire humaine, et les faits qu'ils ignorent.

Attention au fossé, oui, vraiment.


Chris Busby est Secrétaire Scientifique du European Committee on Radiation Risk. Il est Professeur invité auprès de l'Université de l'Ulster et également Chercheur invité auprès de l'Institut Allemand d'Agriculture Fédérale de Braunschweig (Allemagne).
Il a été membre du Comité britannique Committee Examining Radiation Risk on Internal Emitters CERRIE et du MoD Depleted Uranium Oversight Board (Bureau de Supervision Uranium Appauvri du Ministre de la Défense).
Il a été responsable de l'interface Réseau d'Information Science & Politique sur la Santé Infantile & l'Environnement basé aux Pays-Bas.
Il a été porte-parole du parti Vert d'Angleterre et du Pays de Galles.
Il a mené des recherches fondamentales sur les effets sanitaires des radiations internes tant d'un point de vue théorique, que d'un point de vue épidémiologique, y compris sur les effets géno-toxiques de l'élément Uranium.


Mise au point, par Yves Lenoir

Bien souvent, notre président doit faire une mise au point face à une méconnaissance avérée des faits et conséquences liés à Tchernobyl.

Article de Annie Hautefeuille

PARIS — Panique, sentiment d'impuissance: les réactions aux catastrophes de Tchernobyl et Fukushima trahissent une peur liée à la nature même de la radioactivité, invisible, mais aussi à l'imaginaire de l'homme et à l'histoire de l'atome.

“Tout ce qui est invisible nous met sur nos garde” et ce qui risque de pénétrer à l'intérieur du corps “crée des appréhensions”, car “l'homme a une peur ancestrale d'avaler un poison”, explique le neurologue Hervé Chneiweiss. “Le cerveau humain est un détecteur d'avenir”, résume ce chercheur du Centre de psychiatrie et neurosciences de l'hôpital Ste-Anne à Paris, qui souligne que la peur est une émotion aiguisant l'attention et préparant à agir. “On passe notre temps à essayer d'anticiper”, à élaborer des scénarios sur la “base des imaginaires qui nous ont peuplés”. Or par rapport à l'atome, il y a toute une histoire, dit-il, évoquant Hiroshima, Nagasaki, le Dr Folamour, la science-fiction et des films comme le “Syndrome chinois”.

D'autres experts soulignent l'importance de la “culture ambiante” qui peut par exemple expliquer pourquoi le nucléaire fait davantage peur en Allemagne qu'en France.

“L'Allemagne est aujourd'hui décentralisée avec de très mauvais souvenirs des périodes centralisées”, note Jean-Paul Langlois, président de l'Institut de maîtrise des risques.

Au-delà de l'opposition entre une “France jacobine”, avec une gestion centralisée du nucléaire, et une “Allemagne décentralisée”, le physicien et philosophe Etienne Klein relève que “les Allemands se sentent consciemment ou inconsciemment responsables de la bombe américaine”. Ils auraient créé “le climat politique” permettant Hiroshima.

Dans les années 30, la radioactivité était connotée “positivement: on faisait de la publicité pour le radium”, remarque par ailleurs M. Klein, pour montrer qu'un rayonnement imperceptible par nos sens n'est pas d'emblée perçu comme inquiétant.

La mise en alerte, la peur s'explique-t-elle par les dangers auxquels l'homme a dû s'adapter au fil de millénaires d'évolution ? Les maladies contagieuses étaient une menace réelle et invisible. “Emotionnellement”, déclare l'anthropologue américain John Tooby, les gens considèrent “la contamination nucléaire comme si c'était une contamination infectieuse”, hors de toute idée de dose.

Alors que nous “baignons dans une mer de rayonnements, toute infime hausse de radiation est considérée comme un risque épouvantable”, poursuit ce spécialiste de la psychologie évolutionniste.

Prêt à braver les risques choisis, en continuant à fumer par exemple, l'homme s'insurge contre les risques subis, relèvent d'autres experts.

Les réactions dépendraient aussi des “solutions imaginables” pour éliminer le risque. S'il n'y en a pas, “le risque s'efface”, il est considéré comme “une fatalité”, argumente Etienne Klein.

Après l'accident de Bhopal en Inde, “personne n'a dit: on doit arrêter l'industrie chimique”, dit-il. Le nucléaire serait “pensé comme un risque” parce qu'on sait comment “on pourrait l'annuler”, ajoute ce professeur de philosophie chercheur au CEA.

Le manque de confiance dans les déclarations d'experts, la difficulté d'appréhender un risque du domaine du probable, sans savoir si on a été contaminé ou non, contribuent aussi à la peur du nucléaire. Même si on dit à quelqu'un: “vous n'avez pas reçu de dose”, il reste une une forme d'inquiétude, de doute, reconnaît Didier Champion, de l'Institut de radioprotection et des rayonnements ionisants (IRSN). Avec l'idée que “si on n'a rien vu, c'est peut-être qu'on a mal cherché”.

Réponse d'Yves Lenoir

Chère Madame,

l'énergie atomique et la radioactivité sont d'abord des phénomènes physiques ayant une action délétère puissante sur la Vie.

Une désintégration nucléaire bêta à l'intérieur du corps humain dépose une énergie de grosso modo plusieurs centaines de kev, alors que les liaisons chimique les plus fortes sont rompues avec 5 ev. Il en découle que la dose de radiation qui tue via le mal aigu des rayons est équivalente (premier principe de la thermodynamique) à l'énergie thermique nécessaire pour élever de 1,2 millième de degré Celsius la température du corps humain : cette donnée scientifique établit le caractère spécifiquement nocif des rayonnements ionisants.

Si vous étudiez, par exemple, le dernier rapport officiel ukrainien sur les séquelles de Tchernobyl (l'Ukraine a été bien moins affectée que le Bélarus), un rapport de 328 pages à peu près complet, vous verrez qu'il y a clairement un avant et un après contamination radioactive de l'environnement et que les craintes pour la santé des personnes et le fardeau génétique imposé aux générations futures sont loin d'être infondées.

Que la religion atomique, qui s'est développée dans l'opinion avec l'industrie du radium avant guerre, ait induit des comportements aberrants (pommades et élixir au radium) n'a rien d'étonnant : au XIXe siècle des charlatans parcouraient l'Ouest américain en vendant à pris d'or des potions magiques à base du pétrole extrait des premiers gisements découverts au Texas.

Il est bien plus intéressant d'analyser la sociologie du lobby de l'atome avec la grille d'analyse sectaire. N'êtes vous pas étonnée que le bilan des décès dû à Tchernobyl reste immuablement bloqué à une cinquantaine de morts, alors même que celui des affections cancéreuses mortelles chez les survivants d'Hiroshima et Nagasaki, tenu à jour par les épidémiologistes japonais, continue encore aujourd'hui à montrer un excès par rapport au reste de la population.

Ce bilan tchernobylien diffusé de concert par l'OMS, l'UNSCEAR et l'AIEA porte les stigmates de l'anti-science. La vérité a été dite une fois pour toute, celle qui convient au progrès de la secte et au culte à rendre au dieu atome. La foi du charbonnier (comme dans le cas du vrai Dieu, l'action de la radioactivité est invisible, diluée dans le chaos des agressions naturelles et accidents de la vie) est d'autant plus facile à répandre qu'on lui donne les attributs de la modernité, de la virilité et de la production de masse.

La plus extraordinaires manifestation de l'esprit sectaire chez un adepte a été fournie, me semble-t-il, car c'est un homme intelligent, par Nicolas Baverez dans un article du numéro spécial du Point sur Fukushima. Je cite en substance : il proposait de remplacer les principes de précaution et de prévention par le principe de résilience. En clair : le dieu atome mérite des sacrifices humains. La fascination que sa puissance procure est encore accrue par le spectacle des désastres qu'il provoque quand sa colère s'abat sur l'Humanité.

Personnellement ce n'est pas de l'atome et des radiations que j'ai peur, c'est de l'ignorance des personnes, sans doute de bonne foi comme vous, et des gages qu'elles donnent, en faisant au besoin étalage d'une impressionnante érudition, aux fous furieux qui veulent continuer à construire des centrales atomiques et accumuler des centaines de milliards de curies de matières de haute activité dans des installations soumises aux aléas des actions humaines et des phénomènes naturels.

Cordialement vôtre,

Yves Lenoir
Président Enfants de Tchernobyl Bélarus


Sortir du nucléaire, c'est possible

b>Aperçu des conditions d'une sortie du nucléaire sous condition

Yves Lenoir, mars 2011

Introduction

“Plus tôt on sortira de l'énergie nucléaire, mieux ce sera.” Cette phrase d'Angela Merkel ne peut prendre sens que si l'on se donne une condition minimale à satisfaire. Sinon elle reste une simple déclaration politicienne dictée par les circonstances, du politiquement correct dans le contexte allemand.

Choisir une condition ne doit pas supposer le problème résolu, c'est-à-dire faire dériver la condition des contraintes. Les contraintes sont dictées par la réalité socio-économique ; la condition appartient à la décision politique. Elle doit évidemment être justifiée. Sinon aucun débat n'est possible. On va raisonner à besoins constants.

La condition

Le programme nucléaire a été dimensionné pour une durée d'amortissement des installations de 30 ans et pour répondre à un schéma de croissance des besoins suivant la loi d'un doublement tous les 10 ans.

Exploiter des installations industrielles au delà de leur durée d'amortissement, relève d'une saine économie. Encore faudrait-il qu'elles ne soient pas très dangereuses.

Exporter des excédents de capacité de production pour avoir surestimé les besoins se défend. Encore faudrait-il que cela n'accroisse pas un risque d'accident grave et les quantités de déchets dangereux à traiter et stocker à très long terme.

Ces deux remarques justifient que l'on adopte pour condition de cesser l'exploitation d'un réacteur atomique dès lors que sa mise en service atteint ou a dépassé trente ans.

Chiffrage

Les données sont tirées de l'édition 2010 du Mémento sur l'Énergie publié par le CEA.

L'application de la condition des 30 ans impose la mise à l'arrêt définitif de 19 tranches 900 MWé du premier contrat programme d'EDF, à savoir:

Nom
 
facteurs de charge, FC, en 2009
Fessenheim 1 - 2   43% - 70%
Bugey 1 - 2 - 3 – 4   91% - 24% - 66% - 85%
Dampierre 1 - 2 - 3 – 4   64% - 82% - 69% - 80%
Tricastin 1 - 2 - 3 – 4   58% - 76% - 71% - 81%
Gravelines 1 - 2 - 3 – 4   67% - 82% - 66% - 79%
Blayais 1   58%

Soit un facteur de charge moyen de cette partie du parc de 66%.

On soustrait donc une production annuelle de : 98,8 Twh et une puissance de crête de : 17,1 GW.

Contexte 2009

PRODUCTION

 
capacité (GW)
Production nette (Twh)
FC (%)
Total
116
519
51,0
nucléaire
63,3
390
70,3
thermique classique
24,1
54,8
<
25,9
/td>
Hydraulique
25,4
61,8
27,7
autres renouvelables
3,1
12,2
44,9

CONSOMMATION

consommation intérieure
486
pertes
33,8
consommation nette
452,8

dont enrichissement pour EDF

27,3
pompage
7
solde import-export
26 (68-42,4)

APPEL DE POINTE: 92,4

Conséquences directes de la décision sur la production du système électrogène national

On va chiffrer ci-dessous les productions évitées du fait de l'arrêt des 19 tranches 900 MW et celui des exportations:

exportations
68
cycle du combustible (enrichissement)
6,8
pertes (au prorata brut de la production résiduelle)
6,3
total des consommations découlant de la décision
81,1

soit 82% de la quantité non produite. Il reste à trouver 18%, soit 18,7 Twh pour égaliser production et consommation électrique. On va cherche ce complément dans les flexibilités du systèmes électrogène.

Flexibilités

Il se trouve que pour des raisons particulières (grèves) l'année 2009 a été une année où la production nucléaire a été particulèrement basse. En d'autres termes, en année « normale », le parc produit environ 430 Twh, soit 40 Twh de plus qu'en 2009.

Pour simplifier on répartit ces 40 Twh également entre toutes les tranches. La capacité de production étant réduite de 17,1 GW (on passe de 63,3 à 46,2). Ce parc restant est donc à même, de produire un supplément de (Twh) 29,2

Mais le parc actuel est sous utilisé, avec un facteur d'utilisation moyen de 90% (rapport entre énergie produite et énergie qu'on aurait pu produire compte tenu de la puissance disponible). Notre parc résiduel a donc une capacité de production supplémentaire brute de l'ordre de 29 Twh.

Bien entendu toute cette puissance ne pourra être exploitée, notamment en période d'étiage des consommations. Notons ici que cette affirmation est conservative car un parc ainsi réduit aura sa puissance de crête plus proche de l'étiage en question ! Néanmoins on suppose ici que la moitié seulement de la réserve de production de 10% est utilisée. La production supplémentaire du parc restant se monte donc à (Twh) 14,5.

Ainsi, sans augmenter, ni la production hydraulique, ni la production du thermique classique, ni celle des énergies renouvelables, on s'aperçoit que le parc nucléaire reste surdimensionné pour les besoins nationaux (sans considération des appels de pointes dont la question sera examinée ci-après). On a besoin de 18,7 Twh; le parc résiduel peut en fournir 43,5; on a une réserve de production nucléaire de 24,8 Twh.

La marge en année normale du parc actuel vaut environ 70 Twh malgré le forcing à l'export. Son surdimensionnement moyen est à l'évidence considérable et tout-à-fait contestable considérant des installations conçues pour être optimales quand elles fonctionnent en base. Ne parlons pas du sous emploi criant des autres moyens de production.

Sur le seul plan de la consommation totale, hors même un programme d'investissements de substitution ample, existe une importante réserve pour poursuivre la sortie du nucléaire en respectant à la lettre la règle des 30 ans.

La question de la pointe

La monotone de charge du réseau est tout sauf une horizontale. Si on satisfait l'appel de pointe hivernal avec le réseau existant, on aura démontré que la condition des trente ans passe l'épreuve des contraintes. Sinon, il faudra indiquer les mesures à prendre pour éviter une situation de pénurie momentanée détestable.

L'appel de pointe considéré vaut 92,4 GW. La puissance résiduelle totale du parc vaut 98,9 GW. Une marge de 6,5 GW est insuffisante.

La mauvaise planification des opérations d'entretien (car EDF préfère réduire les coûts des opérations de maintenance que se donner les moyens humains pour les optimiser) se paye de la non disponibilité d'un nombre élevé de tranches en période hivernale. L'accroissement récent des importations en constitue la contrepartie, fort coûteuse.

De plus, la politique délibérée de non modernisation du contrôle des consommations (smart grid) ne permet pas de lisser la courbe de charge en écrêtant les appels de pointe (quelques heures par jour au plus froid de l'hiver). Or les consommations des secteurs résidentiel et tertiaire sont fortement influencées par le développement des usages thermiques de l'électricité et des équipements électroniques domestiques. Les usages thermiques, en jouant de l'inertie du bâti et d'une marge de fluctuation de 2°C de la température de consigne durant les heures de pointe, cesseraient de poser un problème de surcharge du réseau. On sait qu'EDF est opposé au développement technologique de tout ce qui pourrait diminuer ses ventes de courant.

A côté de ces évolutions du contrôle des consommations via une modernisation du réseau de distribution et une planification rigoureuse de la maintenance des centrales, on peut indiquer des réductions de consommation sans conséquences à prendre dans l'intérêt général.

En premier lieu l'éclairage public, source de pollution lumineuse de nos nuits dommageable à de nombreuses espèces nocturnes, gênante pour les astronomes et, on l'a montré, source paradoxale d'accidents de la route. Il consomme actuellement en gros 6 Twh/an (la production d'une tranche du pallier 900 MW). Ce qui coûte fort cher aux collectivités locales. Réduire de moitié ce chiffre (à la hache, supression d'un lampadaire sur deux et/ou passage à des sources de plus haut rendement) aurait une influence non négligeable sur l'appel de pointe, en général en début de nuit et avant l'aube en hiver. Au moins une tranche nucléaire, voire deux. La réserve de pointe passerait ainsi, par cette seule mesure, de 6,5 GW à 8 GW (noter que la différence correspond à la puissance d'un EPR…).

L'éolien produisant plus en hiver qu'en été, son développement, simplement au rythme mondial, contribuerait rapidement à l'effacement de cette pointe et à la préservation des réserves de haute chute et de pompage pour justement mieux passer les appels de pointe du réseau.

Et tout cela sans faire appel à d'éventuels délestages de gros consommateurs industriels.

Les marges de manœuvres sont nombreuses et n'en ont été évoquées ci-dessus qu'un petit nombre.

Enfin, fermer 19 tranches allège d’autant plus le budget d’EDF que des centrales vieillissantes nécessitent un entretien plus coûteux. Le coût de production du kWh ne devrait pas être affecté à la hausse.

Conclusion

Cette courte note ne prétend pas avoir démontré que lancer l'économie dans la sortie du nucléaire était facile. Les obstacles politiques sont énormes et les pesanteurs idéologiques et sociales du même ordre. Le culte du nucléaire a tout encadré et tout raidi. Faire un pas de côté, changer le jeu des questions que l'on a le droit de poser et des projets d'avenir que l'on a le droit de discuter, relève du crime d'hérésie, d'atteinte à la grandeur de la Nation, de trahison de ses intérêts les plus vitaux.

Les contorsions des bouffons de la secte atomique que l'on peut lire ces jours-ci dans les tribunes des magazines sont consternantes. Ces bons esprits irresponsables (intellectuels auto-déclarés), par exemple, s'emploient à confondre principe de précaution, face à l'inconnu, avec le principe de prévention, face à la manifestation d'un risque avéré (Fukushima s'ajoutant à Tchernobyl) pour prôner le principe de résilience (Baverez), rejoignant ainsi sans le savoir sans doute la formulation de l'OMS plaidant pour la montée de générations acceptant de vivre dans l'ignorance et l'incertitude, comme condition psychologique du développement à grande échelle de l'énergie atomique. Tel autre s'aperçoit tout à trac que le parc japonais est construit dans une région de forte sismicité et que les japonais ont fait courir des risques à toute la planète. Que ne se soit-il ému des contributions et du soutien sans faille de la secte nucléaire gallicane à son homologue nipponne ! Un enfonceur de portes ouvertes qui prétend philosopher hors de son domaine de compétence et du champ des sujets qu'il aurait approfondis (Onfray). D'autres, à l'imagination fort limitée tant leurs œillères atomiques rétrécissent leur champ de vision, préparent la guerre future en considérant celle d'hier, en bon général français qui se respecte assénant ce qui se veut définitif, à savoir qu'une catastrophe comme Fukushima est impossible en France (Allègre).

Comme si la question résidait dans l'élément déclencheur et non dans l'accumulation dans une enceinte de dimension limitée de plusieurs milliards de Ci dans des conditions de température et de pression extrême pour garantir un rendement thermodynamique pas trop médiocre. Chaque filière de réacteur a son talon d'Achille, que révèle la catastrophe quand elle survient. Les RBMK fournissaient du courant et du plutonium à l'URSS sans pépin majeur depuis 32 ans quand survint Tchernobyl ; leur sûreté avait été encensée dans un bulletin de l'AIEA en 1982. Les BWR sont une technologie éprouvée depuis la fin des années 50 et n'ont jamais donné lieu à un accident de classe 5 avant Fukushima, ce qui n'est pas le cas des PWR avec l'accident de TMI en mars 1979.

Les agences de sûreté nationales et internationale ne servent à rien, preuve à l'appui : aucune n'avait repéré qu'une trappe de « désenfumage » manquait aux bâtiments-réacteur à Fukushima, d'où l'impossibilité d'évacuer l'hydrogène produit par le dénoyage partiel du cœur de réacteur en cas de perte de refroidissement. Sans parler du reste (piscines en hauteur et non pas enterrées, équipement de secours non protégés contre les tsunami. Les dossiers du NISA (sûreté nucléaire japonaise) montrent qu'on se satisfaisait de sacrifier à des procédures bureaucratiques. Bref, comme chez nous, des tonnes de dossiers pour se protéger de l'inéluctable possible, à l'instar du « deck and cover » seriné à grand renfort de spots à la télévision US à l'époque de la Guerre Froide.

La sûreté dépend du cahier des charges et des scenarii reconnus comme recevables. Gageons que si les rapports de sûreté étaient publics, des esprits non conditionnés et perspicaces trouveraient le talon d'Achille et imaginerait le moyen de le blesser, comme les hackers déjouent les systèmes de protection informatique les plus durcis.

En matière atomique, personne ne pourra jamais démontrer que le contenant est en mesure de toujours contenir le contenu. Celui qui le prétendrait devrait immédiatement être intronisé pape de la secte, dogme d'infaillibilité en prime. C'est la raison incontestable pour, selon les mots de la Chancelière allemande, “Plus tôt on sortira de l'énergie nucléaire, mieux ce sera.”.

A suivre…..


Reflections from the disaster in Japan – by Ryoichi Terada

Department of Psychology & Sociology, Meiji University teradary@kisc.meiji.ac.jp

He is currently a professor at Meiji University and lives in Tokyo. it provides a first person account of what it’s been like living through the terror of the past few weeks and provides a moving wakeup call about the unacceptable hazards from the nuclear industry. And please feel free to share with anyone you know who would appreciate this. I’ve highlighted a few of the sections that I found the most powerful and profound.

Ryoichi Terada is the fourth from the right in this photo

Week 1

March 11th Friday

I was at home on March 11th. At 14:46, the earth started to tremble slowly at first. And then gradually the earth shook stronger and stronger. I felt I was on a small boat on the sea for five minute. I knew at least this quake was not near here, however, I was sure that this was one of the largest quake occurred somewhere in Japan.

I turned the TV on immediately to take a look at the breaking news. But it did not work because the electricity was cut off all at once. I checked the damages around my house. Luckily, tap water and gas service was normal. Then I turned on the handy radio and found out that the quake and the tsunami devastated northeast Japan at the unprecedented magnitude.

My wife, who works at the prefectural government office, called me saying that she wouldn't be able to come back home that night because every official was supposed to be at the office under the tsunami alert. She asked me to pick the kids up at the day-care. I was lucky because I had no classes or meetings on that day. If I was at my university in downtown Tokyo, I couldn't have come back home, as the train had been stopped completely until late at night.

I went to the day-care and found my kids were safe. The nurses were very well trained to evacuate children from the building to the playground.

When we came home, the biggest problem was how to live without electricity at night. I made several cup candles with salad oil and tissues. I managed to cook at the dark kitchen. The kids felt scary in a dark room without electric light and I cheered them saying “This is like a happy birthday party.” However, as the aftershocks shook us again and again, they started to cry at last. I managed to feed them and brought them to bed. As the power was cut off and we had no heaters, this was the only way to keep them warm.

I braced myself. My father survived the Tokyo earthquake that killed over one hundred thousand Tokyoites in 1923. He lost his house twice; by the quake in 1923 and by the B-29 air raid in 1945. I would surely be able to protect my kids. A little later, my elder boys sent a cell phone email saying they were safe too.

At mid night the power came back. I was shocked to watch the TV news and realized that the quake and tsunami damages were unbelievably grave. A little later, my wife came back home. She was “released” by humanitarian reasons by her boss.

March 12th Saturday

The next morning, we were terrified by the news that the nuclear power plants were in a serious accident. The news said the cooling water level had been declining and the temperature of the reactors increased. I remembered the Three Mile Island and the Chernobyl nightmare and considered evacuation to protect children’s health from nuclear fallout.

I had the faculty meeting. Quite a few professors could not come due to interruption of the train service. Many of the attended professors told me that they stayed overnight at the university because they could not go back home on the previous day.

In the after noon, the news reported the situation was worsened. Series of hydrogen blast occurred around the reactors, which destroyed the buildings. The engineers and the firefighters were struggling to cool down the reactors. I knew we were about to be exposed to nuclear fallout. This is the very situation I have been concerned about for a long time.

March 13th Sunday

It was a comfortably warm spring Sunday. The kids wanted to go out naturally. I brought a radioactivity detector I bought when I went to Australia to interview indigenous people against Jabiruka uranium mining development. It counts the gamma rays. So far, the gamma ray counts were normal.

At the power plants, they tried to pump seawater into the reactors. Yet, they did not succeed to recover the water level enough to cool down the nuclear fuel. I also checked the wind direction. I took the kids just to the park nearby so that I can come back home when serious radioactive discharge occurs.

As horrible scenes of tsunami disaster were televised all over the world, I received emails from friends and colleagues asking after my family and me. I wish to thank you again.

March 14th Monday

The northeast deeply indented coastline is one of the most beautiful areas in Japan with full of delicious seafood such as oysters, abalones, turban shells, and seaweed. I visited several times there and noticed ten-meter high seawalls were constructed to protect towns and smaller fishery villages. The seawalls could not stand with more than twenty-meter high tsunami of this time. The unprecedented powerful tsunami not only killed so many people but also paralyzed the emergency core cooling system of the nuclear power plants.

I thought I would go to the university but I didn’t. The accident seemed to be aggravated on Monday and I decided to be ready to evacuate if something happened. I felt as if I was waiting for the doomsday. It became harder to buy food at supermarkets or to buy gasoline at service stations even in Tokyo. Needless to say how difficult it would be for evacuees to live. Crippled nuclear power plants made the society as a whole crippled as well.

March 15th Tuesday

In the morning, my radiation detector continued to beep. It indicated four to five times as high gamma rays as usual. The news said the container of the second reactor might have been destroyed by a hydrogen blast. The wind direction was directly toward us. Oh, no, I became a “hibakusha”, or the exposed. I was in a panic. I decided that if radiation level continue to increase, I would take kids to somewhere west to avoid radioactive exposure at least for a week or two.

Suddenly, the gamma ray counter became calm. The wind direction changed at around noon. So I compared the radioactivity in the room and outside. If the radiation level outside was higher than in the room, radioactive fallout such as iodine 131 must have fallen on the ground, which would continue to threat us. Fortunately, I found little difference. The TV news said that there was some partial success in lowering the temperature of the nuclear fuel in the reactors. So I decided to stay home for the time being.

The TV news reported that more than 90 countries dispatched rescue teams to Japan. Citizens in many countries started donation for the quake and tsunami victims.These cheered us very much, warming our depressed hearts up. “Oh, oh, we are not alone. We have so many friends in the world.”

March 16th Wednesday

As the accidents seemed to be in a brief period of tranquillity, I decided to go to my office to make things in order. March is the final month of the school year in Japan. We only have some of admission exams and the graduation ceremony. As I usually invite my graduating students to my office, I had to clean the messy room.

When I put some books back to the shelves, an aftershock occurred and some of the books dropped to the floor again. It was a little Sisyphean labor. I just cleaned half of the room and let me call it a day’s work. Sorry for my students but let me go home a little earlier to pick up my beloved kids who were also shaken by the aftershocks at the day-care.

Tokyo had become a quite different city from what it used be a few days before. The train services were not convenient any more. Train stations were darker and some of the equipment such as escalators and vending machines were out of service in order to save electricity. I saw very few overseas tourists in downtown Tokyo, as a matter of course. Many people were troubled with shortage of gasoline, preservable food, battery and flashlights, and so on.

Yet, as a sociologist, I observed social bonds and sense of solidarity had been enhanced remarkably since the occurrence of the earthquake. As was the case in the Kobe earthquake in 1995, there were almost no riots or robbery in the affected areas. The sufferers were very patient and cooperative each other. These virtues may be our sad national treasure, since we periodically suffer from disasters such as typhoons, flood, earthquakes, tsunamis, volcanic eruptions, fire in the urban areas, etc. almost every year somewhere in Japan.

Of course, there were some narrow-minded people not to accept the evacuees from nearby communities of the troubled nuclear power plants in their shelters, because they had been already “contaminated” with radioactivity. This was very the same reaction as what the late Professor Nobuko Iijima called “victimization structure” in the case of Minamata mercury poisoning. We might be able to call it “victim blaming” or “discrimination against the victims”. This may be the other side of the same coin of a highly homogeneous and group-minded society, Japan.

Well, at last I arrived at the day-care and my one and half year-old daughter waited for me to pick up with the fever of 39.6-degree Celsius. I was so sorry for her that I couldn’t warm up the living room the day before due to the power cut. Fortunately, she had an ordinary cold, not flu.

March 17th, Thursday, 18th Friday

I had to take care of the feverish daughter on 17th. Unlike the nuclear reactors, the Emergency Core Cooling System for her (the medicine powder the doctor prescribed for her) worked very well. She got quite well on 18th.

Taking care of her, the only thing I could do was to watch TV news and comments by the nuclear professionals and the professors.

High level of radioactivity had been detected both in the air and food items such as milk and green vegetables. The rhetoric the TV commentators used was, supposedly, for example, “The radioactivity of one micro Sv per hour is, of course, very high compared with the ambient level. However, it does not harm you in a short period of time. Radioactivity exists everywhere. If you fly from Tokyo to New York, you will be exposed to 200 micro Sv of radioactivity. We are exposed to 2,400 micro Sv of natural radioactivity every year.”

This typical rhetoric for calming down the panic among nearby residents ignores the difference between radioactive substances and radioactive ray. They just talk about omnipresent natural radioactive ray but seldom mention synthetically produced radioactive substances such as I131, Cs137, and St90 which are bio-accumulative and carcinogenic. We learned lessons from the Chernobyl accident that synthetic radioactive iodine was accumulated in the thyroid gland and emitted radioactive rays from very short distance. Babies and younger children are more vulnerable to it. It was so sad to see children dying from thyroid gland cancer in Ukraine.

I saw some of the nuclear experts I trust working at environmental NGOs such as the Citizens’ Nuclear Information Center on the early two or three day after the accident. However, they seemed to be eliminated from the TV stations later, because their comments were too critical, too pessimistic, and too “true”. This is quite understandable because the Tokyo Electric Company is one of the largest stockholders of these TV stations.

In spite of their desperate efforts to calm down the public opinions, the majority of patient, obedient, diligent, and honest Japanese citizens would never admit to resume the operation of the damaged nuclear power plants by any means. Nor would they admit to reconstruct the troubled facilities such as the Rokkasho-mura nuclear fuel reprocessing facility and the Monju fast breeder reactor.

Not only in these small Japanese Islands but also in many countries in the world, this disaster will and will have to lead to enhancement of strong anti-nuclear public opinion. I’m convinced that this is the only hope that deserves the lost lives of all victims from this disaster.


week 2

2011.3.20 Sunday

Fire fighters and self-defense army soldiers had been struggling to pour or pump cooling water onto the reactors. After the surge of radiation level on 15th, the wind had blown from the land to the sea, and radiation had been at the normal level at least in Tokyo and Kawasaki. I went to the Akihabara electric shop area, which is just ten-minute walk from my university. It was understandable but strange that there were very few overseas tourists there.

The weather forecast said it would be rainy in the evening and I hurried home. As I was afraid, the rain contained certain amount of radiation, which heightened the radiation level on the soil surface and in the air, in turn, up to twice or three times above the normal background level.

In the case of the Chernobyl accident, a big explosion and fire blew up the nuclear fuel to the sky as high as 1,200 meters. And the radioactive clouds drifted about from Scandinavia to Turkey, dropping highly polluted rain here and there. In the Fukushima’s case, however, the hydrogen blast was not strong enough to blow up the fuel high in the sky. As a result, the radioactive pollution seems to form a concentric circle, which is distorted by the wind direction time to time. I felt sorry for the residents nearby, but I was selfish enough to feel relieved, to be honest, for my kids. It was a dismal night for me.

2011.3.21 Monday, National Holiday

Although the rain stopped, my gamma meter continued to indicate twice to three times of radiation in the morning. It was quite likely that I-131 or Cs-137 dropped with the rain. I muttered Joan Baez’ song, “What have they done to the rain?”

“Just a little rain falling all around
The grass lifts its head to the heavenly sound
Just a little rain, just a little rain
What have they done to the rain
Just a little boy standing in the rain
The gentle rain that falls for years
And the grass is gone, the boy disappears
And rain keeps falling like helpless tears…”

My little boy said to me, “I want to go to the park today.” I was embarrassed. I don’t want him to disappear. But how can I tell him, “No, we shouldn’t go out today, because poisonous powder was dropped from the sky that might hurt you.”?

I always tell my kids that the grass and the earth are your best friends. Today, I had to tell them that they might be your enemy. Spring had come. The scent of daphnes tickled my nose. Daffodils were like a yellow carpet. Cherry blossoms were about to bloom. I decided to take just a short walk with kids, hoping that the boy and the girl wouldn’t disappear.

2011.3.22 Tuesday

Suddenly, the TV news said that 200 Bq/kg of I-131 had been detected from the tap water of Tokyo. The allowable for adults is 300 Bq/kg but children’s allowable level is 100 Bq/kg. This news drove concerned parents, including myself, to the supermarkets to buy bottled water. Many people still remember that a lot of children suffered from thyroid cancer in the late 1980s and the 1990s in Ukraine.

My house is located in the city of Kawasaki, but just a few kilometers from the border of Tokyo. I checked Kawasaki waterworks data and found that I-131 in our tap water was 9.6 Bq. Tokyo, Kawasaki, and Yokohama are a continuum of a gigantic metropolis rather than independent separate cities, however, tap water sources are quite different. Tokyo is dependent on the river basin in Tochigi and Gunma, which are close to Fukushima. Kawasaki and Yokohama’s water is located in the west. This seemed to make difference. Fortunately, fine days continued after that and I-131 level dropped dramatically.

Radioactive contamination of green vegetables such as spinach was detected too not only in Fukushima but also in adjacent prefectures. A friend of mine teaching environmental sociology at University of Ibaraki, located in the south of Fukushima, told me that she had big trouble to select food items for her daughters too. I found out that psychological pain was as stressful as, or even more stressful than, the physical health damage from radiation.

TEPCO, Tokyo Electric Power Company, just succeeded in temporary cooling but not in recovering essential stabilizing devices such as cooling water circulating pumps. Our fate was still depending on the wind direction.

2011.3.23 Wednesday

I think I am in a safer area in Japan, comparing with the northeast area, Tohoku. Those who lost their houses, temporarily evacuated to public facilities, began to move and to settle down in temporary housings.

My wife took turns to receive phone call application for the temporary housing in our prefecture. She said it was hard to answer the phone calls. The available houses were limited and they had to prioritize according to some criteria. But in fact everybody was desperately in need. Yet, she had to say “No.” to somebody. The only thing she could do for them was to tell them other phone numbers for them to call to find temporary housings.

Many volunteers started actions to help the sufferers both in Japan and from abroad. It was like the Olympic game to see, for example, Muslims (maybe Pakistanis in Japan) offering curry dishes, Israeli medical team treating patients, and Indian rescue team searching survivors. I just wondered how the Sikh rescue person put the helmet on his turban. Or I thought his helmet was in fact a helmet-looking turban. I appreciate it very much any way.

Professor Lee, Seejae, a Korean environmental sociologist and one of my long-standing friends, sent me an email message cheering up us. He attached an article he had contributed to the Hankyoreh News Paper, which moved me very much:

“Many Koreans continue to harbor emotions of hostility, alarm, and rivalry toward Japan. I can remember the events of the 2002 World Cup, co-hosted by South Korea and Japan. Koreans wanted a victory over Japan, and I saw some who rooted openly for whatever nation Japan happened to be playing. This was a display of just how strongly people perceive themselves as historical victims of colonialism by Japan.

The situation with the earthquake has been different. The kind of cynicism that appeals to such nationalist emotions to mock this tragedy for the Japanese people has no place to stand on the Internet. I have also seen a number of major news outlets printing pieces that encourage Japan to“stay strong” and “not give up,” and various social groups and citizens are already working to raise funds to send Japan’s way. Even the Korean Council for the Women Drafted for Military Sexual Slavery in Japan has sent messages of sympathy and condolences for the victims of the disaster, and reported plans to substitute a memorial gathering for the deceased for the assemblies it has held in front of the Japanese embassy for the past two decades.”

Thank you, Professor Lee. This really cheered me up.

2011.3.24 Thursday

An organic farmer committed suicide in Fukushima. He had devoted himself to promote organic farming for over thirty years. To our grief, he was deeply disappointed by the fact that his vegetables and crops were banned to sell due to the high level of radioactive contamination. It must be a total denial of his sixty-four-year life to produce safe and healthy vegetables for concerned consumers. The situation was the same for tens of thousands of farmers and fisher persons in Fukushima and in adjacent prefectures. They all were threatened and feared that they were going to lose their irreplaceable source of production almost forever.

The northern two prefectures, Iwate and Miyagi, suffered more from the quake and tsunami. There were much more casualties there. Tens of thousands of residents lost their houses. Several cities and towns disappeared completely including their city administrative buildings and the basic productive fundamentals such as fishery ports. Nevertheless, the quake and the tsunami could never deprive the most important treasure from them, “the hope”. Many people said that they would reconstruct their hometowns though they had no idea on how long it would take. They would surely do so as their ancestors had overcome periodical disasters.

In Fukushima, by contrast, people suffered less directly from the quake and the tsunami except for the nuclear power plant accident. However, we can imagine thatthe nuclear accident alone dealt them a fatal blow. This would make vast arable land sterile and make a lot of ghost towns. The farmers and the fisher persons, who had lived on the earth and the sea for generations to generations, would abruptly and ruthlessly uprooted and cut off the relationship with their ancestry forever.

The land area of Japan is only one twenty-fifth of that of the United States, almost as large as the state of California. Fifty-four nuclear reactors, about half of the reactors in the U.S., exist in this small densely populated country. Wherever you live in major cities in Japan, you are almost within 200 km. And wherever you may be, the earthquake periodically hits you. We stand on the “shaky ground”. The situation is similar in adjacent Asian countries and regions such as Korea, Taiwan, and China. It’s time to realize that we should change the course from nuclear energy to renewables.

2011.3.25 Friday

The power was cut off again in the evening. Kids asked me, “Happy birthday dinner again?” they were getting used to having dinner with candles. But I didn’t like frequent happy birthday dinners. I didn’t want my kids to grow older so quickly.

I remember that in the 1980s the nuclear power proponents criticized anti-nuclear camps saying, “You are saying that we are to have dinner under the candle light everyday?” Then, it was ironical that the same words were addressed to the nuclear proponents from the opponents.

2011.3.26 Saturday

March is the end of the school year in Japan and we have graduation ceremony in every school. However, many universities canceled the ceremony because there were casualties on the quake day at some of the graduation ceremony halls. My students were so disappointed because girls were ready to wear special KIMONO dresses for that. They asked us if they could have a smaller party on the 26th.

As I like to make songs and to sing, I made a song in celebration of their graduation and sang at the party with my students to cheer them up. I’m sorry that lyrics were only in Japanese: “I felt ninety minutes of class time too long. Yet how quickly these four years have passed. It’s sad that we have no graduation ceremonies, but I never forget this our own small graduation party. We’ll never forget to help each other…” http://www.youtube.com/watch?v=Pb-T52S7S-E


Week 3

2011.3.27 Sunday

The nuclear power plants seemed to avoid the worst scenario of severe meltdown accident. Outer electric power was connected to the plants and the pumps powered by them replaced the fire-trucks. Yet, they had a long way to go until they recover the normal circulating pump systems.

Workers running the risk of being exposed to radiation were trying to minimize the risk taking turns in five or ten minutes depending the level of radiation. However, three workers stepped in a puddle of highly contaminated water in the turbine building. Their legs were burned by beta rays, though the exposure was not fatal to the three workers fortunately.

It became a tricky situation. They had to pump water into the reactors to cool the nuclear fuel. However, the leaked contaminated water from the damaged containers made it difficult for the workers to fix the leakage or to set up the new circulating systems to access the containers. We realized it would take a long time until they stabilize the reactors.

2011.3.28 Monday

I had never experienced such persistent aftershocks as these. Both in terms of frequency and magnitude, this earthquake and its aftershocks were unprecedented. Today, I felt a pretty strong quake and several others almost all through the day. Well, someone said it was like feeling sea sick on a day we felt the aftershocks so frequently.

In the evening when we had supper, the TV news was suddenly interrupted by the alert. When the alarm sound of “mi-fa, mi-fa” came out of the TV, my kids automatically ran toward us and we covered them. At the day care, they were told to run under the tables and desks. It was a sad conditioned response but absolutely necessary for them right now.

We had a friendly orange tabby cat that just looked like Garfield. When the alarm sounded, he also sneaked under the table. Oh, he was smarter than we expected.

2011.3.31 Thursday

The Toxic Watch Network had a teach-in on the Fukushima nuclear accident.

Most of the participants were anti-toxic chemical activists and occupational safety activists. We started from basic lectures on the structures of nuclear power plants and the risks from nuclear fallout. For me and for some others, this was familiar information that I had learned since the Three Mile Islands accidents. I found that the nuclear issues were not so familiar to activists in general. Needless to say how difficult it would be for lay citizens.

I remember one student of mine from Fukushima once told me that he had never thought nuclear power plants could be dangerous until he talked with his friends from other prefectures. When he was in Fukushima, all the information he got from the mass media and from his schools was that nuclear energy was perfectly safe, efficient, and cost-effective. He said, “I realized that I had been brainwashed when I was in Fukushima.”

In the 1980s when I worked at University of Saga, located in a western island, Kyushu, I visited a community that had accepted a nuclear power plant. I asked a schoolteacher whether or not he conceived any pollution. He said to me, “Radioactive pollution is hard to recognize, but everybody can see social pollution from bribery money.” He explained how public opinion and mass media had been silenced by the subsidy for promotion of the power plants. My impression then was that the nuclear energy promotion policies could not coexist with a healthy democratic society. Rather, it enforced environmental risks on remote communities and worsened environmental injustice.

Let me go back to the teach-in. Even among well-informed educated citizens, who tend to be critical against nuclear energy policies, the specific knowledge on, for example, why synthetically produced radioactivity such as I-131 or Sr-90 are more dangerous than natural radioactive isotopes is not shared clearly. This was a good opportunity to educate people.

However, it was difficult for the experts to evaluate the current situation of the reactors in danger. It was quite unpredictable but many agreed that it would take a long time to recover stable systems to cool down.

One opinion was that we should pay attention to the accumulated level of the workers’ exposure as well as the exposure level of residents and consumers. Another was that, supposing that we would have to get along with radioactive contamination for years from now on, we should give priority to support farmers and fisher persons in affected areas. We could no longer expect zero radioactive risk food, so we, the middle aged consumers, would accept food products under the allowable level of radioactivity to support producers. This was quite impressive.

I personally proposed to publicize the list of PRTR factories in the destroyed areas by tsunami so that people would be able to pay attention to toxic materials from destroyed factories. You can take a look on the google map.


Week 4

2011.4.11 Monday

The reactors are still in condition of “stabilized instability”. Reconstruction of the water circulating systems seems to take a long time as leaked contaminated water makes it difficult. The authorities estimate that it will take several months to recover the cooling systems and to seal the leaky containers.

These days, the radiation level has been almost normal around Tokyo. The radioactive pollutants seem to flow into the sea recently. They have to suspend fishing for the moment. The haul of northeastern fishery ports holds one fourth of the whole catch. What a big loss.

A month has passed and people pray in many places. Many parents are still looking for their missing children. They say, “Time has stopped since March 11th for us.” Yet, time flies and we have to move forward. The evacuees who lost houses and jobs are moving to many places including my area.

I’m so sure that people of Tohoku (Northeastern Area) can make it. I know they are so patient and hard workers. Following is the poem I love by Kenji Miyazawa, “Not losing to the rain”. He was born in Iwate and devoted himself to the peasants and for a better society. His spirit represents Tohoku people.

I was so glad that people read this at the vigil at a cathedral in Washington D.C. today.

Not losing to the rain / Kenji Miyazawa

Not losing to the rain
Not losing to the wind
Not losing to the snow nor to summer's heat
With a strong body
Unfettered by desire
Never losing temper
Cultivating a quiet joy
Every day four bowls of brown rice
Miso and some vegetables to eat in everything
Count yourself last and put others before you
Watching and listening, and understanding
And never forgetting
In the shade of the woods of the pines of the fields
Being in a little thatched hut
If there is a sick child to the east
Going and nursing over them
If there is a tired mother to the west
Going and shouldering her sheaf of rice
If there is someone near death to the south
Going and saying there's no need to be afraid
If there is a quarrel or a lawsuit to the north
Telling them to leave off with such waste
When there's drought, shedding tears of sympathy
When the summer's cold, wandering upset
Called a nobody by everyone
Without being praised
Without being blamed
Such a person
I want to become

The losses were so grave; however, we learned – and are learning – from this disaster a lot. We learned we are not alone in this planet. We have such nice and kind friends all over the world. We are convinced that we can overcome any differences among us to cooperate. Let us help each other from now on forever.

I know some policy makers and scholars are insisting on the necessity of nuclear power from their conscientious intention to cope with the global warming issues. I respectfully request you to reconsider. I understand the issue of climate change is one of the most important challenges. However, for the ultimate sake of the sound eco-system, we found it too costly from the disaster. Let us think of other ways in which we enjoy both the sound environment and democratic societies.


Kenzaburô Ôé

Article du Prix Nobel de littérature à propos des la catastrophe nucléaire au Japon.

Kenzaburô Ôe : « Nous sommes sous le regard des victimes »

Entretien Prix Nobel de littérature, conscience du Japon, l'écrivain rappelle le devoir de fidélité à la mémoire des morts et à la dignité de l'homme. article paru dans le Monde du 17.03.2011

Quelle est, selon vous, la signification du désastre que vit actuellement le Japon dans l'histoire moderne ?


Depuis quelques jours, les journaux japonais ne parlent que du désastre que nous vivons et le hasard a fait qu'un de mes articles, écrit à la veille du séisme, a été publié dans l'édition du soir du quotidien Asahi, le 15 mars. J'évoquais la vie d'un pêcheur de ma génération qui avait été irradié lors de l'essai de bombe à hydrogène dans l'atoll de Bikini. Je l'avais rencontré lorsque j'avais 18 ans. Par la suite, il consacra sa vie à dénoncer la duperie du mythe de la force de dissuasion nucléaire et l'arrogance de ceux qui en sont les chantres. Est-ce un sombre présage qui m'a poussé à évoquer ce pêcheur précisément à la veille de la catastrophe ? Il avait en effet lutté aussi contre les centrales nucléaires et dénoncé les risques qu'elles présentent.

Je caresse depuis longtemps le projet de retracer l'histoire contemporaine du Japon en prenant comme référence trois groupes de personnes : les morts des bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki, les irradiés de Bikini - dont ce pêcheur était un des survivants -, et les victimes des explosions dans des installations nucléaires. Si l'on se penche sur l'histoire du Japon avec le regard de ces morts, victimes du nucléaire, la tragédie qui est la leur est une évidence.

Aujourd'hui nous constatons que le risque des centrales nucléaires est devenu une réalité. Quelle que soit l'issue du désastre que nous sommes en train de connaître - et avec tout le respect que j'éprouve pour les efforts humains déployés pour l'enrayer -, sa signification ne prête à aucune ambiguïté : l'histoire du Japon est entrée dans une nouvelle phase, et une fois de plus nous sommes sous le regard des victimes du nucléaire, de ces hommes et de ces femmes qui ont fait preuve de grand courage dans leur souffrance. L'enseignement que l'on pourra tirer du désastre actuel dépendra de la ferme résolution de ceux auxquels il est accordé de vivre de ne pas répéter les mêmes errements.

Ce désastre conjugue de manière dramatique deux phénomènes : la vulnérabilité du Japon aux séismes et le risque présenté par l'énergie nucléaire. La première est une réalité à laquelle le pays est confronté depuis la nuit des temps. Le second, qui risque d'être encore plus catastrophique que le séisme et le tsunami, est l'oeuvre de l'homme. Que le Japon a-t-il retenu de la tragique expérience d'Hiroshima ?

La grande leçon que nous devons tirer du drame d'Hiroshima, c'est la dignité de l'homme, de ceux et de celles qui sont morts sur le coup comme des survivants, atteints dans leur chair, et qui pendant des années durent endurer une extrême souffrance que j'espère avoir pu rendre dans certains de mes écrits.

Les Japonais, qui ont fait l'expérience du feu atomique, ne doivent pas penser l'énergie nucléaire en termes de productivité industrielle, c'est-à- dire qu'ils ne doivent pas chercher à tirer de la tragique expérience d'Hiroshima une « recette » de croissance. Comme dans le cas des séismes, des tsunamis et autres calamités naturelles, il faut graver l'expérience d'Hiroshima dans la mémoire de l'humanité : c'est une catastrophe encore plus dramatique que les désastres naturels, - car elle est due à la main de l'homme. Récidiver, en faisant preuve avec les centrales nucléaires de la même inconséquence à l'égard de la vie humaine, c'est là la pire des trahisons de la mémoire des victimes d'Hiroshima.

Le pêcheur de Bikini dont j'ai parlé précédemment n'a cessé d'exiger l'abolition des centrales nucléaires. L'une des grandes figures de la pensée japonaise contemporaine, Shuichi Kato [1919-2008], évoquant les bombes atomiques et les centrales nucléaires dont l'homme perd le contrôle, rappelait l'expression célèbre d'un ouvrage classique, L'Oreiller d'herbes, écrit il y a mille ans par une femme, Sei Shonagon. L'auteur y évoque quelque chose qui semble à la fois très loin mais qui, en fait, est très proche. Un désastre nucléaire paraît une hypothèse éloignée, improbable, elle est pourtant toujours avec nous.

Vous aviez intitulé votre discours pour la réception du prix Nobel de littérature en 1994, « Moi, d'un Japon ambigu ». La formule « Japon ambigu » s'applique-t-elle aujourd'hui ?

L'ambiguïté du Japon que je soulignais alors n'a été que renforcée par ce qui se passe actuellement. En ce moment, ce Japon ambigu dans les valeurs qu'il défend est complètement bloqué, dans une impasse. L'antonyme d'ambiguïté, c'est la clarté. Lorsque j'ai parlé du Japon ambigu en 1994, mon pays était encore dans une période de grâce, un temps suspendu qui lui permettait de différer les choix et les orientations claires : en d'autres termes, il pouvait se payer le luxe de rester dans le vague. Et le Japon pensait que ce report sine die de ses choix était accepté des autres pays. Ce faisant, il n'assumait ni son histoire ni ses responsabilités dans le monde contemporain. Pensant qu'ils pouvaient s'autoriser ce manque de clarté en politique, les Japonais ont fait preuve de la même attitude en matière économique en adoptant un modèle de développement dont ils ne savaient pas très bien où il les menait. Et une conséquence fut la bulle financière du début des années 1990.

Aujourd'hui, le Japon doit clarifier sa position. La Chine le contraint à assumer ses responsabilités vis-à-vis du reste de l'Asie, et les habitants d'Okinawa, où se trouve la plus forte densité de bases militaires américaines dans l'Archipel, attendent une orientation claire du gouvernement sur la question de la présence des troupes américaines déployées sur son territoire. Okinawa base militaire américaine, cette situation n'est plus acceptable pour les Japonais comme pour les Américains. Il est grand temps de redéfinir le rôle de ces bases. Ce flottement dans les choix n'est plus permis car les survivants des victimes de la guerre à Okinawa exigent une attitude claire du gouvernement. La période de grâce au cours de laquelle le Japon différait ses choix et ses décisions est désormais révolue.

Plus de soixante ans après sa défaite, le Japon semble avoir oublié les engagements qu'il avait pris alors : pacifisme constitutionnel, renoncement à la force, trois principes antinucléaires. Pensez-vous que le désastre actuel réveillera une conscience contestataire ?

Plus de soixante ans après sa défaite, le Japon semble avoir oublié les engagements qu'il avait pris alors : pacifisme constitutionnel, renoncement à la force, trois principes antinucléaires. Pensez-vous que le désastre actuel réveillera une conscience contestataire ?

Pendant les dix ans qui ont suivi la défaite, je me suis toujours demandé si le pacifisme constitutionnel, dont le renoncement au recours à la force est un élément, puis les trois principes antinucléaires (ne pas posséder, ne pas fabriquer et ne pas utiliser des armes atomiques) traduisaient bien les idéaux fondamentaux du Japon de l'après-guerre. Si l'adolescent que j'étais avait des doutes, je pense qu'a fortiori les adultes devaient se poser des questions.

Et de fait, le Japon a progressivement reconstitué une force armée tandis que les accords secrets avec les Etats-Unis ont permis d'introduire des armes atomiques dans l'Archipel, vidant de leur sens les trois principes antinucléaires officiellement affichés. Cela ne veut pas dire pour autant que l'on négligeait les idéaux des hommes de l'après-guerre. Les Japonais avaient conservé la mémoire des souffrances du conflit et des bombardements nucléaires. Les morts qui nous regardaient nous obligeaient à respecter ces idéaux. Le souvenir des victimes d'Hiroshima et de Nagasaki nous a empêchés de relativiser le caractère pernicieux des armes nucléaires au nom du réalisme politique. Nous nous y opposons. Et en même temps, nous acceptons le réarmement de fait et l'alliance militaire avec les Etats-Unis. Là réside toute l'ambiguïté du Japon contemporain.

Au fil des années, cette ambiguïté, fruit de la coexistence du pacifisme constitutionnel, du réarmement et de l'alliance militaire avec les Etats- Unis, n'a été qu'en se renforçant car nous n'avions donné aucun contenu précis à nos engagements pacifistes. La confiance totale des Japonais en l'efficacité de la force de dissuasion américaine a permis de faire de l'ambiguïté de la position du Japon (pays pacifiste sous le parapluie nucléaire américain) l'axe de sa diplomatie. Une confiance en la force de dissuasion américaine allant au-delà des clivages politiques qui a été réaffirmée par le premier ministre démocrate, Yukio Hatoyama, lors de l'anniversaire, en août 2010, du bombardement atomique sur Hiroshima, alors que le représentant américain avait plutôt souligné dans son allocution les dangers de cette arme.

On peut espérer que l'accident à la centrale de Fukushima permettra aux Japonais de renouer avec les sentiments des victimes d'Hiroshima et de Nagasaki et de reconnaître le danger du nucléaire, dont nous avons une nouvelle fois sous les yeux un tragique exemple, et de mettre fin à l'illusion de l'efficacité de la dissuasion prônée par les puissances détentrices de l'arme atomique.

Si vous deviez répondre à la question que pose le titre d'un de vos livres, « Dites-nous comment survivre à notre folie », que diriez-vous aujourd'hui ?

J'ai écrit ce livre quand j'avais atteint l'âge qu'on dit mûr. Je suis dans ce qu'on appelle le troisième âge et j'écris un « dernier roman ». Si je réussis à survivre à cette folie actuelle, le livre que j'achèverai commencera avec une citation de la fin de L'Enfer de Dante qui dit à peu près : « Et puis nous sortirons pour revoir les étoiles. »

Propos recueillis par Philippe Pons (à Tokyo)


Tchernobyl: Du nucléaire dans l'assiette

A l'occasion du Tchernobyl day 2011, interview d'Yves Lenoir et Daniel Reininger à l'Institut Océanographique Paul Ricard le 1° mars 2011.

Voir le film


Enfants de Tchernobyl Belarus dûment enregistrée au JO!


Arnie Gundersen, TEPCO: Mission accomplie & déchets radioactifs en baie de Tokyo



Est-ce que le gouvernement Japonais et l'AIEA protègent plus l'industrie nucléaire que le peuple du Japon en affirmant que Fukushima est stable quand il ne l'est pas ? Arnie Gundersen, ingénieur en chef Fairewinds, expose les incohérences majeures et le double langage tenu par l'AIEA, le gouvernement Japonais et TEPCO qui affirment que l'accident de Fukushima est terminé.

Voir ce film révélateur


Blessures Atomiques


A propos du film “Blessures Atomiques”

Le Docteur Hida a vu le champignon atomique de Hiroshima. Il a soigné les irradiés survivants du flash et les a vu mourir de maux inconnus alors. Mais il a vu aussi des personnes qui n'avaient pas été irradiées directement pas l'explosion mourir peu après des mêmes maux. C'est resté pour lui incompréhensible pendant trente ans.

Toutes les données concernant ces malades et morts des retombées (car c'était de cela qu'il s'agissait) ont été confisquées par les américains, et tous leurs organes retirés durant les autopsies.

Pour cette raison les séquelles officielles d'Hiroshima et Nagasaki ne portent que sur la relation dose-effet du flash. Elles sont la seule source des recommandations de la CIPR. Tout le baratin au sujet des doses internes a été conçu au début des années 50 pour donner l'illusion de recommandations sérieuses et permettre le lancement de vastes programmes de production d'électricité atomique. Personne, tant côté radioprotection qu'industrie atomique n'était prêt à attendre que des études approfondies sur les effets des doses internes soient terminées. Personne…, sauf quelques rares hommes honnêtes, c'est-à-dire courageux, qui ont dénoncé cette forfaiture scientifique. parmi eux le Professeur Sternglass témoigne longuement. On pourrait aussi citer les Professeurs Goffman et Karl Morgan dont les publications ont nourri les débuts de la contestation nucléaire mondiale dans les années 60-70.

Yves Lenoir


Article du Monde: interview du professeur Hiroaki Koide



Professeur assistant au laboratoire de recherche sur les réacteurs nucléaires à l'Université de Kyoto, Hiroaki Koide est l'une des voix les plus écoutées sur l'atome, au Japon. Mettant en cause la politique du gouvernement, il a été maintenu pendant près de quatre décennies dans une sorte de “purgatoire” scientifique, comme d'autres chercheurs partageant les mêmes idées. Il est resté “assistant”, sans responsabilité et bénéficiant de budgets parcimonieux.

Ses livres mettant en garde contre les risques du nucléaire étaient passés inaperçus. Depuis la catastrophe de Fukushima, ses deux derniers ouvrages, publiés en 2011 (Le nucléaire, ça suffit et Le Mensonge nucléaire), non traduits, figurent parmi les six meilleures ventes. Le blog de ses interventions est l'un des plus consultés parmi ceux consacrés à l'accident de Fukushima.

Pour le nucléaire, il n'y a jamais de responsables. Trop d'intérêts sont mêlés…

Neuf mois après Fukushima, quelles leçons tirer ?

Les réacteurs sont des machines maniées par l'homme et celui-ci n'est pas infaillible. Après mes études, je voulais consacrer ma vie à l'atome. J'étais un étudiant plutôt conservateur. Puis, au début des années 1970, j'ai assisté à des manifestations contre la construction de la centrale d'Onagawa. Je ne comprenais pas pourquoi. Peu à peu, au fil de mes recherches, j'ai pris conscience des dangers du nucléaire. Pas seulement au Japon à cause des séismes et des tsunamis : dans l'état actuel de la science, l'énergie nucléaire est dangereuse. Partout.

Que pensez-vous de l'attitude du gouvernement japonais ?

J'en ai honte. Sa réaction à la catastrophe est condamnable à plus d'un titre : sous-estimation des risques, dissimulation des informations et retard dans l'évacuation des populations en les invitant au début à quitter les lieux dans un rayon de 3 km “par précaution”. Puis les zones d'évacuation ont été élargies en cercles concentriques alors que les panaches radioactifs se meuvent en fonction du vent.

Que doit faire le gouvernement ?

Arrêter immédiatement les centrales. S'il y a un nouvel accident de cette ampleur, le Japon ne s'en relèvera pas. La menace du manque d'électricité est un leurre : si on refait partir les centrales hydrauliques et thermiques actuellement à l'arrêt, il y aura assez de courant.

La majorité des chercheurs a soutenu pendant des années la politique de Tokyo. Pourquoi ?

La promotion de l'énergie nucléaire est la politique de l'Etat. Les milieux académiques et les médias ont suivi. Et les scientifiques, perdus dans leur monde, ont renoncé à leur responsabilité sociale. L'Etat et les gestionnaires des centrales ont voulu croire - ou ont pris le risque de croire - qu'un accident ne se produirait pas.

Mais les Japonais, premier peuple atomisé, connaissent les risques de l'atome…

Pour beaucoup de Japonais, il existe une différence entre la bombe atomique et l'énergie nucléaire. Et puis, il y a le jeu des intérêts économiques et politiques. L'énergie nucléaire est très rentable pour les compagnies d'électricité (les Japonais payent leur électricité plus cher que le reste du monde…) ; les géants industriels, tels Mitsubishi Heavy Industries, Toshiba, Hitachi, impliqués dans la construction des centrales, suivent leur logique de rentabilité et l'Etat leur laisse la “bride sur le cou”.

Puis il y a la politique : le Japon qui, aux termes de sa Constitution, a renoncé à la guerre, entend néanmoins avoir une capacité nucléaire qui lui permette de disposer de matière fissile pour pouvoir, le cas échéant, assembler rapidement une bombe ; enfin, il y a des municipalités de régions délaissées qui pensent qu'une centrale nucléaire leur apportera la prospérité, sans mesurer les risques.

Selon vous, l'histoire du nucléaire est celle d'une discrimina

La production de cette énergie repose sur le sacrifice de certaines catégories sociales. On construit des centrales non pas près des villes qu'elles fournissent en électricité, mais dans des régions arriérées dont les populations ne savent pas se défendre. On fait prendre les risques maximum d'irradiation non pas aux employés, pour la plupart syndiqués, des opérateurs des centrales mais à ceux des entreprises sous-traitantes : 86 % des victimes d'irradiation pour avoir travaillé près des réacteurs sont des “Gitans du nucléaire”, c'est-à-dire des ouvriers temporaires.

Le gouvernement veut tourner la page : le leitmotiv est “reconstruire”, “décontaminer”…

Ce que nous appelons le “village nucléaire” - le lobby pronucléaire - reste en place. La décontamination est une nouvelle source de profit pour celui-ci et la reconstruction, une manne pour les entreprises de génie civil. Si on veut décontaminer, c'est tout le département de Fukushima qui doit l'être. Mais où transportera-t-on la terre irradiée ?

“Tourner la page” signifie aussi gommer les responsabilités ?

Pas plus que pour les accidents précédents, de beaucoup plus faible ampleur, il n'y a eu de responsable. Trop d'intérêts sont mêlés.

Après l'accident, il y a eu des manifestations antinucléaires mais pas de mouvement d'opinion. Pourquoi cette apathie ?

Je me pose aussi la question. Les Japonais ont tendance à respecter les hiérarchies et la bureaucratie. Et puis, vers qui se tourner ? Il n'y a pas de relais politique : encore moins avec les démocrates au pouvoir depuis 2009, dont nombre de députés dépendent des syndicats du secteur de l'électricité et de l'industrie lourde.

Pourtant, l'Histoire montre - les luttes ouvrières des années 1950, les mouvements de citoyens contre les maladies de la pollution - que les Japonais ne sont pas toujours passifs…

Dans le premier cas, il y avait des syndicats forts, qui ont été brisés. Dans le second, on a vite vu les tragiques effets de la pollution : la naissance d'enfants handicapés mentaux et moteurs. Et l'opinion s'est réveillée. Dans le cas de Fukushima, il y aura des victimes, beaucoup sans doute, mais le mal se propage lentement et la prise de conscience risque de suivre le même chemin…

Propos recueillis par Philippe Pons
Article paru dans l'édition du 08.12.11


Danielle Mitterrand : Une Grande Dame nous a quittés



Une grande dame est morte le 22 Novembre 2011. Elle occupe une place éminente dans l'Histoire, celle où sont réunies les personnes qui ont consacré leur vie au bien de l'humanité.

Lorsque Enfants de Tchernobyl Belarus est venu sonner à la porte de France Libertés pour expliquer la situation désespérée de BELRAD, elle a pris la décision d'apporter l'aide permettant de passer un cap apparemment infranchissable. L'année suivante elle a réduit cette aide pour que nous complétions par nous même ce qui était nécessaire à BELRAD, une saine pédagogie. Et depuis, bien relancés, nous avons continué malgré les difficultés que chacun doit affronter.

Des contacts amicaux profonds nous lient à l'équipe de France-Libertés.

Votre président, moi même, n'a pu se rendre à l'hommage public qui lui a été rendu jeudi 24 novembre à 13h sur la passerelle du Pont des Arts à Paris. Mais il était à Cluny pour la cérémonie des obsèques samedi 26 novembre à 15h, témoignant par sa présence, de la reconnaissance d'une association qui a fait un bon bout de route avec France Libertés.

Un beau portrait de Danielle Mitterrand occupe une place éminente sur le mur de la salle de réunion principale de la “Maison de BELRAD” à Minsk, où elle regarde, en compagnie de Solange Fernex, leur ami Vassily Nesterenko qui leur fait face. Un lieu où l'on sent le souffle de l'élévation spirituelle et de l'abnégation personnelle.

Au nom de note association et de BELRAD, je vous remercie d'être venus nombreuses et nombreux la remercier d'avoir distingué la cause que nous portons depuis maintenant plus de 10 ans.

Yves Lenoir

Voir quelques photos de la cérémonie

” Je suis fière que la fondation que je préside collabore avec l'Institut Belrad dans le but d'améliorer la vie des populations des territoires contaminés et d'alerter l'opinion publique des véritables retombées de l'accident de Tchernobyl.

Cela fait maintenant sept ans que la fondation a suivi l'institut que Vassili Nesterenko a crée et les travaux qu'il a accompli. Son génie scientifique était manifeste mais, au delà de ceci, son engagement et son humanité se sont montrés à travers tout ce qu'il faisait. Il était vraiment un grand homme. “

Danielle Mitterrand


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